jeudi 23 juin 2011

Suisse : Christoph Blocher (parti UDC) contre une loi communautariste et turcophobe

04. octobre 2006 - 19:01
De Turquie, Blocher provoque une polémique en Suisse

Le ministre suisse de la Justice a critiqué la norme antiracisme qui a conduit à une procédure en Suisse contre deux Turcs pour leurs affirmations sur le génocide arménien.

Christoph Blocher a fait ses déclarations à Ankara, où il participait à un symposium pour les 80 ans du Code civil turc.
En Suisse, les réactions ne se sont pas faites attendre.

Christoph Blocher a critiqué mercredi à Ankara l'article 261 bis du code pénal suisse, qui réprime notamment les propos négationnistes. Il a regretté que ce texte ait conduit à une enquête en Suisse contre l'historien turc Yusuf Halacoglu pour ses propos sur le génocide arménien.

«Mal au ventre»

«Cet article me fait mal au ventre», a affirmé le chef du Département fédéral de justice et police (DFJP) devant la presse. Il a été adopté en 1994 pour empêcher des propos négationnistes relatifs à l'Holocauste, a relevé le conseiller fédéral à l'issue de sa rencontre avec le ministre turc de la Justice Cemil Cicek.

«Personne n'aurait alors pensé qu'il traînerait en justice un éminent historien turc», a estimé M. Blocher en invoquant la liberté d'expression. Le DFJP «examine ce qu'il peut faire pour que cela ne se reproduise pas», a ajouté le ministre, précisant qu'il appartient aux Chambres fédérales et au gouvernement de décider d'une éventuelle modification de l'article.


Selon ce texte, toute personne qui tient des propos tendant à nier, minimiser ou justifier un génocide ou autres crimes contre l'humanité est punissable.

Réactions en Suisse

Les réactions ne se sont pas faites attendre en Suisse. A commencer par Georg Kreis, président de la Commission fédérale contre le racisme, qui s'est insurgé contre cette nouvelle atteinte à la séparation des pouvoirs de la part de Christoph Blocher.

«En tant que citoyen, cela me gêne que l'annonce de la volonté de modifier des lois provienne de l'étranger», a-t-il notamment déclaré.

Felix Gutzwiller, chef du groupe radical, exclut lui aussi toute modification de la norme antiracisme. Le député a toutefois admis que la loi est récente et que son application peut s'avérer délicate.

Pour sa part, Christophe Darbellay, président du Parti démocrate-chrétien (PDC), a également exprimé son mécontentement: «C'est curieux de voir un ministre de la Justice aller dans un pays, qui n'est pas exactement un modèle en matière de respect des droits humains, pour y critiquer une décision du Parlement.»

Dominique de Buman (PDC), député et président de Suisse-Arménie a expliqué à la Radio suisse romande (RSR) que «les tribunaux n'ont pas a recevoir de directives de quelqu'autre pouvoir que ce soit ». Sinon ce serait le début de la «république bananière », a-t-il ajouté.

Scandaleux et inacceptable

Même son de cloche au Parti socialiste (PS). «Les tribunaux suisses sont indépendants et ne sont pas au service de M. Blocher », estime la cheffe du groupe socialiste aux Chambres fédérales Ursula Wyss. «Christoph Blocher se met du côté des racistes», a lancé le président du PS Hans-Jürg Fehr à la Télévision suisse romande.

Les Verts ont qualifié de leur côté dans un communiqué les propos de M. Blocher de «scandaleux» et «inacceptables venant du chef du Département fédéral de justice et police ».

Du côté de l'Union démocratique du centre (UDC, droite nationaliste), le parti de M. Blocher, le président Ueli Maurer, n'a voulu se prononcer ni sur la loi antiracisme ni sur les déclarations du conseiller fédéral.

En revanche, le conseiller national (député) Luzi Stamm a défendu la position de M.Blocher. Il a affirmé que l'article 261 bis pose problème car il peut être utilisé contre quiconque remettrait en cause des faits historiques. «Ce qui peut devenir ridicule », a-t-il souligé sur les
ondes de la RSR.

Génocide arménien

En 2005, la justice suisse a ouvert des enquêtes contre deux personnalités turques - l'historien Yusuf Halacoglu et le politicien Dogu Perinçek - pour déterminer si des propos tenus en Suisse sur le génocide arménien violent la norme antiracisme.
Le Conseil national et des parlements cantonaux ont reconnu le génocide arménien perpétré par l'armée ottomane. Sur ce point, Christoph Blocher a rappelé la position officielle «cohérente» du Conseil fédéral, qui parle des «événements tragiques de 1915».
«Nous sommes persuadés que la solution d'une commission internationale d'historiens est la bonne», a estimé le ministre. Le gouvernement turc a proposé récemment la création d'une commission mixte d'historiens turcs et arméniens pour faire la lumière sur les événements de 1915.
La Turquie, qui ne nie pas les tueries, en conteste l'ampleur et rejette la qualification de «génocide». Ce négationnisme de l'Etat turc est dénoncé par les survivants du génocide arménien et par la communauté des historiens.

L'asile en question

Le thème de l'asile et de la lutte contre le terrorisme a également fait l'objet d'une discussion «très ouverte» entre MM. Blocher et Cicek. Le chef du DFJP a assuré son homologue turc de la collaboration de la Suisse dans ce domaine.

M. Blocher a encore rendu une visite de courtoisie au ministre turc de l'Intérieur Abdulkadir Aksu mercredi après-midi. Avant de quitter Ankara, il a déposé une gerbe au mausolée de Mustafa Kemal Atatürk, père fondateur de la Turquie moderne, mort en 1938.


swissinfo et les agences
Source : http://www.swissinfo.ch/fre/actualite/De_Turquie,_Blocher_provoque_une_polemique_en_Suisse.html?cid=5484666

Suisse
Loi antiraciste: Blocher trouble ses collègues

15.10.2006 18:02 - mise à jour: 28.06.2010 11:40

Les propos de Ch.Blocher provoquent de vives réactions [Keystone]
Les propos de Christoph Blocher en Turquie font des vagues. Le Conseil fédéral tranchera sur sa proposition de modifier la norme antiraciste, a indiqué Moritz Leuenberger, tandis que Pascal Couchepin a vivement réagi.

Le Conseil fédéral a déjà pris position plusieurs fois sur le sujet, notamment à la suite d'interventions de parlementaires UDC en particulier et a toujours refusé de réviser le texte, a précisé Moritz Leuenberger. Selon lui, le gouvernement devrait confirmer cette position lors de sa prochaine séance dans deux semaines.
Leuenberger surpris

Le président de la Confédération Moritz Leuenberger s'est déclaré surpris des propos tenus par Christoph Blocher à Ankara sur la norme pénale antiraciste (lire ci-contre). Il n'a toutefois pas voulu les commenter jeudi devant la presse à Flims (GR).



A titre personnel, le président de la Confédération s'est déclaré pour le maintien de la norme antiraciste, en faveur de laquelle il s'était engagé. Cette loi a été acceptée en votation populaire, a-t-il rappelé. «Elle s'inscrit dans notre politique et est en harmonie avec les conventions internationales».
No comment

Devant la foule de journalistes le pressant de questions, Moritz Leuenberger, qui a précisé ne pas avoir parlé avec le ministre UDC depuis mercredi, s'est refusé à tout commentaire sur les déclarations faites par Christoph Blocher et sur le style adopté par ce dernier.



Cette discussion doit être menée au sein du Conseil fédéral. Le président de la Confédération pourrait ensuite s'exprimer au nom de gouvernement. D'après lui, le fait de proposer une modification de la norme antiraciste est une démarche légitime et ne viole pas la séparation des pouvoirs.
Pascal Couchepin plus critique

Pascal Couchepin juge inacceptable l'attitude de Christoph Blocher, qui a critiqué la norme pénale antiracisme lors de son voyage en Turquie. Le ministre de l'Intérieur attend cependant le retour de son collègue pour savoir si cela est vrai.



«Il me paraît inconcevable qu'un conseiller fédéral s'exprime comme le prétendent les journaux. Par conséquent, j'attends d'entendre les explications de Christoph Blocher», a déclaré le conseiller fédéral Pascal Couchepin jeudi à la Radio romande.



«Je ne peux pas m'imaginer que ce qu'écrivent les journaux correspond à ce qu'il a dit parce que ce serait choquant. Un ministre de la justice ne peut parler de normes pénales existantes en disant que ça lui donne des maux de ventre», a poursuivi le Valaisan.



Il ne peut pas non plus s'exprimer sur les lois de son pays à l'extérieur en prenant une position qui n'est pas consolidée, estime Pascal Couchepin. Dans un Etat de droit, le ministre de la justice protège les lois, éventuellement demande à les changer, a poursuivi le conseiller fédéral. Mais il ne le fait pas en parlant de maux de ventre, a conclu le conseiller fédéral.



ats/hof

Rappel des faits
Christoph Blocher a suscité un tollé en regrettant que l'article 261 bis du code pénal suisse, qui réprime notamment le négationnisme, ait conduit à une enquête en Suisse contre l'historien turc Yusuf Halacoglu pour ses propos sur le génocide arménien. Le ministre a ajouté qu'une révision de la loi était à l'étude.

Vives réactions
Eglises protestantes et LICRA indignées: la Fédération des Eglises protestantes de Suisse (FEPS) et la Licra se disent préoccupées par les propos de Christoph Blocher. Pour la FEPS, la validité de la loi pénale contre le racisme est incontestable, écrit-elle dans un jeudi. Le racisme sous toutes ses formes porte atteinte à la dignité humaine et ne se justifie d'aucune manière car il met en doute l'égalité fondamentale selon la foi chrétienne de tous les êtres humains.

La FEPS attend du ministre de la justice qu'il respecte les décisions législatives du peuple et du parlement, ainsi que la séparation des pouvoirs, et qu'il représente ces principes de l'Etat de droit en Suisse et à l'étranger. Les trois Eglises nationales se sont engagées en commun en décembre 2003 pour une reconnaissance sans équivoque du génocide perpétré contre les Arméniens en 1915, rappelle encore la FEPS.

La Licra suisse (Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme) trouve inacceptable les propos de Christoph Blocher. Elle trouve réconfortant qu'ils aient provoqué un tollé dans l'ensemble des milieux politiques.

Les jeunes UDC applaudissent: ils félicitent leur conseiller fédéral. La loi antiracisme est devenue une muselière, estiment-ils: beaucoup de Suisses n'osent plus exprimer aujourd'hui leur opinion. La norme pénale doit donc être réexaminée, voire abolie. Selon leurs propres dires, les jeunes UDC aux côtés de groupes et organisations amis étudient la possibilité de lancer une initiative en ce sens
Source : http://www.tsr.ch/info/suisse/1119931-loi-antiraciste-blocher-trouble-ses-collegues.html

Voir également : Suisse : David Gün, un musulman d'origine turque candidat sur une liste "Hors parti et UDC"