samedi 17 septembre 2011

Le soutien de la Turquie d'Adnan Menderes et Celal Bayar (Demokrat Parti) à la France pendant la guerre d'Algérie

Gehad el-Zein, "Le régime laïc turc et sa géopolitique "islamique"", in La Turquie entre trois mondes : actes du colloque international de Montpellier, 5, 6 et 7 octobre 1995 (ouv. col.), Paris, L'Harmattan, 1998, p. 137 :

"Les tendances à la réconciliation avec l'Orient musulman, chez l'élite dirigeante du parti démocrate, n'étaient pas invisibles intérieurement et extérieurement, mais c'étaient des tendances de l'intérieur du consensus historique né en 1923 sur base du choix de modernisation par la République. Le leadership de Bayar-Menderes a essayé de faire le premier grand pas vers ce "retour" au moment international qu'il a cru convenable, en mettant son projet islamique de politique extérieure dans le sillage des courants internationaux soulevés par la compétition américano-soviétique, conformément à la vision des Etats-Unis en matière de sécurité et de stratégie.

En revoyant cette période, on ne peut manquer de se demander pourquoi Adnan Menderes n'a pas compris l'énormité de l'impact négatif de quelques positions diplomatiques turques impliquées par le projet du Pacte de Bagdad tel, par exemple, que le soutien de la France en Algérie, sur l'image de la Turquie dans le monde islamique ; ou encore par le fait d'offrir une carte en or au président Nasser dans sa confrontation avec l'alliance turco-irakienne."

İsmail Soysal, "Les relations politiques turco-françaises (1921-1985)", in Jean-Louis Bacqué-Grammont et Hâmit Batu (dir.), L'Empire Ottoman, la République de Turquie et la France, Istanbul, IFEA, 1986, p. 654-655 :

"Les intérêts essentiels des deux pays [la France et la Turquie] se confondaient et la Turquie avait besoin de la contribution de la France pour son propre redressement économique. D'autre part le même droit à l'auto-détermination réclamé par les Algériens l'était aussi par la Grèce, en faveur des Chypriotes. Or, le gouvernement turc considérait cette dernière demande comme un prétexte pour l'annexion de l'île par la Grèce (Enosis). En fait, si les Français se trouvaient en minorité en Algérie, les Turcs l'étaient aussi à Chypre. Par conséquent, de même que la France considérait que l'affaire d'Algérie était une question interne, le gouvernement turc était enclin à voir dans le problème de Chypre, du moins au début, une question relevant uniquement de la Grande-Bretagne et chercha à étouffer l'affaire. En d'autres termes, il importait d'éviter une contradiction à propos des solutions qui devaient être trouvées dans les deux cas. C'est la raison pour laquelle, pendant des années la France s'opposera également au principe de l'autodétermination dans la question de Chypre alors que la Grèce, autre membre de l'OTAN, plaidera dans le sens opposé, tant pour l'affaire d'Algérie que celle de Chypre. En 1955, à l'Assemblée Générale des Nations Unies, la Turquie s'aligna sur le point de vue français : l'affaire algérienne était une question interne et elle vota donc contre son inscription à l'ordre du jour. En 1958 et en 1959, elle changea quelque peu son attitude, car elle cherchait alors à se rapprocher du groupe afro-asiatique. Elle admit à ce moment le principe de l'autodétermination, mais n'alla pas jusqu'à adhérer à la proposition visant à faire reconnaître l'indépendance de l'Algérie et s'abstint de voter dans ce sens. La mise au point turque déclarait : « Pour résoudre ce problème, le meilleur moyen est non pas d'envenimer les choses, ce qui ne pourrait que déboucher sur une impasse, mais de s'employer à promouvoir entre les parties des négociations afin de parvenir à un compromis. La Turquie, à titre d'alliée de la France, fait tout son possible dans ce domaine »."

Didier Billion, La politique extérieure de la Turquie : une longue quête d'identité, Paris, L'Harmattan, 1997, p. 90 :

"Les relations de la Turquie avec le Maghreb, bien que jouissant d'un fonds culturel partiellement commun, avaient été largement détériorées durant les années cinquante à cause des positions turques, résolument pro-françaises, au début de la guerre d'Algérie."

Voir également : L'amitié franco-turque