mercredi 22 décembre 2010

La Turquie, terre d'immigration

Mustafa Mutluer, "Les migrations irrégulières en Turquie", Revue européenne des migrations internationales, vol. 19, n°3, 2003 :

"L’état de tension que connaissent les pays issus du démantèlement de l’URSS a aussi un impact fort sur les migrations de transit en Turquie. Les causes économiques sont certaines : la Turquie voit le développement de ce que l’on appelle alors les Rus pazarï (marchés russes) et en corollaire celui de flux annexes, prostituées caucasiennes et slaves surnommées en turc natashalar (les natachas devenu un terme familier), domesticité gagaouze (de Moldavie), travailleurs frontaliers réguliers ou clandestins... Les problèmes recensés sont variés. Alors que les ressortissants des républiques turcophones viennent comme les Russes ou les Ukrainiens faire du commerce à la valise et que les relations se multiplient et s’approfondissent, ne serait-ce que parce que nombre d’entreprises turques s’intéressent à ce nouveau marché qui voit des Turcs émigrer sur des chantiers de travaux publics russes ou kazakhs, les préoccupations politiques se font jour avec la multiplication de conflits localisés. Le conflit du Karabagh, entre Arméniens et Azéris, tous deux voisins de la Turquie, en est un, mais il n’est pas le seul. Causes politiques et causes économiques sont ici étroitement imbriquées. De nos jours, Russie, Roumanie, Géorgie, Moldavie ou autres républiques des anciens pays socialistes sont parmi les principaux pays d’émigration vers la Turquie. L’Arménie n’est d’ailleurs pas en reste, malgré l’histoire difficile des relations entre les deux pays (OIM, 2002).

De même, les conflits de l’ancienne Yougoslavie ont touché de près la Turquie. Ainsi de très nombreux Bosniaques musulmans se sont abrités en Turquie, sans avoir le statut de réfugiés, ayant pour la plupart des membres de leurs familles installés dans notre pays depuis quelques générations. Ce courant s’est tari avec la stabilisation de la situation, même si les relations restent intenses entre Bosnie et Turquie.

Une remarque générale s’impose : de très nombreux peuples de la région, soit parce qu’ils ont un moment fait partie intégrante de l’Empire Ottoman, soit parce qu’ils ont connu des relations privilégiées avec l’empire en tant que Musulmans sunnites, ou encore parce qu’ils sont turcophones, ont des représentants parmi la population turque, elle-même en grande partie constituée de groupes de réfugiés à la fin de l’Empire ou aux débuts de la période républicaine. C’est le cas des Albanais, Bosniaques, Serbes ou Bulgares musulmans, Tatars, Gagaouzes (pourtant chrétiens ortodoxes), Tcherkesses, Tchétchènes, Balkars, Karatchaïs, Nogays, Azéris, Géorgiens musulmans comme les Adjars ou Abkhazes, Turkmènes, Kazakhs (d’Afghanistan, mais aussi du Xinjiang chinois), Ouzbeks, Kirghizes du Pamir afghan... La liste est fort longue et tous ces peuples disposent, parfois à quelques générations d’intervalle, de réseaux de solidarité et d’insertion parmi la population turque (de Tapia, 2001). Ceci explique que les Bosniaques ou les Albanais kosovars aient par exemple bénéficié d’un accueil discret et efficace, parce que familial, sans avoir jamais demandé le statut de réfugié.

Causes économiques

De nos jours et dans notre environnement proche, les instabilités vécues par les populations renforcent très largement les facteurs économiques causes traditionnelles de migration internationale. Depuis de longues années, l’instabilité politique, tant intérieure que géostratégique, affecte les structures économiques des pays, souvent par le biais de conflits internes. L’économie de la plupart des pays dont les habitants migrent vers la Turquie est souvent dans une situation difficile. Les PNB par habitant de l’Afghanistan (220 $), du Pakistan (470 $), du Bengladesh (370 $), de Moldavie (370 $), de Roumanie (1520 $), d'Iran (1760 $), de Russie (2270 $)..., soit appartiennent aux plus faibles du monde, soit ont subi des régressions importantes depuis quelques années, comme dans les cas russe ou moldave. La parité de pouvoir d’achat (PPA) de l’Irak tourne autour de 2500 $ (Sönmez, 2001 : 104-107). De la même manière, les taux de populations se trouvant en dessous des seuils de pauvreté atteignent 34 % au Pakistan, 35,6 % au Bengladesh, 23,3 % en Moldavie, 21,5 % en Roumanie, 30,5 % en Russie. Ces pays ont à la fois des PNB faibles et des économies instables. Cet état de fait touche aussi les pays africains qui eux aussi sont devenus pays d’émigration clandestine vers la Turquie (Içduygu, 1995). (...)

Les origines géographiques des personnes arrêtées pour motifs d’entrée-sortie illégale sur le territoire ou séjour irrégulier montrent une répartition assez large. On relève au moins 130 nationalités dans les statistiques, mais la grande majorité des cas intéressent des ressortissants des pays voisins. Les pays les plus souvent cités sont l’Irak, la Moldavie, l’Afghanistan, le Pakistan, la Roumanie, l’Iran et la Fédération de Russie. Les statistiques font également état de la présence de ressortissants turcs. Ainsi pour la période 1995-2001, on relève 65 629 Irakiens, 20 518 Moldaves, 18 563 Afghans, 16 857 Iraniens, 14 629 Pakistanais, 10 995 Roumains, 8 512 Russes et 7 927 Turcs. De fait, on observe une différence entre les migrants de transit essayant de rejoindre un pays européen et les immigrés cherchant à s’installer plus durablement en Turquie. En réalité, la majorité des ressortissants irakiens, afghans, pakistanais ou bengladeshis utilisent le territoire turc comme lieu provisoire de transit. Parmi ces migrants, les Irakiens forment une part importante atteignant 34 % des effectifs globaux (Figure 2)."

mercredi 8 décembre 2010

Le fauteur de troubles Muhittin Altun est kurde et non turc

Enquête
Le dernier jour de Bouna Traoré et Zyed Benna

LEMONDE | 07.12.05 | 14h46  •  Mis à jour le 26.10.10 | 16h18

Dans leur souvenir, c'était à peu près l'heure de "Malcolm" sur M6, au plus tard celle de "Nous ne sommes pas des anges", sur Canal+. Bref, il était autour de midi. Ce jeudi 27 octobre, dans l'appartement des Traoré, Bouna sort de la douche. Le garçon de 15 ans s'est levé tard, comme ses frères et soeurs, comme tous les enfants de la cité qui borde le centre commercial du Chêne-Pointu, à Clichy-sous-Bois, au bout du bout du "9-3".

Clichy s'éveille. C'est l'époque des vacances scolaires, celles de la Toussaint — ici on dit plutôt "les vacances d'automne". La journée est longue jusqu'à la "coupure" du jeûne du ramadan, le soir en famille. Alors les "petits", comme Bouna, les "moyens" et les "grands" — ceux qui, jusqu'à 22 ou 23 ans, vivent toujours chez les parents — font durer la grasse matinée. Ils jouent à la PlayStation, regardent Trace TV, Equipe TV ou des DivX — des films piratés. "Pour faire perdre le temps", comme ils disent.

Bouna Traoré, yeux doux comme ses frères, est un beau gosse fin, agile et coquet. Ce jour-là, comme chaque matin, il s'enduit le visage de Topicrème, un produit pour peaux sèches, donne un coup de fer sur son jogging. Comme son grand frère Siyakha, il porte un petit diamant à l'oreille. Et il n'est pas peu fier de son "contour" — le must, la coiffure "renoi" branchée. On se fait raser à mi-tête par le coiffeur de Sevran — "c'est là-bas qu'ils coupent bien" — ou chez cet homme de la cité qui manie bien les ciseaux et coupe à l'amitié, au domicile et à la débrouille.

Sans bruit, Bouna nettoie et chausse ses Nike Shox bleu et blanc. Sans bruit, parce que son père, éboueur à la Ville de Paris, est rentré du travail à 6 heures du matin, après une heure de RER plus un bus, le 601. Pour les enfants, la seule contrainte de la journée, c'est de rejoindre la maison à 18 heures pétantes, pour "couper" le ramadan. A tour de rôle, on se dévoue pour aller faire des "petites courses" au Franprix du Chêne-Pointu — 3 euros en moyenne au panier de la ménagère — ou au Lidl de Montfermeil, plus loin, mais moins cher. Ce jour-là, c'est Siyakha Traoré, le grand de 24 ans, qui fait les courses. A chaque pas, il croise des amis. Un "tcheck", le poing de l'un contre celui de l'autre. "Tranquille ?" — "Tranquille."

Après sa douche, Bouna quitte la "pama", sa cité, pour remonter quelques mètres plus haut vers le Chêne-Pointu. Ici, l'histoire locale, même celle des années 1960, est oubliée. Ni les petits ni les grands ne savent expliquer que "pama" veut dire "parc de la mairie". Seul, sans doute, M. le maire sait que le Chêne-Pointu fut, en son temps, un petit "Lourdes" où l'on se rendait en pèlerinage. En 1212, trois riches marchands angevins, attaqués et liés à un chêne alors qu'ils se rendaient à la capitale par la forêt de Bondy, furent délivrés par des anges. Trois hommes sauvés des brigands. Un vrai miracle.

A Clichy-sous-Bois, le temps ne s'écoule pas comme partout. Les vacances ne vident jamais le Chêne-Pointu ; au contraire, elles le remplissent. Pour un Calvin, 14 ans, parti ce mois d'octobre en vacances "à Sartrouville, dans le 7-8", combien d'autres ne quittent jamais la Seine-Saint-Denis ? Ce 27 octobre, le petit frère de Bouna, lui aussi, est absent. Il est si habile au ballon rond qu'il a été envoyé en "détection" au Havre. Comme dit un copain de classe : "La moitié de Clichy, elle est forte au foot, parce qu'il y a rien d'autre à y faire."

Il fait beau. Tout le monde traîne dehors, c'est-à-dire tous les garçons. Allers-retours entre le centre commercial, ses vitrines d'aquarium opaques, ses néons jaunasses, sa boucherie halal, son marchand de journaux-PMU et, heureusement, l'Internet de la boutique Box — "l'antigalère", disent les petits.

Retour au pied des tours, à Rabelais, "là où tout le monde se positionne", 20 mètres plus loin. "Si on ne trouve pas les potes dehors, on les appelle chez eux" avec le portable, outil indispensable dès qu'on a "à gérer" une "chneck", une "femeu", une copine. C'est quand commencent les problèmes de filles et de recharges SFR que, dans la cité, on devient un "moyen".

Rabelais, c'est là qu'habite Zyed Benna, 17 ans, petit dernier d'une famille tunisienne de six enfants. Le père lui aussi est éboueur de la Ville de Paris. Il est sévère. Il n'a pas apprécié que le nom de son fils traîne dans une histoire de vélo volé. Zyed n'est arrivé en France qu'en 2001, il peine dans sa classe de troisième, mais c'est un "mec tracé", expliquent ses copains, "trop stock", trop fort. Pour preuve, son surnom : "lance-pierre". De mémoire d'habitant du Chêne-Pointu, il était le seul capable de lancer un marron jusqu'au 16e étage de la tour. Ses copains ont immortalisé l'exploit avec une caméra.

Ce 27 octobre, c'est l'heure des "Feux de l'amour". Il est largement temps de sortir. Au Chêne-Pointu, on n'aime pas rester dans les T3. Le samedi ou le dimanche, les grands sont toujours là pour emmener les petits en voiture au Flunch ou au cinéma de Rosny II, leur apprendre à conduire les quads. "Pour faire passer l'heure", en ce jour de semaine, Bouna, bon footeux "très technique", propose un tournoi au stade de Livry-Gargan, ville limitrophe, mais bien plus riche que Clichy et son stade "plein de pierres et tout pourri". Il y a là Sofiane, le pote au scooter, Aristide, David, Martin, Bruno, Yahya, tous âgés de 14 ou 15 ans, copains de cité ou de ballon. Suit aussi Muhittin Altun, le Kurde, 17 ans, le seul qui ne parle pas bien le français, quoique mieux que son père, ouvrier en bâtiment. Ils aiment le zouk, le rap français et américain comme 50 Cents, Sniper, Psy 4 de la rime, "et même parfois des variétés françaises. Bouna chantait 'Allumer le feu' de Johnny Hallyday", disent-ils.

Peu après 17 heures, les gamins quittent le stade. Petit crochet par un chantier où la région Ile-de-France construit des logements sociaux ? De sa fenêtre, l'employé d'un funérarium tout proche a en tout cas l'impression qu'un des gamins fait le guet. Voudraient-ils chiper quelque chose dans le cabanon de chantier ? La police est prévenue. Dix minutes plus tard, une première voiture de la brigade anticriminalité (BAC) s'arrête à proximité. Les gamins s'enfuient comme une volée de moineaux. "Cours ! Cours !", crie l'un d'eux en apercevant derrière lui un policier en civil, flash-ball à la main. "On doit pas courir, on n'a rien fait", tente David. En vain.

Courir, chez eux, c'est déjà un réflexe. "Quand il y a quelqu'un qui court, on est obligé de courir. L'autre jour, quelqu'un est arrivé en courant dans la cité, eh bien, tout le monde est parti dans tous les sens", raconte Joe, 16 ans. "Comment la police elle nous traite, les petits, ça les effraie", argumente Mehmet Dogan, le "cousin" de Muhittin. "Ils voient que les keufs ils nous tutoient, qu'ils nous vannent, qu'ils y vont au culot, à l'audace, qu'ils nous traitent d'espèces de kekes." En chœur, les petits assurent qu'on ne les aime pas. "Les policiers viennent du Raincy ou de Livry, là où il y a des Français. Quand ils viennent ici, ils nous disent : 'Mets-toi contre la voiture, bouffon', et après ils disent que c'est nous les malpolis. Même si on n'a rien, rien fait, ils nous traitent de petits pédés."

Dans leur tête, tout en courant, les petits font leurs comptes. Ils ne prennent leurs papiers d'identité que pour les grandes occasions : la Foire du trône, les courses à Chelles ou à Clignancourt, quand les grands frères les emmènent acheter "des hauts et des jeans fashion".

"Nos parents, ils ont eu tellement de mal à les avoir, ces papiers, qu'ils en prennent soin", explique Siyakha Traore. "Les petits, ça perd tout." Ils sont donc bien cachés dans l'attaché-case du papa, dans la chambre ou dans le sac de la maman. Seules traînent dans la cuisine les cartes "Famille nombreuse" ou celles du collège.

Se faire attraper un jour de ramadan n'est pas une bonne idée. Qu'ils passent entre une et quatre heures au poste, ils seront de toute façon en retard pour l'iftar. "J'avais faim. En plus on avait joué au foot et on était assoiffés. Je ne voulais pas perdre de temps", dit Yahya. Pendant le ramadan, enfin, on ne doit pas commettre de bêtises. "Même si on est innocents, les parents ils nous disent : 'Pourquoi ils t'ont attrapé si t'as rien fait ?'", explique un ami de Bouna. En courant, Zyed lâche tout haut : "Si les 'civils' m'attrapent, mon père il m'envoie au bled, en Tunisie." Un cauchemar. Ils s'amusent bien dans la cité. "Bouna, tellement il jouait, il prêtait même pas attention aux repas. Sa mère lui disait : 'T'as mangé ? Bouna, t'as mangé ?'", raconte son frère.

La petite bande remonte le "parc des amoureux", traverse sans regarder la rue qui sépare Livry-Gargan de Clichy, et entre par une porte ouverte, tatouée d'affiches "non" au référendum, dans un terrain municipal en friche où les Gitans du coin viennent pique-niquer aux beaux jours.

C'est là, semble-t-il, que les policiers arrêtent Harouna et Sofiane, qui courent le moins vite. Zyed, premier au cross à l'école, Bouna et Muhittin gagnent, au bas du terrain vague, un mur de béton orné de tags et couronné de fils barbelés, qu'ils longent jusqu'au cimetière.

Une seconde équipe de policiers, prévenue par talkie-walkie, a pris place derrière les tombes. La nuit est là. On entend aboyer les chiens des pavillons de Livry-Gargan. Sauts, courte échelle, voilà les trois amis, "le Noir, l'Arabe et le Turc", soupirent leurs copains, derrière les 3 mètres de l'enceinte de la centrale EDF. Ils ne regardent pas les têtes de mort sur l'avertissement placardé : "L'électricité, c'est plus fort que toi." Plutôt que de monter sur une des échelles et de s'allonger sur le toit d'un des bâtiments, ils choisissent d'escalader les 4 mètres du transformateur, à l'abri des regards. C'est très haut. Mais, comme dit Joe, "avec la peur on peut tout faire". Ils y restent une bonne demi-heure.

A 18 h 12, Bouna ou Zyed ont sans doute un geste maladroit. Un arc électrique se forme entre eux. Tous trois sont soulevés de terre par une décharge de 20 000 volts. Au Chêne-Pointu, la télé de Moussa, 15 ans, s'arrête net sur sa série. "On comprenait pas." Au commissariat de Livry-Gargan, le brigadier Sébastien M., qui s'applique à expliquer dans son rapport qu'aucune dégradation n'a été commise sur le chantier, avant de rendre les autres mineurs arrêtés à leurs parents, est tout à coup plongé dans l'obscurité. "J'ai constaté qu'aucun fusible n'était désenclenché. La coupure ne venait pas du commissariat, a-t-il confié sur procès-verbal. Le courant est revenu cinq minutes après, j'ai pu faire mon rapport."

Comment Muhittin, brûlé par quelque 2 000 degrés, la peau collée à ses vêtements, mais vivant, trouve-t-il alors la force de revenir au Chêne-Pointu et de retrouver le grand frère de Bouna ? "C'est un guerrier", répondent en hommage ses copains. Le jeune Kurde, juste capable d'articuler les deux prénoms de ses amis, entraîne une dizaine de garçons sur le terrain vague. Et de répéter : "On s'est fait courser, on s'est fait courser."

Sans geindre, il montre de son index la direction à suivre, mais, arrivé devant la centrale, il détourne les yeux à l'opposé, cache son visage en pleurs sous son autre bras. "Je me disais : mais c'est quel endroit ici ? Jamais, même pendant mon enfance, je n'étais venu là, raconte Siyakha. Plus on avançait, plus on sentait une chaleur de malade, plus Muhittin il était triste." "Bouna ! Zyed !", crie la bande.

Mais personne ne répond. Les minutes deviennent des heures, la rumeur se répand. "On a attendu, tellement attendu. Plus qu'à l'ANPE. On a même dû battre les records du consulat", raconte son frère. La mère de Bouna "fait tomber des larmes", son père se frappe la tête contre le mur de la centrale. Ils sont morts, c'est certain.

Les baskets de Zyed, "des Converse toutes neuves, noir et gris", ont été carbonisées. Comme les Nike Shox de Bouna. Mais ses Adidas sont restées quelques jours dans l'entrée du T3, avant de s'en aller avec lui pour l'enterrement au bled, en Mauritanie. Avant le voyage, Siyakha Traoré a demandé à voir le corps à l'Institut médico-légal. L'histoire qu'il raconte ressemble à une scène du réalisateur Jean-Claude Brisseau. Une belle dame très douce l'a prévenu que, quand il ouvrirait la porte, son petit frère serait là, à gauche, en entrant. Il l'a aperçu tout de suite, Bouna, "une tache noire — sa figure — dans tous ces draps blancs".

Les brûlures avaient gonflé son pauvre visage, bleu, rose, noir. Mais sa coiffure, ce dégradé qu'il s'était fait dessiner une semaine plus tôt, pour être beau pour l'Aïd, était intacte. Siyakha Traoré n'a vu que ça, la "chevelure" de l'ange, son seul réconfort. "Son contour, son dégradé, c'est les seuls endroits qui n'ont pas été touchés."

Ariane Chemin Article paru dans l'édition du 08.12.05
Source : http://www.lemonde.fr/a-la-une/article/2005/12/07/le-dernier-jour-de-bouna-traore-et-zyed-benna_718481_3208.html

Football à Châlons : des Turcs, des Français et d'autres Européens victimes de violences racistes de la part de certains Marocains

L'entraîneur du Franco-Turc : «nous n'irons pas jouer à Châlons»

Publié le vendredi 03 décembre 2010 à 08H42

CHARLEVILLE-MEZIERES (Ardennes). L'entraîneur des U19 du Charleville Franco-Turc revient sur le match qui a dégénéré entre Rocroi et Châlons. Il propose des pistes pour en finir avec la violence dans le foot.

FABIO SATALINO et les moins de 19 ans du club Franco-Turc (200 licenciés) évoluent dans le même groupe de Promotion d'honneur que l'Entente Rocroi-Maubert et l'AS Marocains de Châlons. Le club joue et s'entraîne à la Ronde-Couture. Le coach donne son point de vue sur les événements récents.

Que vous inspire l'issue très violente du match de samedi contre l'AS Marocains de Châlons ?
« C'est un problème qu'on constate de plus en plus : pour certains jeunes en manque de testostérone, le terrain n'est plus qu'un défouloir qui permet de faire le coq devant les copains. Il y a plus d'incidents qu'avant. Cela montre le profond malaise qu'il y a aujourd'hui chez les jeunes. »

Avez-vous vécu ce genre de situations avec votre club ?
« Non, pas depuis mon arrivée il y a deux ans. On a d'ailleurs joué contre les Marocains de Châlons et, malgré la « galerie » (les supporters un peu remuants, NDLR), ça s'est plutôt bien passé. Cela dit, nous n'irons pas jouer le match retour là-bas. La sécurité de mes joueurs passe avant tout. Ce qui est arrivé au club de Rocroi est trop grave. »

Quelles sont les valeurs que vous inculquez à vos joueurs ?
« Le respect de l'adversaire et de l'arbitre, ce sont les fondamentaux. Cela paie puisqu'on a reçu l'an passé le Trophée du Fair-play, comme le club de Rocroi l'avait reçu avant nous. Je crois qu'il faut travailler avec les jeunes dès leur plus jeune âge. Avec les adultes, souvent, c'est déjà trop tard. »

« Il faut poursuivre les violents en justice »

Quelles solutions préconisez-vous pour ramener le calme dans le foot amateur ?
« Primo, il faudrait plus de journées à thème autour de la non-violence. Il y en a parfois chez les pros, mais pas chez les amateurs, alors que c'est là qu'il y a le plus de joueurs et de problèmes.
Ensuite, je pense qu'il faut mieux former les arbitres et les entraîneurs à la violence sur les terrains. On voit encore trop d'arbitres, comme à Châlons, qui laissent se poursuivre des matches alors que ça dégénère ou que la « galerie » est carrément sur le terrain !
Enfin, il faut absolument que la Ligue travaille de concert avec la justice. Actuellement, c'est la Commission de discipline de la Ligue qui sanctionne. Ceux qui causent les problèmes s'en fichent. Pour mieux protéger le monde du foot, il faut poursuivre les violents en justice. »

Le problème du racisme est également inquiétant. Les dérives se multiplient depuis samedi…
« Sur le blog du club*, on a reçu de nombreux commentaires, où j'ai remarqué aussi des dérapages racistes. On en fait une histoire de races et ça révèle bien le malaise qu'il y a en France. Certains croient que c'est parce que ce sont des Marocains que ça a fini comme ça. C'est triste… Le foot est un sport de masse et ce n'est pas un monde à part : il reflète le monde tel qu'il est, et la société telle qu'elle évolue. »

N'y a-t-il pas un problème d'intégration dans le nom même des clubs ?
« Avec le « Franco-Turc », on joue l'ouverture. On a environ un tiers de Turcs, un tiers de Français et un tiers d'Européens. C'est d'ailleurs cette variété qui fait que nous avons de bons résultats. Le club des « Marocains » est moins ouvert. Enfin, il faut rappeler que tous les joueurs dont on parle sont français ! »

Propos recueillis par Guillaume LÉVY
* www.francoturk-18.skyblog.fr (le club y adresse ses « encouragements et un prompt rétablissement aux victimes ardennaises ayant été agressées physiquement et verbalement lors de leur déplacement à Châlons).
 Source : http://www.lunion.presse.fr/article/marne/lentraineur-du-franco-turc-%C2%ABnous-nirons-pas-jouer-a-chalons%C2%BB

lundi 6 décembre 2010

Pays-Bas : le taux de détention pénitentiaire relativement bas de la population turque

Le site Leugens.nl a publié un tableau mettant en relation volume démographique des différentes communautés immigrées et nombre de détenus, il s'appuie sur les statistiques officielles du Bureau Central des Statistiques des Pays-Bas :




Source : http://www.leugens.nl/2010/03/14/antilliaanse-en-marokkaanse-criminaliteit/

En 2004 : - sur 351.648 Turcs, il y avait 640 détenus, soit 0,18 % de la communauté ;
- sur 306.219 Marocains, il y avait 1050 détenus, soit 0,34 % ;
- sur 325.281 Surinamiens, il y avait 1415 détenus, soit 0,44 % ;
- sur 130.722 Antillais, il y avait 1415 détenus, soit 1,08 %.

En 2008 : - sur 372.714 Turcs, il y avait 480 détenus, soit 0,13 % ;
- sur 335.127 Marocains, il y avait 785 détenus, soit 0,23 % ;
- sur 335.799 Surinamiens, il y avait 1105 détenus, soit 0,33 % ;
- sur 131.841 Antillais, il y avait 920 détenus, soit 0,70 %.

Conclusion : les Turcs sont moins criminogènes que les Marocains, eux-mêmes moins criminogènes que les Surinamiens et surtout les Antillais. Fait que semble occulter la droite islamophobe hollandaise...

Par ailleurs, pour ce qui est des suspects enregistrés et toujours d'après le Bureau Central des Statistiques, il y avait en 2007 :
- 10.590 suspects turcs, soit 36 pour 1000 ;
- 14.380 suspects marocains, soit 59 pour 1000 ;
- 13.490 suspects surinamiens, soit 48 pour 1000 ;
- 7320 suspects antillais, soit 69 pour 1000.

On pourra lire avec profit :

Pays-Bas : le niveau de criminalité relatif des jeunes Turcs

Belgique : les Turcs légèrement surreprésentés dans la délinquance

Berlin : la part des Turcs dans la délinquance étrangère

Allemagne : comparaison entre les immigrés turcs, polonais et italiens

Les immigrés turcs : une criminalité faible

Hongrie : le parti Jobbik et l'amitié turco-hongroise

Tamás Hegedűs, Jobbik deputy floor leader and the head of the Turkish-Hungarian friendship committee visited Turkey

Saturday, October 16, 2010

The Hungarian Turkish Friendship park in Szigetvár

Tamás Hegedűs, Jobbik deputy floor leader and the head of the Turkish-Hungarian friendship committee just returned from Turkey where he spent three days talking to his counterpart and touring several famous sites.
The Turkish-Hungarian friendship committee of the Parliament was formed after the April election. Jobbik is the only party in counrty that advocating improving Hungarian-Eastern relations and building strong ties with countries that Hungarians have common heritage.

Hegedűs visited Ankara and Istanbul where he met with several Turkish officials discussing issues relevant to both nations. He said he found Turkish hospitality amazing and learned from first hand experience that the Turkish people considered Hungarians kindred nation.

Istanbul is a developing city, clean and brims with life. The streets are clean and the buildings are flying national flags. Inspired by their rich history, the Turkish people are forging ahead to build a nation based on traditional values said Tamás Hegedűs.

During the three days stay, the delegation visited the Atatürk Museum and the Hagia Sofia that are among the most famous cultural sites of Europe.

The next meeting of the Turkish-Hungarian friendship committee will be held in Budapest in the spring of 2011.

(barikad.hu – hungarianambiance.com)
Source : http://www.hungarianambiance.com/2010/10/tamas-hegedus-jobbik-deputy-floor.html

ça change de Sarkozy...

Pour information, le touranisme, glorifiant Attila et mettant l'accent sur des liens de parenté entre Magyars et Turcs, fut très à la mode dans la Hongrie d'avant 1945 (Ármin Vámbéry alias Hermann Bamberger, Société Touranienne/Turáni Társaság avec Pál Teleki et Alajos Paikert, tank Turán sous l'Amiral Horthy). "Turcophilie" qui a su dépasser la question du conflit entre le christianisme et l'islam.

mercredi 3 novembre 2010

Hongrie : le parti Jobbik refuse la turcophobie primaire

02.11.2010

Vers un soutien du Jobbik à l’entrée de la Turquie au sein de l’Union européenne ?

Un débat a lieu en ce moment au sein du Jobbik, le parti nationaliste hongrois, afin de décider de la position à adopter vis-à-vis de la Turquie. Une partie des membres du Jobbik désire soutenir l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. Le Jobbik n’a pas encore pris de décision officielle. Le Président du parti, Gábor Vona, veut cependant qu’un référendum sur la question soit organisé en même temps que les élections européennes.

Le président du Jobbik estime que l’immigration doit être régulée afin que la Hongrie ne devienne pas comme l’Allemagne. Mais par delà cette question, l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne ne pose pas de problèmes au Jobbik. Gábor Vona estime au contraire que la Hongrie peut gagner un allié clé dans la lutte contre certains groupes sous l’influence du lobby israélo-américain : « Une chose semble certaine : la Turquie peut être un allié important pour la Hongrie. La question de l’appartenance de la Turquie à l’Union européenne est secondaire. Le principal danger est le Traité de Lisbonne. »
La Chine

Le président du Jobbik voit de grandes opportunités dans les relations avec la Chine, comme avec la Russie, l’Asie centrale, l’Arabie, l’Iran, l’Inde.  Il désire protéger les entreprises hongroises par rapport à des pratiques inéquitables. Gábor Vona voit dans le marché chinois une opportunité pour les entreprises hongroises.

Relations avec les autres partis nationalistes en Europe

Le président du Jobbik pense qu’il est important de garder de bonnes relations avec les autres partis nationalistes européens. Cela ne signifie pas que le Jobbik ne peut pas avoir, pour des raisons géopolitiques, des différences de vue sur certains sujets. 

Selon le président du Jobbik, le fait que des partis patriotiques d'Europe occidentale joignent leurs forces à des groupes pro-sionistes quand ils sont confrontés à l’islam est une erreur. Avoir peur face à un problème ne doit pas avoir pour conséquence de courir vers un autre problème.
Source : http://lionelbaland.hautetfort.com/archive/2010/11/02/vers-un-soutien-du-jobbik-a-l-entree-de-la-turquie-au-sein.html

samedi 18 septembre 2010

Pays-Bas : le niveau de criminalité relatif des jeunes Turcs

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Majority of Rotterdam's Moroccans have criminal record, says study
Submitted by Mohit Joshi on Thu, 06/04/2009 - 20:14.

Amsterdam - More than half of young Dutch nationals of Moroccan origin in Rotterdam have a criminal record, according to a study published in the Dutch daily Volkskrant on Thursday.


The study, performed by researchers of Rotterdam's Erasmus University and the Royal University of Utrecht, said 55 per cent of Dutch-Moroccans aged 18 to 24 in Rotterdam have a criminal record.

Among young men from the Dutch Antilles and Surinam living in Rotterdam, 40 per cent have a criminal record, compared with 36 per cent of Dutch-Turks in the city.


Among native Dutch nationals from Rotterdam, 18.4 per cent have a police record.

The study found that once they have a police record, 90 per cent of Dutch-Moroccans return to criminal activity, compared with 60 per cent of ethnic Dutch nationals.

The study's crime statistics among ethnic groups in the Netherlands are far higher than those estimated so far by the Dutch Central Bureau of Statistics (CBS).

This can partly be explained by the fact that Rotterdam is the only Dutch city which has registered the ethnicity of criminals since 2002.

In addition, the study's methodology differed from other studies.

Contrary to the CBS, the study also included children of migrants, the so-called 'second generation' born in the Netherlands, among each ethnicity.

With a population of almost 600,000, Rotterdam is second largest city of the Netherlands. Half of its inhabitants are not native or have at least one foreign-born parent. Some 40,000 inhabitants are ethnic Moroccans.(dpa)
Source : http://www.topnews.in/majority-rotterdams-moroccans-have-criminal-record-says-study-2174400

Belgique : rareté de la "racaille attitude" chez les jeunes Turcs

Citation d'un habitant belge de Bruxelles par la chercheuse néerlandaise Marion Van San (article : "Des quartiers de mauvaise réputation. L'image de la criminalité dans deux quartiers en Belgique", Déviance et Société 2004/2, Volume 28, p. 211-231) :

"Ils se manifestent vraiment dans les lieux publics. Je ne trouve pas leur comportement dérangeant, mais ridicule. Il n’y aucune raison de s’attribuer une place ou un morceau de rue. Il faut être tolérant vis-à-vis des autres usagers du quartier, hein ! […] Et on perçoit quand même clairement des différences entre les Turcs et les Marocains. Ces jeunes types turcs, on les voit rarement réunis en groupe ainsi, dans la rue. Peut-être ne font-ils pas beaucoup cela en Turquie, et peut-être qu’ils font cela au Maroc ?"

Source : http://www.cairn.info/revue-deviance-et-societe-2004-2-page-211.htm

Belgique : discipline de la communauté turque

"Les Turcs plus braves que les Marocains?

Dans son étude, Van San concède que la criminalité n'est pas sans rapport avec les facteurs socio-économiques, mais elle affirme que ceux-ci n'expliquent pas tout. Il y aurait, selon elle, des différences entre les jeunes Turcs et les jeunes Marocains...

Ici non plus, Van San ne laisse aucune place à un éclairage social, si bien que la thèse de l'origine ethnique de la criminalité reste ouverte. Une série de facteurs sociaux qui pourraient avoir une influence ne sont nullement évoqués. En 1971, Jean-Claude Chamboredon a enquêté sur les causes de la surreprésentation des jeunes travailleurs dans les statistiques criminelles. Il en vint à la conclusion qu'un nombre plus important de PV sont dressés dans des quartiers hétérogènes (aussi bien au niveau de l'appartenance sociale qu'au niveau de l'origine de la population).

Dans des quartiers hétérogènes, où le tissu social est moins serré, le contrôle social est aussi moins influent et, en cas de conflit, on fait plus vite appel à la police. En Belgique, la cohésion sociale est plus forte dans la communauté turque que dans la communauté marocaine. Les personnes d'origine turque vivent plus souvent dans des quartiers homogènes. L'Etat turc s'introduit plus dans la vie sociale en Belgique. Il contrôle les mosquées, les associations de jeunes, paie les imamsTandis que les jeunes Marocains sont relativement plus présents dans l'espace public et donc plus facilement contrôlés par la police."

Source : http://www.archivesolidaire.org/scripts/article.phtml?lang=1&obid=10342

Belgique : les Turcs légèrement surreprésentés dans la délinquance

Justice L'enquête sur la criminalité des étrangers sera transmise au Parlement en décembrePas de leçon à tirer de l'étude? «On met la nationalité en exergue, sans explication»
VANDEMEULEBROUCKE,MARTINE
Mardi 13 novembre 2001
Justice L'enquête sur la criminalité des étrangers sera transmise au Parlement en décembre Pas de leçon à tirer de l'étude?
Les jeunes étrangers sont-ils plus délinquants que les Belges? C'est la conclusion de l'étude commandée par le ministre de la Justice Marc Verwilghen. Qui la relativise.
MARTINE VANDEMEULEBROUCKE
En septembre 1999, il y a plus de deux ans donc, le ministre de la Justice Marc Verwilghen annonçait une étude sur la criminalité des jeunes immigrés (de 14 à 24 ans). Le projet avait créé un vif émoi au sein même de la majorité. L'étude commandée à une chercheuse neerlandaise, Marion Van San, est terminée mais Verwilghen ne l'a pas encore rendue publique, se disant déçu par l'aspect «quantitatif» de l'enquête.
Faute d'avoir pu obtenir suffisamment de données statistiques de la part des forces de police et des Parquets, l'échantillon analysé est, selon le ministre, trop restreint. Le journal «De Standaard» publiait néanmoins lundi des extraits de cette étude.
Avec quels constats? Le plus prévisible, c'est bien sûr la surreprésentation des jeunes étrangers dans les chiffres de la délinquance. Des garçons, essentiellement (91 % des faits). Chez les filles, ce sont les Européennes de l'Est (20 %) qui se retrouvent le plus souvent devant le juge de la jeunesse alors que les jeunes filles marocaines et turques forment à peine 3 % de la population délinquante.
Van San analyse la délinquance nationalité par nationalité tout en précisant qu'au sein de chaque groupe on trouve parfois d'énormes différences en garçons et filles, entre plus jeunes et plus âgés. Mais la chercheuse dit avoir pu trouver au sein de chaque groupe national des modus operandi specifiques. C'est le vol qui arrive en tête de tous les faits délictueux commis par des jeunes: 65 % des faits enregistrés. Les Belges seraient les plus actifs dans le vandalisme et le trafic de drogues. Les jeunes Marocains sont surreprésentés (2,5 fois leur «poids» réel dans la population) dans tous les terrains, sauf les délits économiques. Ils sont le plus souvent arrêtés pour des faits liés à l'ordre public. Les Turcs ne sont que légèrement surreprésentés. On leur reproche surtout des actes de violence et leur criminalité baisse avec l'âge.
Les Congolais seraient quatre à cinq fois plus nombreux à se retrouver délinquants que ce qu'ils représentent démographiquement. Ils commettent surtout des vols et des escroqueries. Van San note que leur taux de criminalité augmente avec l'âge.
C'est chez les jeunes originaires d'Europe de l'Est que la délinquance est la plus forte (et en hausse constante), avec six fois leur représentation démographique en 1997, dix fois en 1999. Ils ont le plus haut score dans l'escroquerie mais aussi dans la violence et la rebellion contre l'autorité.
Le manque de données
chiffrées handicape
la valeur scientifique
de l'étude
Le rapport note encore que la différence statistique entre les délits commis par les Belges et ceux des jeunes étrangers est moins grande en Wallonie qu'en Flandre. Qu'en conclure? Que le jeune Polonais est plus délinquant que le jeune Turc, que ce dernier est lui-même plus délinquant que le Wallon, et que le jeune Flamand serait le plus sage de tous? Ou que les conditions de vie des jeunes Wallons et des jeunes étrangers sont sans doute plus proches et tout aussi difficiles? L'étude ne donne aucune explication et n'émet aucune recommandation non plus.
Les recommandations seront données par le service de politique criminelle auquel le ministre a transmis l'étude, précise-t-on chez Verwilghen. Mais le cabinet admet que le manque de données chiffrées handicape lourdement la valeur scientifique de l'étude: S'il y a deux Polonais dans mon village et que l'un est un voleur, peut-on déduire que 50 % des Polonais sont des voleurs? ironise-t-on. Il faut remettre les choses dans leur contexte . Et de laisser entendre que la conclusion que le ministre pourrait tirer de l'étude serait, précisément,... de ne pas en tirer.
«On met la nationalité en exergue, sans explication»
RÉACTION
MARTINE VANDEMEULEBROUCKE
Fabienne Brion, chargée de cours à l'école de criminologie à l'UCL, a publié, il y a quelques années, une étude sur l'incarcération des étrangers en Belgique. Elle constatait une surreprésentation des Marocains parmi les détenus. Mais en décryptant les chiffres, elle avait notamment relevé des temps de détention plus longs chez les étrangers.
Sa première réaction à l'étude de Verwilghen est de s'interroger sur la base de données de la recherche. Van San dit que les Congolais et les Européens de l'Est sont quatre ou dix fois plus délinquants que leur représentation normale. Elle se base sur la population recensée; or, il s'agit de deux groupes où le nombre d'illégaux est particulièrement important. La seule population complète recensée, ce sont les Belges...
Brion constate une mise en exergue de la nationalité mais l'étude ne dit pas ce que cela veut dire, les conclusions qu'il faut en tirer. Elle évacue partiellement l'explication socio-économique ou celle du racisme institutionnel. Reste alors la variable culturelle?
Doit-on en conclure, poursuit-elle, que les jeunes Marocains seraient «culturellement» portés à des actes de rébellion? Ou qu'à Bruxelles, ville où ils sont les plus nombreux, leurs relations avec les policiers sont particulièrement tendues? Cela, on le savait déjà. A Charleroi, des policiers nous ont donné d'emblée leur clé d'explication à la délinquance des jeunes Marocains: le chômage. Ils n'ont pas tenté d'incriminer l'islam ou un autre facteur culturel.
Fabienne Brion rappelle que l'an dernier, le chercheur Lode Walgraeve avait publié une enquête sur le même groupe cible. Il avait conclu que si l'on comparait des catégories sociales équivalentes, il y avait une sous-représentation des jeunes étrangers, que la variable sociale était donc déterminante.
Source : http://archives.lesoir.be/justice-l-enquete-sur-la-criminalite-des-etrangers-sera_t-20011113-Z0L5HJ.html

lundi 6 septembre 2010

Allemagne : 22 % des détenus étaient étrangers en 2006

C'est le chiffre indiqué par le journal Bild (d'après les sources officielles), dans un article du 28 décembre 2007 :




Source : http://www.bild.de/BILD/news/vermischtes/2007/12/29/schlaeger-muenchen-0/hg-statistik,geo=3368882.html

"Etrangers" n'étant pas le pléonasme de "Turcs", bien entendu. Pour avoir une perspective, il faut prendre en compte les 8-9 % d'étrangers dans la population totale de l'Allemagne :

http://de.wikipedia.org/wiki/Deutschland#Bev.C3.B6lkerung

Voir également : Berlin : la part des Turcs dans la délinquance étrangère

Allemagne : comparaison entre les immigrés turcs, italiens et polonais

Les immigrés turcs : une criminalité faible

Allemagne : Thilo Sarrazin rêve de métissage avec une immigration "d'élite"

"Cela me plairait s'il s'agissait de Juifs d'Europe de l'Est avec un quotient intellectuel supérieur de 15% à la population allemande."

"Les enfants vietnamiens installés par contrat dans l’ancienne Allemagne de l’est ont 80% de réussite au bac, soit mieux que les Allemands."

"(...) les Asiatiques ou les Indiens, bien plus « visibles » que les Turcs ou les Arabes ont de meilleurs résultats parfois que les Allemands."

vendredi 3 septembre 2010

Allemagne : le problème des Aussiedler ou "Russes allemands"

Monde 01/10/2003 à 01h12
«Les Russes allemands sont foutus»

Reportage

Mal intégrée en Allemagne, cette communauté sombre dans la délinquance.

BENYAHIA-KOUIDER Odile

Hameln, Gifhorn envoyée spéciale

Sans ses barreaux aux fenêtres, Hameln pourrait être une école avec son internat, ou une cité universitaire. Des petits bâtiments de trois étages dans un parc, un stade de football, un centre horticole, des ateliers de peinture et de réparation de voitures. Posé au milieu des champs en 1980, Hameln, à 70 km de Hanovre, accueille 630 détenus âgés de 14 à 21 ans. L'endroit se voulait un centre de détention moderne, axé sur la réinsertion professionnelle plutôt que sur la répression. Le récent afflux de détenus allemands d'origine russe, les «Russen deutsch» (les Russes allemands) comme on les appelle ici, a chamboulé ce bel ordonnancement.

Wolfgang Blum, qui travaille dans cette prison depuis 25 ans, n'avait jamais vu cela. «Et pourtant on a tout eu ici : des Yougoslaves, des Albanais, des Africains et évidemment beaucoup de Turcs. Ils sont gentils les Turcs. Ils sont propres et polis. Mais avec les Russen deutsch, il n'y a rien à faire. En l'espace de trois ans, ils ont réussi à instaurer une véritable culture parallèle avec des règles qui se rapprochent d'un fonctionnement mafieux. Ils ont leur propre règlement, parlent uniquement russe, refusent totalement de coopérer avec nous. Ils peuvent être très violents. La dernière fois qu'un jeune Russe allemand a accepté de parler à la télévision, les autres l'ont choppé à un atelier du matin, et l'ont passé à tabac. Cela s'est passé tellement vite qu'on n'a rien pu faire. Sa famille a été obligée de verser 6 000 euros dans leur caisse commune, qu'ils appellent l'"Abschjak", sous peine de le voir puni encore plus sévèrement.»

Vols, drogue et violence. Contrairement aux Allemands de souche d'origine polonaise, les «Russes» refusent de s'intégrer en participant aux ateliers professionnels. «On a bien sûr essayé de casser les bandes en expédiant les chefs dans d'autres prisons, raconte Wolfgang Blum. Mais chaque fois, le groupe se choisit un nouveau chef. S'ils étaient une dizaine, on pourrait encore s'en sortir, mais ils sont trop nombreux.» Jusqu'en 1997, les statistiques de la prison ne mentionnaient même pas l'existence des Allemands venus de l'ex-URSS, de Pologne ou de Roumanie. Et pour cause, ils étaient Allemands ! Selon le recensement de Hameln, la part des détenus appartenant à la catégorie «Allemands de souche» a bondi de 8,5 % en décembre 1997 à 18,4 % en juillet 2002 (114 détenus). Un score assez stupéfiant si on le compare à celui des étrangers qui atteint 34,4 % (180 détenus).

Très inquiet de cette évolution, Christian Pfeiffer, qui était alors ministre de la Justice SPD (social-démocrate) du Land de Basse-Saxe, où la concentration d'Allemands de souche est très forte, a fait sa propre enquête. «La première génération d'émigrants de l'Est arrivée en Allemagne il y a dix ans s'est très bien intégrée. Les grands-parents parlaient bien allemand, les parents assez bien et les petits-enfants ont vite appris. Ceux qui posent problème sont les familles mixtes où l'un des deux parents est russe. Dans la plupart des cas, la criminalité surgit chez des jeunes garçons arrivés en Allemagne à la fin des années 90, au moment de la puberté, explique-t-il. Ils débarquent sans parler un mot d'allemand, se trouvent rapidement en échec scolaire et sont rejetés par leurs camarades allemands. Ils ont alors tendance à se réfugier dans leur milieu russe, et tombent plus facilement dans la délinquance.» Leurs délits : vols, drogue, violence.

Hans-Dieter Klosa, préfet de police de Hanovre, n'hésite pas à rendre les politiques responsables de cet engrenage. «Il y a dix ans, le gouvernement dispensait gratuitement des cours de langue. Mais ces dernières années, ils ont limité les aides. Alors que c'est maintenant qu'il faudrait investir dans leur intégration. Il ne faut pas s'étonner des résultats !» Dans son bureau, une collection de matriochkas (poupées gigognes) et de louches en bois témoigne de ses bonnes relations avec ses collègues russes ou kazakhs. Embaucher des policiers russophones ? «Cela reviendrait à créer un corps de policiers de second rang, affectés uniquement aux Russes allemands, ce qui ne serait admis ni par les policiers allemands, ni par les suspects russes.» Hans-Dieter Klosa compte plutôt sur le travail en amont des travailleurs sociaux.

Pessimisme. Dans la région de Gifhorn, où le nombre d'Allemands de souche atteint 80 % dans certains lotissements, un bus de l'association catholique Kolping sert de refuge aux jeunes désoeuvrés l'après-midi. Ceux-là échapperont peut-être à la délinquance. Mais pour la génération qui a atterri à la prison de Hameln, Wolfgang Blum est très pessimiste : «A mon avis, ils sont foutus. Ce sont souvent des gosses qui ont été battus chez eux, et qui ne savent régler les conflits que dans la violence. Dans leur famille, il y a beaucoup d'alcoolisme. Ils n'ont aucun respect pour nos méthodes. Je ne sais pas ce qu'on va faire d'eux. Ils vont sortir et recommencer.»

Loi plus stricte. La classe politique, elle, n'a qu'une idée en tête : arrêter le flot de ces migrants qui ne sont «même plus aux trois quarts allemands». Paradoxalement, c'est le SPD le plus remonté. «Les Allemands de souche que la CDU a laissé massivement entrer en Allemagne posent beaucoup plus de problèmes que les Turcs», a même déclaré le chancelier Schröder lors de son premier duel télévisé électoral contre le chrétien-démocrate Edmund Stoiber. Un parti pris sans doute intéressé : si les électeurs d'origine turque votent à plus de 60 % pour le SPD, les Allemands de souche sont majoritairement conservateurs. «Dans notre communauté, le taux de chômage est très faible, souligne Sergej Eisner, 26 ans, et conseiller municipal CDU de Gifhorn. Même quand ils ont fait quelques études, les Allemands de souche préfèrent être femmes de ménage ou ouvriers à la chaîne plutôt que de réclamer l'aide sociale.» La plupart de ces familles arrivent à se construire une «grosse» maison dans l'une de ces zones pavillonnaires pour Allemands de souche. Arrivé à 11 ans en Allemagne, Sergej reconnaît que deux ou trois de ses camarades ont mal tourné. Est-ce une raison pour bloquer les demandes de ceux qui veulent encore venir en Allemagne ? Près d'un million de citoyens de l'ex-URSS sont encore susceptibles de demander le passeport allemand, mais la prochaine loi sur l'immigration risque d'être plus stricte sur les critères linguistiques. «Si on leur refusait, ce serait de la pure discrimination raciale par rapport aux Turcs et aux gens d'autres nationalités, s'emporte le jeune homme. Les Allemands devraient plutôt se réjouir, car notre communauté est deux fois plus jeune. Dans quelques années, c'est nous qui paierons leurs retraites.».
Source : http://www.liberation.fr/monde/0101456006-les-russes-allemands-sont-foutus

Grand Angle 15/11/2007 à 01h29
Russes allemands, éternels étrangers

Reportage

Allemands en Russie, ils sont devenus russes en Allemagne. Plus de deux millions d'«Aussiedler» ont rejoint la mère patrie après la chute de l'URSS. Leur intégration est si difficile que certains rêvent de retourner en Sibérie.

VERSIEUX Nathalie

Viktor et Elena ne voulaient pas vraiment quitter la Russie. C'était le voeu du père de voir enfin ce qu'il appelait sa «patrie», et pour «le Vieux», il n'était pas question de partir seul. Alors Viktor et Elena ont dit adieu à leurs collègues, retiré leur fils Roman de l'école, rangé tout ce qu'ils possédaient dans trois malles et pris le train. Direction l'ouest pour le plus grand voyage de leur vie, de Barnaoul, en Sibérie, vers l'Allemagne, le pays de leurs ancêtres.

Sept ans plus tard, ils ne rêvent que de retour. Aujourd'hui, le père est mort. Peu avant de les quitter, il s'est excusé auprès de ses enfants : «Rien n'est comme je l'avais imaginé», leur a-t-il avoué. Viktor et Elena sont tous deux sans travail depuis des années. Les amis et les collègues qu'ils ont laissés en Sibérie ont presque tous profité du miracle économique russe. «Si j'étais resté, l'usine m'appartiendrait aujourd'hui peut-être», rêve Viktor. Sans Roman, ils seraient partis depuis longtemps, disent-ils. Leur fils, aujourd'hui âgé de 15 ans, est le seul de la famille à s'être intégré. Une fois sa formation achevée, il sera professeur de sport.

Le destin de Viktor et Elena est loin d'être un cas isolé. Depuis la chute du Mur, près de deux millions et demi d'Allemands de souche ont quitté l'ex-Union soviétique pour retrouver la «patrie» de leurs ancêtres. Russes en Allemagne, allemands en ex-Union soviétique, le destin des «Aussiedler», comme on les appelle outre-Rhin, est symbolique des mouvements de population qui ont marqué l'est du continent européen depuis la chute du Mur. Neuf millions de personnes ont migré au sein de l'Europe de l'Est depuis la chute des régimes communistes.

Test de langue et savant système de quotas

Viktor, Elena et Roman sont allemands «par le sang», comme le veut la tradition allemande. Au vu de la loi, ils avaient droit au retour, en dédommagement des persécutions subies par les Allemands en Union soviétique du temps de Staline. Ces persécutions sont considérées comme l'une des conséquences du nazisme et de la guerre que l'Allemagne se doit de «réparer».

Les Russes allemands se sont littéralement engouffrés dans cette brèche. Près de 150 000 d'entre eux quittent l'ex-URSS en 1990. Quatre ans plus tard - 1994 marque le pic de la vague -, ce sont 215 000 personnes qui rejoignent l'Allemagne. Le flot est tel que la République fédérale est contrainte d'adopter des mesures drastiques : les nouveaux arrivants, d'abord parqués dans des centres de transit, sont ensuite répartis entre les dix-sept Länder, suivant un savant système de quotas, pour éviter de trop fortes concentrations régionales, comme cela a d'abord été le cas dans la région d'Osnabrück (où le départ des soldats canadiens, à la même époque, laissait de nombreuses casernes vides), ou dans le quartier de Marzahn à Berlin (où des barres d'immeubles de type soviétique avaient été quittées par leurs habitants à la chute du Mur).

Deux lois, adoptées en 1996 puis en 2005, ont durci le droit au retour des Aussiedler. Désormais, les candidats doivent passer un test de langue et prouver que l'allemand leur a été transmis par la famille. Les enfants et conjoints des Aussiedler ne peuvent quitter la Russie qu'à condition de maîtriser eux aussi l'allemand. Cas extrême, un jeune descendant de Russes allemands, qui parlerait couramment la langue de Goethe parce qu'il l'a étudiée à l'université, ne remplira pas les critères, contrairement à un ouvrier de 60 ans à qui ses parents auront sporadiquement parlé allemand pendant son enfance.

«Dès le début, nous avons essayé de donner une image réaliste de l'Allemagne, par le biais des journaux de la communauté allemande en ex-Union soviétique par exemple,explique Christoph Bergner, chargé par le gouvernement de gérer le dossier des Aussiedler.Mais les gens voulaient fuir le chaos ambiant. Aujourd'hui, le boom économique en Russie et au Kazakhstan et le fait que les minorités allemandes peuvent de nouveau vivre leur identité sans être persécutées ont contribué à ralentir le flot des départs. Les Allemands de l'ex-URSS se remettent à croire en leurs perspectives d'avenir sur place.» A Moscou, la croissance annuelle frise les 7 %, au Kazakhstan, c'est plus du double.

Du coup, le flot d'émigrants est tombé, depuis 2000, sous la barre des 100 000 personnes. L'an passé, ils n'étaient plus que 7 600 à quitter la Russie pour l'Allemagne, au titre du droit au retour. Ils seront moins encore cette année. Le flux s'est quasiment tari, bien qu'il reste encore 600 000 Allemands de souche en Russie, 220 000 au Kazakhstan et quelques dizaines de milliers en Ukraine, au Kirghizistan et en Ouzbékistan.

«Le migrant type est une famille soudée de plusieurs générations, avec de nombreux enfants, schématise Christoph Bergner.Les Aussiedler vivent pour la plupart dans des régions rurales, sont catholiques ou protestants, et ont un faible niveau de qualification : jusqu'en 1989, le régime soviétique leur interdisait l'accès à certains métiers, la médecine par exemple.»

Leur manque de formation ou la difficulté d'obtenir une reconnaissance de leurs diplômes russes en Allemagne expliquent le niveau dramatique du chômage de cette communauté.

Trop fier pour vivre aux crochets de l'Etat

Une étude, réalisée en août par l'institut SFZ de Potsdam, auprès des Aussiedler du quartier de Marzahn à Berlin-Est, met le doigt sur les conditions de vie précaires de ces populations. 48 % d'entre eux sont au chômage. 26 % ne cherchent pas ou plus d'emploi. 77 % vivent des indemnités chômage ou de l'aide sociale. 34 % vivent en dessous du seuil de pauvreté. 44 % des personnes interrogées avaient quitté la Russie dans l'espoir d'une vie meilleure. Ingénieur au Kazakhstan, Olga fait aujourd'hui des ménages en Allemagne. Vladimir, cadre dans une entreprise des environs de Moscou, ne travaille plus depuis près de dix ans. Trop fier pour vivre «aux crochets de l'Etat», il subsiste du maigre salaire que lui assure son mi-temps dans une association d'aide aux Aussiedler.

Second problème après le chômage, la criminalité des jeunes. Parlant mal l'allemand, de nombreux adolescents n'ont pas trouvé leur place outre-Rhin. Un quart des garçons quittent l'école vers 15 ou 16 ans, avec au mieux un diplôme de Hauptschule, une voie scolaire sans issue qui débouche rarement sur une formation professionnelle. «La réglementation est en partie responsable de cette situation, regrette Christoph Bergner. Aux débuts du mouvement de migration, le seul moyen de rejoindre l'Allemagne pour les jeunes générations était de venir avec le grand-père ou la grand-mère qui parlait encore allemand, ceux qui avaient pu apprendre la langue avant les persécutions de l'époque stalinienne. Certains jeunes sont partis pendant l'adolescence, un âge peu propice aux migrations. Ils ont eu beaucoup de mal à s'adapter. Pour eux, il aurait sans doute été préférable de rejoindre leurs grands-parents quelques années plus tard, une fois achevée leur formation en Russie.»

La présence d'Allemands en Russie remonte à l'impératrice Catherine II, d'origine allemande. Le manifeste de 1763, qui autorise l'émigration vers les bords de la Volga, pousse quelque 100 000 Allemands, pour la plupart des paysans pauvres, à tenter fortune à l'est. La Russie leur offre des terres, leur garantit la liberté de culte et les dispenses d'impôts. Un million et demi d'Allemands vivent en Russie à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Entre 1924 et 1941, ceux-ci disposent même d'une République autonome.

L'invasion de l'Union soviétique par Hitler marque le début des persécutions. Dès 1941, Staline décide la déportation des Allemands de la Volga vers la Sibérie. Entre 1941 et 1948, 850 000 Allemands sont internés dans des camps de travail. 35 % d'entre eux meurent au cours des cinq premières années. Une déportation qui reste un épisode traumatisant de l'histoire des familles allemandes de Russie.

«Ma famille a quitté la région de Hesse en 1764, raconte Viktor Fromm, qui dirige l'association berlinoise Lyra d'aide à l'intégration des Aussiedler. Les Russes ont tout fait pour que les Allemands ne s'intègrent pas. Les Allemands vivaient entre eux, dans des villages allemands. Ils étaient catholiques ou protestants, pas orthodoxes. Jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, les Allemands de Russie ne parlaient pas russe ! Ils avaient leurs propres écoles, leurs commerces, leurs églises. Jusqu'au 21 août 1941. Là, tous ont été déportés vers la Sibérie ou le Kazakhstan. Ma famille a été envoyée au Kazakhstan. Ma mère et mon père se sont rencontrés dans un camp de travail.»

«Peut-être sommes-nous venus trop tard ?»

Les Fromm se sont toujours sentis allemands. Chez eux, on parlait cet allemand, chantant et guttural à la fois, typique des Russes allemands. Ingénieur, spécialiste des techniques laser, Viktor Fromm a fait partie de ces rares membres de sa minorité à pouvoir étudier et même travailler pour la prestigieuse Académie des sciences de Moscou, malgré ses origines.

Arrivé en Allemagne en 1996 avec son père, ses trois frères et tous leurs enfants, Viktor Fromm est au chômage depuis près de dix ans. A 60 ans, il ne pense pas retrouver un emploi. Comme presque tous les Aussiedler, il a reporté tous ses espoirs sur ses deux fils. Aucun ne parlait allemand à leur arrivée. Leur intégration a été difficile. «Pour l'aîné, ça a été très dur. En Russie, il était toujours le premier de sa classe. Il avait même sauté une classe car il était très fort en maths. Arrivé en Allemagne, il s'est retrouvé dernier, accumulant les zéros parce qu'il ne parlait pas allemand. Les autres se moquaient de lui. Son institutrice voulait l'orienter vers un bac professionnel. Mais il s'est accroché, et a eu son bac avec mention très bien.»

Aujourd'hui, les deux garçons font de brillantes études. «Toutes les portes leur seront ouvertes, tant en Allemagne qu'en Russie», espère leur père. «En ce qui me concerne, ma situation était meilleure en Russie qu'ici. Mes anciens collègues ont entretemps tous fait carrière. Peut-être sommes-nous venus trop tard ? Les Russes allemands qui ont pu quitter la Russie dans les années 60, 70 et 80 ont été bien accueillis. Dans les années 90, nous étions trop nombreux à venir d'un coup. Les choses avaient changé, surtout ici à Marzahn.»

La moitié des 42 000 Aussiedler de Berlin vivent dans ce quartier, devenu une sorte de ghetto russe. Dans la rue, on parle russe. Les commerces proposent des produits russes. Les contacts sont quasi inexistants avec les Allemands d'Allemagne. «Notre problème, regrette Viktor Fromm, c'est qu'il ne suffit pas de parler la langue. Nous ignorons les règles non écrites de la société, les codes du recrutement, du comportement en entreprise, le rôle du relationnel. Pour nos enfants, ce sera différent. Je ne regrette rien. Ma femme et moi, nous sommes heureux si nos enfants sont heureux.»
Source : http://www.liberation.fr/grand-angle/0101115371-russes-allemands-eternels-etrangers

Allemagne : rejet des Polonais par les nationalistes allemands

Des polonais agressés en Allemagne

27/04/2008
Mise à jour : 17:15
De jeunes Allemands ont mis le feu cette nuit à une bâtisse où dormaient des saisonniers polonais, dans l'est de l'Allemagne, sans faire de victimes, a déclaré un porte-parole de la police régionale.
"Ils ont jeté par une fenêtre du bâtiment un cocktail molotov, qui ne s'est pas allumé tout de suite. L'un (des jeunes) a alors pénétré dans la maison et a mis le feu", a précisé le porte-parole de la police de Halle (est).
Les Polonais dormaient à l'étage quand le feu a pris au rez-de-chaussée. Ils ont échappé aux flammes mais "ils sont choqués", a souligné le porte-parole.

Les cinq jeunes âgés de 17 à 20 ans, quatre hommes et une femme, ont été arrêtés peu après non loin de là et ont passé la nuit en garde-à-vue.
Les quatre hommes ont été placés dimanche en détention provisoire par un juge qui a ouvert une enquête pour "tentative d'assassinat", soupçonnant un motif d'ordre raciste, a expliqué le porte-parole de la police.
"Ils savaient que des Polonais habitaient là", a-t-il souligné.

La jeune femme, âgée de 17 ans, a, elle, été relâchée.

Les agressions racistes sont fréquentes dans l'est de l'Allemagne, où les frustrations de l'après-Réunification ont contribué à la radicalisation d'une partie des habitants.
Source : http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2008/04/27/01011-20080427FILWWW00116-des-polonais-agresses-en-allemagne.php

Allemagne : rejet des Grecs et Italiens par les nationalistes allemands

[14] German skinheads attack ethnic Greek in Munich


BERLIN, 15/01/2001 (ANA - P. Stangos)

A 31-year-old Greek man, who was brutally beaten by five neo-Nazi skinheads Friday night outside a Munich restaurant, was reported out of danger on Sunday.

The unidentified man, a resident of the Bavarian capital, was taken to hospital with head injuries. Another group of about 10 men, led by two Turkish immigrants passed by the scene, came to his aid and repulsed the five skinheads.

Police arrested 15 youths in relation to the incident.
Source : http://www.hri.org/news/greek/ana/2001/01-01-15.ana.html#14

Last Updated: Monday, 15 September, 2003, 13:16 GMT 14:16 UK


German neo-Nazi threat 'rising'

The threat to Germany from neo-Nazis has risen to a new level, Interior Minister Otto Schily has warned.

The discovery of a suspected plot to bomb a Munich Jewish centre during a visit by the German president has "dramatically confirmed" the danger to society, he said on Monday.

At least 10 suspects were held and up to 14kg (31lb) of explosives seized in police raids last week.

Officials believe plans were being made to bomb the centre on 9 November, when its foundation stone is due to be laid at a ceremony attended by President Johannes Rau, Bavarian governor Edmund Stoiber and Jewish leader Paul Spiegel.

The suspected attack would have coincided with the anniversary of the Nazis' 1938 Kristallnacht attacks, when thousands of Jewish targets were attacked and dozens murdered.

"One could (even) say there is a new quality of terror, though we know from previous times that in right-extremist circles bombing attacks were planned and carried out," Mr Schily told Germany's ZDF television, referring a 1980 attack that killed 13 people.

"There have been hints that right extremists are really a great potential danger for our society... and this has now been dramatically confirmed."

Mr Schily praised the police for their operation.

A "hit list" detailing other possible targets, including mosques, a Greek school and an Italian target, had been recovered, said Bavarian Interior Minister Guenther Beckstein.

The explosives included at least 1.7kg of TNT. Weapons, grenades and ammunition were also recovered.

German media reports at the weekend speculated on the possible phenomenon of a neo-Nazi "Brown Army Faction", referring to the disbanded left-wing Red Army Faction.

"Faced with the flood of pictures from the Middle East, we had forgotten what extremists could also plan here at home," wrote commentator Guido Heinen in Die Welt.

"German political terrorism is back."

The magazine Focus said the internet had apparently been used to collect information on Munich's religious centres.
Source : http://news.bbc.co.uk/2/hi/europe/3109966.stm

10/01/2007


New Racist Assault

Skinheads Beat Up Three Greeks in Eastern Berlin

Another racist attack in Germany -- three Greeks were attacked and beaten up by 12 skinheads in the Pankow district of eastern Berlin.

A group of around 12 Germans with shaven heads attacked and beat up two Greek waiters and a Greek barmaid on Saturday night in eastern Berlin, shouting "Piss off you shit foreigners."

A police spokesman said 11 men and one woman had been detained. Some of them face charges of bodily harm, disturbing the peace and robbery.

The two Greek men were taken to hospital after the attack in the city's eastern district of Pankow. One was treated for a broken arm and the other for injuries to his face. The woman was pushed but not injured.

Racist attacks on foreigners occur frequently in eastern Germany, prompting anti-racist campaigners and the Central Council of Jews in Germany to warn that parts of the region are becoming "no-go" areas for ethnic minorities.

A widely reported attack on eight Indian men in the eastern town of Mügeln in August sparked a nationwide debate about how to tackle racism and right-wing extremism in the former communist east of the country.

But, as expected, that debate has now died down and there is little evidence that authorities are making a significant effort to tackle the problem.

cro/ddp
Source : http://www.spiegel.de/international/germany/0,1518,508882,00.html

Autriche : la turcophilie de Jörg Haider

Feu Jörg Haider était le président du parti FPÖ, puis du BZÖ :

"Il est dans notre intérêt d’accueillir la Turquie en tant qu'associé à part entière au sein de l’UE."

"Pour ma part, j’estime qu’il est important que la Turquie devienne une composante de l’Union."

"D'abord, parce que c’est une question de sécurité pour l'Europe. En second lieu, parce que l'approvisionnement en énergie avec le pétrole et le gaz naturel du Caucase ou des pays arabes ne peuvent parvenir librement en Europe que par la Turquie. Ce qui nous permettrait d’échapper à la dépendance des Etats-Unis néo-coloniaux. Enfin, parce que c’est dans cette région qu’est le berceau de la culture européenne. Notre philosophie, notre musique, les mathématiques, tout cela provient d'Asie Mineure et nous est parvenu en Europe par l’intermédiaire des Grecs. En outre, les trois religions monothéistes sont nées dans la région de la Mésopotamie, l'Irak d'aujourd'hui."

"Mon avis est que ce choc [des civilisations] nous devons le craindre uniquement si l’UE ferme sa porte à la Turquie. Ce serait la rejeter dans un Islam fondamentaliste. Alors il pourrait y avoir un assaut contre la « forteresse Europe »."

"Mais il faut relever qu’il y a déjà beaucoup de Turcs qui ont la nationalité autrichienne. Ce sont les personnes travailleuses et capables, et souvent des électeurs de notre parti." (entretien au Der Standard, 9 octobre 2004)

"La situation de la Turquie a quelque chose d’ambigu. Ce n’est ni un Etat asiatique, ni un Etat européen. C’est pour cela que l’on doit trouver un chemin particulier, spécifique, pour la Turquie. C’est un partenaire important pour l’Europe, notamment dans le domaine de l’énergie. Nous devons acheminer notre gaz et notre pétrole du Caucase et de l’Asie centrale avec l’aide de la Turquie pour ne pas être uniquement dépendant de la Russie." (interview à Euronews, 17 septembre 2008)

samedi 28 août 2010

Berlin : la part des Turcs dans la délinquance étrangère

En 2007, la population étrangère de Berlin était composée au total de 470.000 personnes.

Source : http://www.statistik-berlin-brandenburg.de/produkte/KleineStatistik/kBEst_2008.pdf

(p. 12)

Au sein de cette population étrangère, il y avait 113.779 Turcs, 44.400 Polonais, 11.165 Vietnamiens.

Source : http://de.wikipedia.org/wiki/Einwohnerentwicklung_von_Berlin#Bev.C3.B6lkerungsstruktur

Les Turcs représentaient donc 24 % de cette population étrangère totale, les Polonais 9 % et les Vietnamiens 2 %.

D'après le rapport officiel de la police de Berlin de 2008, en ce qui concerne la délinquance étrangère intensive, les Turcs représentaient 16 % des suspects enregistrés, les Polonais 12,6 %, les Vietnamiens 9,7 %.

Source : http://www.berlin.de/imperia/md/content/seninn/abteilungiii/kriminalitaetsstatistiken2/2008/pks_2008.pdf?start&ts=1274274557&file=pks_2008.pdf

(p. 117)

D'après celui de 2009 : les Turcs 14,2 %, les Polonais 15,3 %, les Vietnamiens 10,8 %.

Source : http://www.berlin.de/imperia/md/content/seninn/abteilungiii/kriminalitaetsstatistiken2/2009/pks_2009.pdf?start&ts=1274274561&file=pks_2009.pdf

(p. 150)

Parmi les suspects de violence juvénile en bande, 24,9 % étaient étrangers (p. 153). Les Turcs représentaient 33,1 % de ces suspects étrangers, sachant que les Turcs ont, en raison de l'histoire migratoire de l'Allemagne, une structure d'âge nettement différente de celle de la plupart des autres immigrés, ainsi ils formeraient 34 % des étrangers nés en Allemagne et 35 % des jeunes scolarisés de la ville issus de l'immigration (parents étrangers) d'après PISA en 2003 :

http://www.berlin.de/imperia/md/content/lb-integration-migration/publikationen/beitraege/integrationsindikatoren_bf.pdf?start&ts=1277465163&file=integrationsindikatoren_bf.pdf

(p. 52)

On peut en conclure qu'il n'y a pas de surreprésentation des Turcs au sein de la délinquance étrangère de la ville.

Allemagne : comparaison entre les immigrés turcs, italiens et polonais

D'après les statistiques criminelles de la police allemande publiées par le journal Spiegel, en Allemagne en 2008, 106.000 suspects étrangers enregistrés étaient turcs, 24.000 italiens, 31.000 polonais :




Source : http://www.spiegel.de/fotostrecke/fotostrecke-43413-19.html#backToArticle=630544

Populations de nationalité étrangère en Allemagne (en 2007) : 1,7 million de Turcs, 528.000 Italiens, 384.000 Polonais.

Source : http://de.wikipedia.org/wiki/Deutschland#Bev.C3.B6lkerung

Taux de criminalité déduits à partir de ces deux bases de données (opération mathématique : nombre de suspects étrangers multiplié par 100, ensuite divisé par le nombre d'étrangers correspondant) :

Turcs = 6 %

Italiens = 4 %

Polonais = 8 %

Les immigrés turcs : une criminalité faible

Xavier Raufer, criminologue et universitaire français :

"(...) ces études nous apprennent que les populations turques émigrées en Europe occidentale ont un niveau de vie médiocre et aussi un niveau de criminalité bas. En Allemagne, aux Pays-Bas et en Belgique, on constate même, à statut social identique, une énorme différence de niveau de criminalité entre jeunes Turcs (niveau bas) et jeunes Marocains (niveau important) alors que tous deux sont issus de l’immigration et musulmans !

Si c’était bien la misère qui génère le crime, ou encore la discrimination sociale ou religieuse, ou enfin le racisme, comme certains sociologues le serinent inlassablement, pourquoi ces différences importantes entre niveaux criminels, dont l’origine semble à l’inverse être clairement culturelle (par réflexe éducatif, les Turcs et les Kurdes ne volent pas, car c’est jugé déshonorant dans leurs communautés)." (entretien avec Xavier Bébin pour l'Institut pour la Justice, mai 2009)

Source : http://www.xavier-raufer.com/site/IMG/pdf/EntretienXavierRaufer.pdf

(p. 6)

"(...) les statistiques de la police nationale néerlandaise montrent que, en matière de criminalité de gens issus de l'immigration, vous avez deux communautés importantes chez eux, vous avez des Turcs et vous avez des Marocains. Les Turcs et les Marocains sont exactement dans la même situation : ils habitent dans les mêmes quartiers, ils sont tous les deux immigrés et tous les deux musulmans. Vous avez donc là deux cas similaires. Vous avez une criminalité extrêmement faible chez les Turcs. Pourquoi ? Parce que de façon culturelle, c'est mal vu de voler et de faire des choses comme ça dans la communauté turque, et vous avez un contrôle rigide des parents, donc criminalité très basse. Alors que vous avez une criminalité très forte dans la communauté marocaine." (intervention au colloque "Sécurité : nouveaux enjeux" du Groupe UMP, 10 juin 2009)

Source : http://www.dailymotion.com/video/x9k2d3_xavier-raufer-colloque-sur-la-secur_news

(à partir de 09:50)

L'immigration turque en France

Jean-Paul Burdy (dir.), Les mots de la Turquie, Toulouse, Presses Universitaires du Mirail, 2006, p. 63 :

"En France (400 000 personnes), elles [les communautés turques] résultent de contrats collectifs de recrutement conclus par l'entremise de l'Office national de l'immigration au début des années 1970 : des groupes villageois entiers ont ainsi été transportés vers des zones rurales (Auvergne, Limousin), ou des bassins industriels (Alsace, Vosges, Rhône-Alpes)."


Ali Kazancigil, La Turquie, Paris, Le Cavalier Bleu, 2008, p. 114-116 :

"Actuellement, il y a entre 350 000 et 400 000 immigrés de Turquie en France. Il convient d'y ajouter les clandestins, estimés à quelque 80 000. Ceux et celles d'entre eux qui ont acquis la nationalité française sont en minorité. Le taux de chômage y est de l'ordre de 25 %, comparable à celui de l'immigration maghrébine. Au plan ethnique, ils sont majoritairement turcs, avec cependant beaucoup de Kurdes de Turquie. Ils sont surtout concentrés à Paris (le faubourg Saint-Denis, dans le Xe arrondissement, est une « petite Turquie »), en Ile-de-France (93 & 95), Rhône-Alpes et Provence-Côte-d'Azur. Cette immigration a commencé dans les années soixante, par des ouvriers non-qualifiés, d'origine rurale, venus seuls pour travailler dans des usines, avec l'idée d'épargner et de rentrer au pays, le plus vite possible. Les immigrés ultérieurs, plus nombreux à partir du milieu des années soixante-dix, ont ensuite travaillé dans la construction, diverses industries, dans la confection, les services, le commerce, l'éducation ou l'action sociale. Quelque 60 % de ces immigrés venaient du Centre et de l'Est de l'Anatolie et 10 % de la région égéenne, où les niveaux de vie et d'éducation étaient plus élevés. A partir de 1974, ils ont bénéficié du regroupement familial, un facteur très important qui a souvent conduit à des choix ou des arbitrages entre les objectifs du « rentrer » ou de « rester sur la longue durée », lesquels ont influencé le rapport au pays d'accueil, dans le sens d'un effort d'intégration ou d'adaptation.

Dans l'immigration turque, la démarche entrepreneuriale, avec un projet d'investissement futur dans le pays, a joué un rôle important. Cependant, le temps nécessaire à une épargne suffisante par rapport à cet objectif s'est révélé plus long que prévu. La durée du séjour en France se prolongeant, le projet initial du retour rapide s'est éclipsé. Progressivement, au sein de l'immigration turque en France, il y a eu une expansion de l'entrepreneuriat, à partir du milieu des années quatre-vingt, d'autant plus que l'offre d'emploi baissait. La population turque s'est organisée et a développé une infrastructure sociale et économique communautaire. En 2002, 17 % des immigrés de Turquie étaient artisans, commerçants ou chefs d'entreprise, ce taux étant le plus élevé parmi l'ensemble des immigrés, y compris les Espagnols, Italiens et Portugais. Ces entrepreneurs sont sortis du milieu ethnique, s'adressant à l'ensemble de la population française. Dans certains domaines, comme la maçonnerie et la plâtrerie-peinture ou le tourisme, ils sont très compétitifs, avec quelques grosses entreprises florissantes, comme les grands tour-opérateurs Pacha Tours et Marmara. Ils réussissent aussi dans la restauration, le commerce alimentaire, la confection, l'artisanat et l'industrie forestière. Certains individus y réussissent : Untel est bottier de luxe, dans le centre de Paris, chaussant les stars, Unetelle est fonctionnaire, garde républicaine à l'Elysée. Par ailleurs, à travers une notabilisation, certains de ces entrepreneurs, souvent d'origine ouvrière, ont acquis le statut d'élite au sein de la communauté, et sont devenus des négociateurs ou médiateurs entre celle-ci et la société d'accueil et ses hiérarchies. Mais près des deux tiers des immigrés de Turquie sont des ouvriers (33 % qualifiés et 30 % non-qualifiés). La vie associative est dynamique, avec environ 400 associations.

Tous ces immigrés, dans les différentes phases de leurs histoires migratoires respectives, se trouvent forcément engagés dans une renégociation des identités, des rapports intracommunautaires et de ceux avec le pays d'accueil. Mais il y a des facteurs défavorables à l'intégration. L'identité islamique des immigrés en France prend souvent le pas sur l'identité turque, bien plus qu'en Turquie, à cause du souci de défendre leurs traditions et de protéger leurs familles de certaines libertés publiques, qu'ils considèrent comme une menace face à ces traditions patriarcales. Ainsi, l'islam sert de ligne de démarcation entre le « nous » et les « autres ». Les mariages sont majoritairement endogamiques, avec des brus et gendres choisis en Turquie, ce qui est parfois source de souffrances, ruptures et violences. Le traditionalisme des hommes et leur domination vis-à-vis des femmes se renforcent en immigration. Ainsi, dans beaucoup de familles, l'expérience migratoire n'est-elle pas forcément un facteur de modernisation, même si cela tend à changer chez les immigrés qui restent sur une longue durée en France. La deuxième génération, c'est-à-dire les enfants nés, ou arrivés en bas âge en France, est souvent en conflit d'identité. Ils ne connaissent pratiquement rien de leur pays d'origine. Ils sont considérés comme des étrangers en France et en Turquie. Intégrés à la France par l'école, ils sont obligés par les parents de se comporter selon des codes et traditions turcs. Alors ils choisissent, soit le repli sur l'identité communautaire, soit l'intégration, en adoptant, plus ou moins, les normes françaises. Il est probable que la troisième génération s'adaptera plus largement aux normes et à la culture du pays d'accueil."