lundi 11 avril 2011

Tarik Yildiz : un jeune chercheur d'origine turque traite de la question du racisme anti-blancs

Édition du lundi 14 mars 2011
Nîmes 
Tarik Yildiz : « Il y a un racisme anti-blanc : il ne faut pas taire le problème »

Livre : Tarik Yildiz a été publié par une maison d’édition nîmoise.

Vous venez de publier un essai de 60 pages qui fait l’effet d’un pavé dans la mare (1). Accepter de reconnaître la notion de racisme anti-blanc, n’est-ce pas faire le jeu du Front national ?
Non ! C’est l’inverse ! Ce n’est pas en laissant de côté ce genre de sujet et en fermant les yeux que l’on traitera les problèmes. C’est en parlant que l’on a une chance de trouver les solutions. L’enjeu, c’est que ce ne soit pas seulement des Zemmour ou des Finkielkraut qui puissent en parler. Les gens des quartiers doivent pouvoir en débattre. C’est aussi une bataille de mots. Je parle de ce racisme anti-blanc parce que je ne veux pas laisser
cette expression à des groupes dont je ne partage pas l’idéologie.

Pourquoi distinguer le racisme anti-blanc du racisme au sens large ?
Pour comprendre, il faut se mettre du côté des victimes de ce racisme dont j’ai recueilli les témoignages, compilés et édités. Elles ont utilisé cette expression à de multiples reprises. Ne pas le formuler ainsi aurait été une trahison. Il s’agit juste de décrire une réalité.

Êtes-vous sûr que ces témoignages soient le reflet de la réalité ?
J’habite la banlieue défavorisée d’Île-de-France dans le 93. Plus jeune, à la cité des Grèves, l’une des plus problématiques du 92, j’ai moi-même assisté à ce type de problème. J’ai eu des copains de classe qui se faisaient harceler, insulter, frapper et tout le monde faisait le lien avec leurs origines. Ils étaient des “Français de souche”.

Cette dernière expression revient souvent dans votre livre. Vous-même...
Mes parents viennent de Turquie. Je suis Français. J’ai grandi dans la cité où mon livre a d’ailleurs été très bien accueilli. Nombreux sont ceux (et pas seulement les Français de souche !) qui se disent heureux de constater que l’on peut parler de ce problème, sans tomber dans la caricature. Je suis conforté dans l’idée que c’est un vrai sujet de banlieue et un sujet de société.

Comment le chercheur en sociologie politique que vous êtes explique-t-il ce phénomène ?
Mon livre n’est pas une étude scientifique. J’ai voulu montrer et raconter ce que ressentent certains habitants des quartiers.
Globalement je dirais qu’à l’origine de ce problème, il y a un effet de groupe : dans tous les groupes sociaux il y a une forme d’exclusion des minorités assez fréquente. Et puis il y a là une haine de la France qui est liée à une forme de démission de l’État. Je vise principalement l’éducation, l’école républicaine, mais aussi les services publics, y compris la justice. L’État n’impose pas assez ses valeurs.

Que faites-vous actuellement ?
Je suis attaché à un laboratoire du CNRS et je consacre l’essentiel de mon temps à la rédaction d’une thèse de sociologie politique relative à l’intégration sociale des populations musulmanes en France.


FRANÇOISE CONDOTTA fcondotta@midilibre.com

(1) “Le racisme anti-blanc. Ne pas en parler : un déni de réalité”, de Tarik Yildiz aux éditions du Puits de Roulle. Tarif : 8 €.
Source : http://www.midilibre.com/articles/2011/03/14/A-LA-UNE-Racisme-anti-blanc-ne-pas-taire-le-probleme-1565522.php5