jeudi 23 juin 2011

Italie : la turcophilie de Gianfranco Fini

Gianfranco Fini est le fondateur du parti Alleanza Nazionale :

"Effectivement, j'y suis pleinement favorable [à l'adhésion de la Turquie]. D'abord, parce que la Turquie l'a demandé. Ensuite, parce que ce pays occupe une place capitale dans le dispositif de l'Otan. Il est considéré comme le fer de lance d'une politique occidentale de défense dans une région extrêmement turbulente. En outre, depuis Atatürk, la Turquie possède une solide tradition laïque. Ses militaires en sont les garants. Il est vrai que, récemment, le peuple turc a démocratiquement élu un premier ministre de culture islamique, issu d'un parti à forte identité religieuse. Mais cet homme, ne l'oubliez pas, est profondément convaincu de la nécessité d'insérer la Turquie dans l'Union européenne. Au moment où l'expansion du fondamentalisme islamique inquiète toutes les capitales, il serait irresponsable de fermer notre porte à Ankara. Car où l'Union peut-elle nouer avec l'islam des liens qui ne soient pas conflictuels, sinon en Turquie ? Bien entendu, le débat reste ouvert : en Allemagne, où vit une importante communauté turque, Gerhard Schröder est favorable à l'ouverture de négociations d'adhésion. La CSU bavaroise, de son côté, est très opposée à cette perspective. Personnellement, je ne vois que des inconvénients à laisser la Turquie en dehors de l'Europe."

"Tous les pays candidats à l'adhésion savent combien l'Europe est exigeante. Il ne suffit pas de remplir un certain nombre de critères économiques. Il faut aussi s'engager à respecter les droits fondamentaux. Comment ne pas noter que, depuis qu'elle frappe à la porte de l'Europe, la Turquie a accompli d'énormes progrès en la matière ? Va-t-on lui refuser l'entrée au motif que c'est un pays à majorité musulmane ? Cet argument n'a aucune valeur. Nous ne constituons pas un club fermé. Les fondements historiques de l'Europe sont une chose, l'identité européenne en est une autre. Rappelez-vous l'expression de Robert Schuman : "l'Europe des cathédrales." Historiquement, il est exact que, en Europe, le lieu où l'on prie est l'église ou la synagogue, pas la mosquée (même si, à certaines époques, la culture européenne s'est enrichie au contact de l'islam). S'agissant de la période contemporaine, je ne vois pas en quoi la reconnaissance de l'identité religieuse judéo-chrétienne de l'Europe l'empêcherait d'accueillir dans ses rangs un grand pays musulman comme la Turquie." (entretien à Politique Internationale, n° 103, printemps 2004)

"Beaucoup pensent que les Turcs ne peuvent entrer dans l'UE parce qu'ils sont musulmans. Je suis un des seuls responsables européens de droite à faire un raisonnement différent simplement parce que je pars d'un certain nombre de constatations. La Turquie est déjà l'un des piliers de l'Otan. Depuis Atatürk, c'est un Etat laïque, même s'il a actuellement un gouvernement qui est l'expression d'une majorité islamiste. Et il a, dans les faits, donné les preuves de son acceptation des principes que l'Union européenne pose comme conditions sur les minorités, les femmes, la peine de mort.

Alors je pose la question : faut-il encourager les autorités turques qui, selon moi, démontrent que l'islam est compatible avec la démocratie ou, au contraire, les laisser tomber ? Auquel cas, on aura un effet boomerang. On assistera à une radicalisation du sentiment antieuropéen en Turquie, avec des conséquences militaires et économiques. La Turquie est le seul pays qui peut démontrer qu'il y a compatibilité entre d'un côté l'islam et de l'autre les règles, les valeurs et les principes de l'Europe." (interview au Point, 17 janvier 2007)

Voir également : Autriche : la turcophilie de Jörg Haider