mercredi 22 décembre 2010

La Turquie, terre d'immigration

Mustafa Mutluer, "Les migrations irrégulières en Turquie", Revue européenne des migrations internationales, vol. 19, n°3, 2003 :

"L’état de tension que connaissent les pays issus du démantèlement de l’URSS a aussi un impact fort sur les migrations de transit en Turquie. Les causes économiques sont certaines : la Turquie voit le développement de ce que l’on appelle alors les Rus pazarï (marchés russes) et en corollaire celui de flux annexes, prostituées caucasiennes et slaves surnommées en turc natashalar (les natachas devenu un terme familier), domesticité gagaouze (de Moldavie), travailleurs frontaliers réguliers ou clandestins... Les problèmes recensés sont variés. Alors que les ressortissants des républiques turcophones viennent comme les Russes ou les Ukrainiens faire du commerce à la valise et que les relations se multiplient et s’approfondissent, ne serait-ce que parce que nombre d’entreprises turques s’intéressent à ce nouveau marché qui voit des Turcs émigrer sur des chantiers de travaux publics russes ou kazakhs, les préoccupations politiques se font jour avec la multiplication de conflits localisés. Le conflit du Karabagh, entre Arméniens et Azéris, tous deux voisins de la Turquie, en est un, mais il n’est pas le seul. Causes politiques et causes économiques sont ici étroitement imbriquées. De nos jours, Russie, Roumanie, Géorgie, Moldavie ou autres républiques des anciens pays socialistes sont parmi les principaux pays d’émigration vers la Turquie. L’Arménie n’est d’ailleurs pas en reste, malgré l’histoire difficile des relations entre les deux pays (OIM, 2002).

De même, les conflits de l’ancienne Yougoslavie ont touché de près la Turquie. Ainsi de très nombreux Bosniaques musulmans se sont abrités en Turquie, sans avoir le statut de réfugiés, ayant pour la plupart des membres de leurs familles installés dans notre pays depuis quelques générations. Ce courant s’est tari avec la stabilisation de la situation, même si les relations restent intenses entre Bosnie et Turquie.

Une remarque générale s’impose : de très nombreux peuples de la région, soit parce qu’ils ont un moment fait partie intégrante de l’Empire Ottoman, soit parce qu’ils ont connu des relations privilégiées avec l’empire en tant que Musulmans sunnites, ou encore parce qu’ils sont turcophones, ont des représentants parmi la population turque, elle-même en grande partie constituée de groupes de réfugiés à la fin de l’Empire ou aux débuts de la période républicaine. C’est le cas des Albanais, Bosniaques, Serbes ou Bulgares musulmans, Tatars, Gagaouzes (pourtant chrétiens ortodoxes), Tcherkesses, Tchétchènes, Balkars, Karatchaïs, Nogays, Azéris, Géorgiens musulmans comme les Adjars ou Abkhazes, Turkmènes, Kazakhs (d’Afghanistan, mais aussi du Xinjiang chinois), Ouzbeks, Kirghizes du Pamir afghan... La liste est fort longue et tous ces peuples disposent, parfois à quelques générations d’intervalle, de réseaux de solidarité et d’insertion parmi la population turque (de Tapia, 2001). Ceci explique que les Bosniaques ou les Albanais kosovars aient par exemple bénéficié d’un accueil discret et efficace, parce que familial, sans avoir jamais demandé le statut de réfugié.

Causes économiques

De nos jours et dans notre environnement proche, les instabilités vécues par les populations renforcent très largement les facteurs économiques causes traditionnelles de migration internationale. Depuis de longues années, l’instabilité politique, tant intérieure que géostratégique, affecte les structures économiques des pays, souvent par le biais de conflits internes. L’économie de la plupart des pays dont les habitants migrent vers la Turquie est souvent dans une situation difficile. Les PNB par habitant de l’Afghanistan (220 $), du Pakistan (470 $), du Bengladesh (370 $), de Moldavie (370 $), de Roumanie (1520 $), d'Iran (1760 $), de Russie (2270 $)..., soit appartiennent aux plus faibles du monde, soit ont subi des régressions importantes depuis quelques années, comme dans les cas russe ou moldave. La parité de pouvoir d’achat (PPA) de l’Irak tourne autour de 2500 $ (Sönmez, 2001 : 104-107). De la même manière, les taux de populations se trouvant en dessous des seuils de pauvreté atteignent 34 % au Pakistan, 35,6 % au Bengladesh, 23,3 % en Moldavie, 21,5 % en Roumanie, 30,5 % en Russie. Ces pays ont à la fois des PNB faibles et des économies instables. Cet état de fait touche aussi les pays africains qui eux aussi sont devenus pays d’émigration clandestine vers la Turquie (Içduygu, 1995). (...)

Les origines géographiques des personnes arrêtées pour motifs d’entrée-sortie illégale sur le territoire ou séjour irrégulier montrent une répartition assez large. On relève au moins 130 nationalités dans les statistiques, mais la grande majorité des cas intéressent des ressortissants des pays voisins. Les pays les plus souvent cités sont l’Irak, la Moldavie, l’Afghanistan, le Pakistan, la Roumanie, l’Iran et la Fédération de Russie. Les statistiques font également état de la présence de ressortissants turcs. Ainsi pour la période 1995-2001, on relève 65 629 Irakiens, 20 518 Moldaves, 18 563 Afghans, 16 857 Iraniens, 14 629 Pakistanais, 10 995 Roumains, 8 512 Russes et 7 927 Turcs. De fait, on observe une différence entre les migrants de transit essayant de rejoindre un pays européen et les immigrés cherchant à s’installer plus durablement en Turquie. En réalité, la majorité des ressortissants irakiens, afghans, pakistanais ou bengladeshis utilisent le territoire turc comme lieu provisoire de transit. Parmi ces migrants, les Irakiens forment une part importante atteignant 34 % des effectifs globaux (Figure 2)."

mercredi 8 décembre 2010

Le fauteur de troubles Muhittin Altun est kurde et non turc

Enquête
Le dernier jour de Bouna Traoré et Zyed Benna

LEMONDE | 07.12.05 | 14h46  •  Mis à jour le 26.10.10 | 16h18

Dans leur souvenir, c'était à peu près l'heure de "Malcolm" sur M6, au plus tard celle de "Nous ne sommes pas des anges", sur Canal+. Bref, il était autour de midi. Ce jeudi 27 octobre, dans l'appartement des Traoré, Bouna sort de la douche. Le garçon de 15 ans s'est levé tard, comme ses frères et soeurs, comme tous les enfants de la cité qui borde le centre commercial du Chêne-Pointu, à Clichy-sous-Bois, au bout du bout du "9-3".

Clichy s'éveille. C'est l'époque des vacances scolaires, celles de la Toussaint — ici on dit plutôt "les vacances d'automne". La journée est longue jusqu'à la "coupure" du jeûne du ramadan, le soir en famille. Alors les "petits", comme Bouna, les "moyens" et les "grands" — ceux qui, jusqu'à 22 ou 23 ans, vivent toujours chez les parents — font durer la grasse matinée. Ils jouent à la PlayStation, regardent Trace TV, Equipe TV ou des DivX — des films piratés. "Pour faire perdre le temps", comme ils disent.

Bouna Traoré, yeux doux comme ses frères, est un beau gosse fin, agile et coquet. Ce jour-là, comme chaque matin, il s'enduit le visage de Topicrème, un produit pour peaux sèches, donne un coup de fer sur son jogging. Comme son grand frère Siyakha, il porte un petit diamant à l'oreille. Et il n'est pas peu fier de son "contour" — le must, la coiffure "renoi" branchée. On se fait raser à mi-tête par le coiffeur de Sevran — "c'est là-bas qu'ils coupent bien" — ou chez cet homme de la cité qui manie bien les ciseaux et coupe à l'amitié, au domicile et à la débrouille.

Sans bruit, Bouna nettoie et chausse ses Nike Shox bleu et blanc. Sans bruit, parce que son père, éboueur à la Ville de Paris, est rentré du travail à 6 heures du matin, après une heure de RER plus un bus, le 601. Pour les enfants, la seule contrainte de la journée, c'est de rejoindre la maison à 18 heures pétantes, pour "couper" le ramadan. A tour de rôle, on se dévoue pour aller faire des "petites courses" au Franprix du Chêne-Pointu — 3 euros en moyenne au panier de la ménagère — ou au Lidl de Montfermeil, plus loin, mais moins cher. Ce jour-là, c'est Siyakha Traoré, le grand de 24 ans, qui fait les courses. A chaque pas, il croise des amis. Un "tcheck", le poing de l'un contre celui de l'autre. "Tranquille ?" — "Tranquille."

Après sa douche, Bouna quitte la "pama", sa cité, pour remonter quelques mètres plus haut vers le Chêne-Pointu. Ici, l'histoire locale, même celle des années 1960, est oubliée. Ni les petits ni les grands ne savent expliquer que "pama" veut dire "parc de la mairie". Seul, sans doute, M. le maire sait que le Chêne-Pointu fut, en son temps, un petit "Lourdes" où l'on se rendait en pèlerinage. En 1212, trois riches marchands angevins, attaqués et liés à un chêne alors qu'ils se rendaient à la capitale par la forêt de Bondy, furent délivrés par des anges. Trois hommes sauvés des brigands. Un vrai miracle.

A Clichy-sous-Bois, le temps ne s'écoule pas comme partout. Les vacances ne vident jamais le Chêne-Pointu ; au contraire, elles le remplissent. Pour un Calvin, 14 ans, parti ce mois d'octobre en vacances "à Sartrouville, dans le 7-8", combien d'autres ne quittent jamais la Seine-Saint-Denis ? Ce 27 octobre, le petit frère de Bouna, lui aussi, est absent. Il est si habile au ballon rond qu'il a été envoyé en "détection" au Havre. Comme dit un copain de classe : "La moitié de Clichy, elle est forte au foot, parce qu'il y a rien d'autre à y faire."

Il fait beau. Tout le monde traîne dehors, c'est-à-dire tous les garçons. Allers-retours entre le centre commercial, ses vitrines d'aquarium opaques, ses néons jaunasses, sa boucherie halal, son marchand de journaux-PMU et, heureusement, l'Internet de la boutique Box — "l'antigalère", disent les petits.

Retour au pied des tours, à Rabelais, "là où tout le monde se positionne", 20 mètres plus loin. "Si on ne trouve pas les potes dehors, on les appelle chez eux" avec le portable, outil indispensable dès qu'on a "à gérer" une "chneck", une "femeu", une copine. C'est quand commencent les problèmes de filles et de recharges SFR que, dans la cité, on devient un "moyen".

Rabelais, c'est là qu'habite Zyed Benna, 17 ans, petit dernier d'une famille tunisienne de six enfants. Le père lui aussi est éboueur de la Ville de Paris. Il est sévère. Il n'a pas apprécié que le nom de son fils traîne dans une histoire de vélo volé. Zyed n'est arrivé en France qu'en 2001, il peine dans sa classe de troisième, mais c'est un "mec tracé", expliquent ses copains, "trop stock", trop fort. Pour preuve, son surnom : "lance-pierre". De mémoire d'habitant du Chêne-Pointu, il était le seul capable de lancer un marron jusqu'au 16e étage de la tour. Ses copains ont immortalisé l'exploit avec une caméra.

Ce 27 octobre, c'est l'heure des "Feux de l'amour". Il est largement temps de sortir. Au Chêne-Pointu, on n'aime pas rester dans les T3. Le samedi ou le dimanche, les grands sont toujours là pour emmener les petits en voiture au Flunch ou au cinéma de Rosny II, leur apprendre à conduire les quads. "Pour faire passer l'heure", en ce jour de semaine, Bouna, bon footeux "très technique", propose un tournoi au stade de Livry-Gargan, ville limitrophe, mais bien plus riche que Clichy et son stade "plein de pierres et tout pourri". Il y a là Sofiane, le pote au scooter, Aristide, David, Martin, Bruno, Yahya, tous âgés de 14 ou 15 ans, copains de cité ou de ballon. Suit aussi Muhittin Altun, le Kurde, 17 ans, le seul qui ne parle pas bien le français, quoique mieux que son père, ouvrier en bâtiment. Ils aiment le zouk, le rap français et américain comme 50 Cents, Sniper, Psy 4 de la rime, "et même parfois des variétés françaises. Bouna chantait 'Allumer le feu' de Johnny Hallyday", disent-ils.

Peu après 17 heures, les gamins quittent le stade. Petit crochet par un chantier où la région Ile-de-France construit des logements sociaux ? De sa fenêtre, l'employé d'un funérarium tout proche a en tout cas l'impression qu'un des gamins fait le guet. Voudraient-ils chiper quelque chose dans le cabanon de chantier ? La police est prévenue. Dix minutes plus tard, une première voiture de la brigade anticriminalité (BAC) s'arrête à proximité. Les gamins s'enfuient comme une volée de moineaux. "Cours ! Cours !", crie l'un d'eux en apercevant derrière lui un policier en civil, flash-ball à la main. "On doit pas courir, on n'a rien fait", tente David. En vain.

Courir, chez eux, c'est déjà un réflexe. "Quand il y a quelqu'un qui court, on est obligé de courir. L'autre jour, quelqu'un est arrivé en courant dans la cité, eh bien, tout le monde est parti dans tous les sens", raconte Joe, 16 ans. "Comment la police elle nous traite, les petits, ça les effraie", argumente Mehmet Dogan, le "cousin" de Muhittin. "Ils voient que les keufs ils nous tutoient, qu'ils nous vannent, qu'ils y vont au culot, à l'audace, qu'ils nous traitent d'espèces de kekes." En chœur, les petits assurent qu'on ne les aime pas. "Les policiers viennent du Raincy ou de Livry, là où il y a des Français. Quand ils viennent ici, ils nous disent : 'Mets-toi contre la voiture, bouffon', et après ils disent que c'est nous les malpolis. Même si on n'a rien, rien fait, ils nous traitent de petits pédés."

Dans leur tête, tout en courant, les petits font leurs comptes. Ils ne prennent leurs papiers d'identité que pour les grandes occasions : la Foire du trône, les courses à Chelles ou à Clignancourt, quand les grands frères les emmènent acheter "des hauts et des jeans fashion".

"Nos parents, ils ont eu tellement de mal à les avoir, ces papiers, qu'ils en prennent soin", explique Siyakha Traore. "Les petits, ça perd tout." Ils sont donc bien cachés dans l'attaché-case du papa, dans la chambre ou dans le sac de la maman. Seules traînent dans la cuisine les cartes "Famille nombreuse" ou celles du collège.

Se faire attraper un jour de ramadan n'est pas une bonne idée. Qu'ils passent entre une et quatre heures au poste, ils seront de toute façon en retard pour l'iftar. "J'avais faim. En plus on avait joué au foot et on était assoiffés. Je ne voulais pas perdre de temps", dit Yahya. Pendant le ramadan, enfin, on ne doit pas commettre de bêtises. "Même si on est innocents, les parents ils nous disent : 'Pourquoi ils t'ont attrapé si t'as rien fait ?'", explique un ami de Bouna. En courant, Zyed lâche tout haut : "Si les 'civils' m'attrapent, mon père il m'envoie au bled, en Tunisie." Un cauchemar. Ils s'amusent bien dans la cité. "Bouna, tellement il jouait, il prêtait même pas attention aux repas. Sa mère lui disait : 'T'as mangé ? Bouna, t'as mangé ?'", raconte son frère.

La petite bande remonte le "parc des amoureux", traverse sans regarder la rue qui sépare Livry-Gargan de Clichy, et entre par une porte ouverte, tatouée d'affiches "non" au référendum, dans un terrain municipal en friche où les Gitans du coin viennent pique-niquer aux beaux jours.

C'est là, semble-t-il, que les policiers arrêtent Harouna et Sofiane, qui courent le moins vite. Zyed, premier au cross à l'école, Bouna et Muhittin gagnent, au bas du terrain vague, un mur de béton orné de tags et couronné de fils barbelés, qu'ils longent jusqu'au cimetière.

Une seconde équipe de policiers, prévenue par talkie-walkie, a pris place derrière les tombes. La nuit est là. On entend aboyer les chiens des pavillons de Livry-Gargan. Sauts, courte échelle, voilà les trois amis, "le Noir, l'Arabe et le Turc", soupirent leurs copains, derrière les 3 mètres de l'enceinte de la centrale EDF. Ils ne regardent pas les têtes de mort sur l'avertissement placardé : "L'électricité, c'est plus fort que toi." Plutôt que de monter sur une des échelles et de s'allonger sur le toit d'un des bâtiments, ils choisissent d'escalader les 4 mètres du transformateur, à l'abri des regards. C'est très haut. Mais, comme dit Joe, "avec la peur on peut tout faire". Ils y restent une bonne demi-heure.

A 18 h 12, Bouna ou Zyed ont sans doute un geste maladroit. Un arc électrique se forme entre eux. Tous trois sont soulevés de terre par une décharge de 20 000 volts. Au Chêne-Pointu, la télé de Moussa, 15 ans, s'arrête net sur sa série. "On comprenait pas." Au commissariat de Livry-Gargan, le brigadier Sébastien M., qui s'applique à expliquer dans son rapport qu'aucune dégradation n'a été commise sur le chantier, avant de rendre les autres mineurs arrêtés à leurs parents, est tout à coup plongé dans l'obscurité. "J'ai constaté qu'aucun fusible n'était désenclenché. La coupure ne venait pas du commissariat, a-t-il confié sur procès-verbal. Le courant est revenu cinq minutes après, j'ai pu faire mon rapport."

Comment Muhittin, brûlé par quelque 2 000 degrés, la peau collée à ses vêtements, mais vivant, trouve-t-il alors la force de revenir au Chêne-Pointu et de retrouver le grand frère de Bouna ? "C'est un guerrier", répondent en hommage ses copains. Le jeune Kurde, juste capable d'articuler les deux prénoms de ses amis, entraîne une dizaine de garçons sur le terrain vague. Et de répéter : "On s'est fait courser, on s'est fait courser."

Sans geindre, il montre de son index la direction à suivre, mais, arrivé devant la centrale, il détourne les yeux à l'opposé, cache son visage en pleurs sous son autre bras. "Je me disais : mais c'est quel endroit ici ? Jamais, même pendant mon enfance, je n'étais venu là, raconte Siyakha. Plus on avançait, plus on sentait une chaleur de malade, plus Muhittin il était triste." "Bouna ! Zyed !", crie la bande.

Mais personne ne répond. Les minutes deviennent des heures, la rumeur se répand. "On a attendu, tellement attendu. Plus qu'à l'ANPE. On a même dû battre les records du consulat", raconte son frère. La mère de Bouna "fait tomber des larmes", son père se frappe la tête contre le mur de la centrale. Ils sont morts, c'est certain.

Les baskets de Zyed, "des Converse toutes neuves, noir et gris", ont été carbonisées. Comme les Nike Shox de Bouna. Mais ses Adidas sont restées quelques jours dans l'entrée du T3, avant de s'en aller avec lui pour l'enterrement au bled, en Mauritanie. Avant le voyage, Siyakha Traoré a demandé à voir le corps à l'Institut médico-légal. L'histoire qu'il raconte ressemble à une scène du réalisateur Jean-Claude Brisseau. Une belle dame très douce l'a prévenu que, quand il ouvrirait la porte, son petit frère serait là, à gauche, en entrant. Il l'a aperçu tout de suite, Bouna, "une tache noire — sa figure — dans tous ces draps blancs".

Les brûlures avaient gonflé son pauvre visage, bleu, rose, noir. Mais sa coiffure, ce dégradé qu'il s'était fait dessiner une semaine plus tôt, pour être beau pour l'Aïd, était intacte. Siyakha Traoré n'a vu que ça, la "chevelure" de l'ange, son seul réconfort. "Son contour, son dégradé, c'est les seuls endroits qui n'ont pas été touchés."

Ariane Chemin Article paru dans l'édition du 08.12.05
Source : http://www.lemonde.fr/a-la-une/article/2005/12/07/le-dernier-jour-de-bouna-traore-et-zyed-benna_718481_3208.html

Football à Châlons : des Turcs, des Français et d'autres Européens victimes de violences racistes de la part de certains Marocains

L'entraîneur du Franco-Turc : «nous n'irons pas jouer à Châlons»

Publié le vendredi 03 décembre 2010 à 08H42

CHARLEVILLE-MEZIERES (Ardennes). L'entraîneur des U19 du Charleville Franco-Turc revient sur le match qui a dégénéré entre Rocroi et Châlons. Il propose des pistes pour en finir avec la violence dans le foot.

FABIO SATALINO et les moins de 19 ans du club Franco-Turc (200 licenciés) évoluent dans le même groupe de Promotion d'honneur que l'Entente Rocroi-Maubert et l'AS Marocains de Châlons. Le club joue et s'entraîne à la Ronde-Couture. Le coach donne son point de vue sur les événements récents.

Que vous inspire l'issue très violente du match de samedi contre l'AS Marocains de Châlons ?
« C'est un problème qu'on constate de plus en plus : pour certains jeunes en manque de testostérone, le terrain n'est plus qu'un défouloir qui permet de faire le coq devant les copains. Il y a plus d'incidents qu'avant. Cela montre le profond malaise qu'il y a aujourd'hui chez les jeunes. »

Avez-vous vécu ce genre de situations avec votre club ?
« Non, pas depuis mon arrivée il y a deux ans. On a d'ailleurs joué contre les Marocains de Châlons et, malgré la « galerie » (les supporters un peu remuants, NDLR), ça s'est plutôt bien passé. Cela dit, nous n'irons pas jouer le match retour là-bas. La sécurité de mes joueurs passe avant tout. Ce qui est arrivé au club de Rocroi est trop grave. »

Quelles sont les valeurs que vous inculquez à vos joueurs ?
« Le respect de l'adversaire et de l'arbitre, ce sont les fondamentaux. Cela paie puisqu'on a reçu l'an passé le Trophée du Fair-play, comme le club de Rocroi l'avait reçu avant nous. Je crois qu'il faut travailler avec les jeunes dès leur plus jeune âge. Avec les adultes, souvent, c'est déjà trop tard. »

« Il faut poursuivre les violents en justice »

Quelles solutions préconisez-vous pour ramener le calme dans le foot amateur ?
« Primo, il faudrait plus de journées à thème autour de la non-violence. Il y en a parfois chez les pros, mais pas chez les amateurs, alors que c'est là qu'il y a le plus de joueurs et de problèmes.
Ensuite, je pense qu'il faut mieux former les arbitres et les entraîneurs à la violence sur les terrains. On voit encore trop d'arbitres, comme à Châlons, qui laissent se poursuivre des matches alors que ça dégénère ou que la « galerie » est carrément sur le terrain !
Enfin, il faut absolument que la Ligue travaille de concert avec la justice. Actuellement, c'est la Commission de discipline de la Ligue qui sanctionne. Ceux qui causent les problèmes s'en fichent. Pour mieux protéger le monde du foot, il faut poursuivre les violents en justice. »

Le problème du racisme est également inquiétant. Les dérives se multiplient depuis samedi…
« Sur le blog du club*, on a reçu de nombreux commentaires, où j'ai remarqué aussi des dérapages racistes. On en fait une histoire de races et ça révèle bien le malaise qu'il y a en France. Certains croient que c'est parce que ce sont des Marocains que ça a fini comme ça. C'est triste… Le foot est un sport de masse et ce n'est pas un monde à part : il reflète le monde tel qu'il est, et la société telle qu'elle évolue. »

N'y a-t-il pas un problème d'intégration dans le nom même des clubs ?
« Avec le « Franco-Turc », on joue l'ouverture. On a environ un tiers de Turcs, un tiers de Français et un tiers d'Européens. C'est d'ailleurs cette variété qui fait que nous avons de bons résultats. Le club des « Marocains » est moins ouvert. Enfin, il faut rappeler que tous les joueurs dont on parle sont français ! »

Propos recueillis par Guillaume LÉVY
* www.francoturk-18.skyblog.fr (le club y adresse ses « encouragements et un prompt rétablissement aux victimes ardennaises ayant été agressées physiquement et verbalement lors de leur déplacement à Châlons).
 Source : http://www.lunion.presse.fr/article/marne/lentraineur-du-franco-turc-%C2%ABnous-nirons-pas-jouer-a-chalons%C2%BB

lundi 6 décembre 2010

Pays-Bas : le taux de détention pénitentiaire relativement bas de la population turque

Le site Leugens.nl a publié un tableau mettant en relation volume démographique des différentes communautés immigrées et nombre de détenus, il s'appuie sur les statistiques officielles du Bureau Central des Statistiques des Pays-Bas :




Source : http://www.leugens.nl/2010/03/14/antilliaanse-en-marokkaanse-criminaliteit/

En 2004 : - sur 351.648 Turcs, il y avait 640 détenus, soit 0,18 % de la communauté ;
- sur 306.219 Marocains, il y avait 1050 détenus, soit 0,34 % ;
- sur 325.281 Surinamiens, il y avait 1415 détenus, soit 0,44 % ;
- sur 130.722 Antillais, il y avait 1415 détenus, soit 1,08 %.

En 2008 : - sur 372.714 Turcs, il y avait 480 détenus, soit 0,13 % ;
- sur 335.127 Marocains, il y avait 785 détenus, soit 0,23 % ;
- sur 335.799 Surinamiens, il y avait 1105 détenus, soit 0,33 % ;
- sur 131.841 Antillais, il y avait 920 détenus, soit 0,70 %.

Conclusion : les Turcs sont moins criminogènes que les Marocains, eux-mêmes moins criminogènes que les Surinamiens et surtout les Antillais. Fait que semble occulter la droite islamophobe hollandaise...

Par ailleurs, pour ce qui est des suspects enregistrés et toujours d'après le Bureau Central des Statistiques, il y avait en 2007 :
- 10.590 suspects turcs, soit 36 pour 1000 ;
- 14.380 suspects marocains, soit 59 pour 1000 ;
- 13.490 suspects surinamiens, soit 48 pour 1000 ;
- 7320 suspects antillais, soit 69 pour 1000.

On pourra lire avec profit :

Pays-Bas : le niveau de criminalité relatif des jeunes Turcs

Belgique : les Turcs légèrement surreprésentés dans la délinquance

Berlin : la part des Turcs dans la délinquance étrangère

Allemagne : comparaison entre les immigrés turcs, polonais et italiens

Les immigrés turcs : une criminalité faible

Hongrie : le parti Jobbik et l'amitié turco-hongroise

Tamás Hegedűs, Jobbik deputy floor leader and the head of the Turkish-Hungarian friendship committee visited Turkey

Saturday, October 16, 2010

The Hungarian Turkish Friendship park in Szigetvár

Tamás Hegedűs, Jobbik deputy floor leader and the head of the Turkish-Hungarian friendship committee just returned from Turkey where he spent three days talking to his counterpart and touring several famous sites.
The Turkish-Hungarian friendship committee of the Parliament was formed after the April election. Jobbik is the only party in counrty that advocating improving Hungarian-Eastern relations and building strong ties with countries that Hungarians have common heritage.

Hegedűs visited Ankara and Istanbul where he met with several Turkish officials discussing issues relevant to both nations. He said he found Turkish hospitality amazing and learned from first hand experience that the Turkish people considered Hungarians kindred nation.

Istanbul is a developing city, clean and brims with life. The streets are clean and the buildings are flying national flags. Inspired by their rich history, the Turkish people are forging ahead to build a nation based on traditional values said Tamás Hegedűs.

During the three days stay, the delegation visited the Atatürk Museum and the Hagia Sofia that are among the most famous cultural sites of Europe.

The next meeting of the Turkish-Hungarian friendship committee will be held in Budapest in the spring of 2011.

(barikad.hu – hungarianambiance.com)
Source : http://www.hungarianambiance.com/2010/10/tamas-hegedus-jobbik-deputy-floor.html

ça change de Sarkozy...

Pour information, le touranisme, glorifiant Attila et mettant l'accent sur des liens de parenté entre Magyars et Turcs, fut très à la mode dans la Hongrie d'avant 1945 (Ármin Vámbéry alias Hermann Bamberger, Société Touranienne/Turáni Társaság avec Pál Teleki et Alajos Paikert, tank Turán sous l'Amiral Horthy). "Turcophilie" qui a su dépasser la question du conflit entre le christianisme et l'islam.