lundi 26 mars 2012

Le salafisme à Solingen : une affaire non-turque ?

Solingen, prise en étau entre salafistes et néonazis

Par Patrick Saint-Paul
Publié
Les deux extrêmes se disputent le haut du pavé dans cette ville allemande qui cultive pourtant une tradition de tolérance.

Les cinq jeunes hommes bondissent de leur chaise en plastique à la moindre intrusion étrangère. Cheveux longs coiffés en arrière, barbes naissantes et vêtements bouffants, ils soignent leur allure «pachtoune», importée des zones tribales pakistanaises et d'Afghanistan, très en vogue chez les salafistes. Et ils cultivent les mauvaises manières: «Foutez le camp d'ici, c'est une propriété privée», éructe l'un d'eux sur un ton menaçant. Les jeunes islamistes fondamentalistes de Solingen gardent jalousement l'arrière-cour, qui abrite leur mosquée Milatu Ibrahim. Propulsée au centre de l'attention de cette ville de Rhénanie-du-Nord-Westphalie par un prédicateur réputé pour ses liens avec al-Qaida, la mosquée a déclenché une bataille rangée avec l'extrême droite: Solingen est désormais prise au piège entre extrémistes se réclamant de l'islam et néonazis.
Adeptes de bodybuilding

Brandissant des drapeaux allemands et de la région du Berg, les militants de pro NRW, un mouvement populiste régional qui ne dissimule pas sa nostalgie du IIIe Reich, ont décidé de capitaliser sur la peur inspirée par Milatu Ibrahim. Ce samedi, quelque 150 «combattants contre le fascisme islamiste» se sont rassemblés à proximité de la mosquée sur la principale avenue piétonne de Solingen. Prenant soin de rappeler que le tueur de Toulouse se réclamait du salafisme, Pro NRW promet de protéger Solingen «contre les dangers de l'islam». Parce que «ici tout le monde sait que les groupuscules salafistes sont très dangereux».

Trois crânes rasés adeptes de bodybuilding applaudissent à tout rompre, entraînant derrière eux les autres partisans. «À bas le multikulti. Nous sommes là pour faire cesser la prise de pouvoir des étrangers, qui mettent en danger l'avenir germanique de l'Allemagne, scande Jörg Uckemann, l'un des leaders du parti. Les mosquées sont les points d'appui des extrémistes.» Les militants d'extrême droite reprennent en cœur les slogans lancés à la tribune. «Nous voulons la loi fondamentale allemande, pas la charia.»«Nous ne voulons pas de femmes lapidées en Allemagne.»«Oui à la liberté, non à l'islam.» Avant d'entonner le Deutschlandlied, l'hymne national allemand. Encadrée par des barrières métalliques, la manifestation est protégée par des centaines de policiers. «Dehors les nazis, nous ne voulons pas de vous ici», hurlent des contre-manifestants agglutinés au cordon policier. «Nazis Raus, Salafisten Raus», «Nous voulons la tolérance», s'époumone en cœur un large groupe de lycéens de Solingen.

Traumatisée par l'assassinat de cinq immigrés turcs dont la maison avait été brûlée par des néonazis en 1993, Solingen cultive la tolérance depuis cet événement qui avait secoué tout le pays. La ville met un point d'honneur à intégrer ses 20% d'immigrés, essentiellement d'origine turque, notamment en les associant dans les structures sociales et politiques. «Nous sommes venus dire stop à l'amalgame entre musulmans et salafistes, explique Jürgen Reu, responsable de l'association Bunt statt Braun («bigarré au lieu de brun»), organisatrice de la contre-manifestation. Pro NRW instrumentalise le problème salafiste pour faire monter la pression contre tous les étrangers, alors que nous voulons vivre en harmonie avec eux. Leur discours pousse des néonazis à prendre des couteaux, des armes à feu ou des bidons d'essence contre les étrangers. À Solingen encore moins qu'ailleurs nous ne pouvons l'accepter.»

Combatif, Nobert Feith, le maire de Solingen, avoue que sa ville est confrontée à un défi peu commun. «Nous nous battons sur deux fronts avec la plus grande détermination, assure-t-il. L'ennemi adopte des visages différents, mais nous défendons toujours les mêmes valeurs. Nous nous battons pour notre Constitution, nos droits, nos libertés et la démocratie. Nous ne laisserons pas l'extrême droite s'enraciner ici. Et nous surveillons de très près les salafistes. C'est un défi nouveau et inconnu. Cela concerne une quinzaine de personnes, qui ont déjà démontré leur potentiel violent.»

Associée à la lutte antifondamentaliste, la communauté turque est catastrophée. Elle a immédiatement saisi que l'amalgame troublerait l'harmonie entre communautés. Solingen a remporté une première victoire en parvenant à faire fuir Mohammed Mahmoud. Ce salafiste d'origine autrichienne, identifié par les autorités allemandes comme le plus dangereux de la mouvance fondamentaliste outre-Rhin, se fait appeler «l'émir». Il avait été condamné en 2007 pour avoir fabriqué une ceinture d'explosifs. Libéré de sa prison viennoise en septembre, après quatre ans de détention, il a promis d'instaurer un «califat» à Solingen, où il s'est installé en décembre après un court séjour à Berlin. Il y a repris en main la mosquée Masjid al-Rahmah, qu'il a rebaptisée Milatu Ibrahim, du nom de son réseau Internet. La Toile diffuse ses prêches radicaux enflammés, déclamés dans un allemand chevrotant mâtiné d'arabe. «Nous avons le choix entre une vie dans l'honneur ou dans l'esclavage. Je parle debout. Au nom d'Allah, je ne me courberai jamais devant un kafir» (un infidèle), s'emporte Mahmoud, qui se dit prêt au martyr. Avant d'inciter les musulmans à suivre son exemple en portant le couteau à la ceinture: «Pourquoi certains frères ont-ils honte de porter une arme? Par Allah, c'est tout l'honneur de l'islam.»
Jeu de piste avec la police

Désormais, il hante la Ruhr et la région de Francfort, dans un jeu de piste avec la police allemande, qui le surveille constamment. Il avait fait «tilter» tous les radars de lutte antiterroriste, lorsque al-Qaida avait réclamé sa libération en échange de deux otages autrichiens. Les services de renseignements allemands, qui ont longtemps sous-estimé le problème, s'inquiètent de la montée du salafisme et de son influence grandissante sur des jeunes isolés et désœuvrés. Inquiété par la police après avoir tabassé un journaliste, Mahmoud s'est éclipsé de Solingen.

Non sans laisser sa mosquée en «bonne garde». Incarcéré en Grande-Bretagne en 2011 parce qu'il transportait dans ses bagages de la propagande fondamentaliste, dont un manuel de fabrication de bombes artisanales, Norbert B., 23 ans, y a fait son retour triomphal vendredi après sa libération. Son complice, Christian E., est attendu dans cette ville réputée pour son industrie de fabrication de lames dans les prochaines semaines. Handicapé par un arsenal juridique pauvre, Nobert Feith est prêt à flirter avec les limites de la légalité pour obtenir la fermeture de la mosquée Milatu Ibrahim. Solingen n'en a pas fini de son combat contre les extrêmes.
Source : http://www.lefigaro.fr/international/2012/03/25/01003-20120325ARTFIG00188-solingen-prise-en-etau-entre-salafistes-et-neonazis.php

Mohamed Mahmoud est un Egyptien né à Vienne : http://de.wikipedia.org/wiki/Mohamed_Mahmoud

Quant à Robert Baum (et non pas Norbert) et Christian Emde (Christian E.), ce sont des Allemands ethniques : http://www.dailymail.co.uk/news/article-2095611/German-Muslim-convert-pair-entered-Britain-stash-terror-manuals-bomb-making.html#ixzz1lJeEpH3G

dimanche 18 mars 2012

Jacques Soustelle : de l'Algérie française à la Turquie européenne

Jacques Soustelle, anthropologue (spécialiste des civilisations précolombiennes), issu de la gauche pacifiste d'avant-guerre, résistant de la première heure, passé par l'UDSR et le RPF après la guerre, fut gouverneur général de l'Algérie (1955-1956) :

"Aucune incertitude ne doit subsister quant à notre détermination inflexible de soustraire l'Algérie aux lendemains terribles que certains voudraient lui préparer. La France est ici chez elle, ou plutôt l'Algérie et tous ses habitants sont partie intégrante de la France, une et indivisible. Tous doivent savoir, ici et ailleurs, que la France ne quittera pas plus l'Algérie que la Provence ou la Bretagne. Quoi qu'il arrive, le destin de l'Algérie est français. Cela signifie qu'un choix a été fait par la France. Ce choix s'appelle l'intégration : faire chaque jour de l'Algérie une province originale certes, mais pleinement française." (discours devant l'Assemblée algérienne, 23 février 1955)

"Le racisme sous toutes ses formes, l'antisémitisme n'en étant qu'une manifestation, m'a toujours crispé par sa bêtise et révolté par son inhumanité. La politique de « dégagement » menée à l'égard de l'Algérie s'explique à 50 % sinon davantage par le racisme. « Ces gens-là ne font pas partie de notre peuple » : cette formule, dans l'esprit du Chef de l'Etat, condamnait sans appel les Arabes et les Berbères d'Algérie qui avaient rêvé d'être Français et à qui le même Chef de l'Etat avait solennellement promis qu'ils le seraient. Aux badauds auvergnats ou normands, il paraissait irréfutable et évident qu'un Français, pour être digne de ce titre, ne pouvait pas se pronommer Abdelkader ni porter la chéchia. Ce principe n'en demeure pas moins une niaiserie, car si on l'avait appliqué, au cours des siècles, aux apports ethniques successifs dont s'est formée la France, les frontières de notre pays seraient celles du roi de Bourges. A plus forte raison s'agit-il là d'une criante absurdité, quand on considère que nous vivons à une époque où la pensée se transmet instantanément sur les fils ou les ondes, et où il faut moins de temps pour aller de Paris à Alger qu'il n'en fallait sous Napoléon pour aller à Fontainebleau." (Sur une route nouvelle, Paris, Editions du Fuseau, 1964, p. 14)

"Il est frappant d'observer que les Britanniques, quand ils ont quitté Chypre, où ils n'avaient pas à se préoccuper du sort d'une population d'origine anglaise, ont exigé et obtenu pour la minorité turque des garanties véritables que la France n'a même pas essayé d'obtenir pour les Européens d'Algérie." (ibid., p. 46)

"Il est navrant de constater que la Turquie, membre du Conseil de l'Europe depuis 1949, de l'OTAN depuis 1951, n'a pas encore pu être admise ces temps derniers au sein de la Communauté Européenne. (...) dans une région du monde où règnent l'arbitraire et la violence (...) le tout sous l'oeil de la "superpuissance" la plus proche, l'Union soviétique (...) la Turquie se trouve, qu'on le veuille ou non, à l'extrémité la plus exposée de notre continent.

Il n'est pas nécessaire d'être diplômé de l'école de guerre pour comprendre qu'en cas de conflit entre l'Est et l'Ouest le front terrestre et le front naval dépendant de la Turquie seraient d'importance vitale. Leur effondrement ouvrirait la Méditerranée aux forces d'agression et scellerait le destin du Proche-Orient.

L'Europe, certes, voit avec satisfaction le Gouvernement d'Ankara imposer les efforts énormes qu'exigent le maintien et l'équipement de ses forces armées. Fort bien : mais l'économie de la Turquie, sa modernisation, son expansion, conditions fondamentales de son potentiel de défense, seraient de toute évidence grandement renforcées par son entrée dans la Communauté Européenne.

Tel est, en quelques mots, l'essentiel : partenaire irremplaçable de l'Europe pour sa défense, la Turquie ne devrait-elle pas être aussi son partenaire pour la paix et le progrès ?" (Le Figaro, 15 avril 1987)

Voir également : Le soutien de la Turquie d'Adnan Menderes et Celal Bayar (Demokrat Parti) à la France pendant la guerre d'Algérie

L'amitié franco-turque

La turcophilie de Charles de Gaulle

Charles de Gaulle était partisan de la position turque sur Chypre : la partition (taksim)

mercredi 14 mars 2012

En Allemagne, 90 % des crimes antisémites documentés sont le fait de milieux d'extrême droite et néo-nazis

German report: 20% of Germans are anti-Semitic
By BENJAMIN WEINTHAL AND JERUSALEM POST CORRESPONDENT
01/24/2012 18:02
Islamic-based anti-Semitism present among German Muslims.

BERLIN - The German government released on Monday the findings of a two year inquiry into modern anti-Semitism in the Federal Republic, showing that latent anti-Semitism affects one of every five Germans.

The 202 page study, entitled "Anti-Semitism in Germany," covered a wide spectrum of German anti-Semitism, including hatred of the Jewish state as a manifestations of anti-Semitism within the Left movement and Islamic-animated loathing of Israel and Jews, especially from Iran's regime and the Turkish media.

Dr. Wahied Wahdat-Hagh, a member of the ten member commission, told The Jerusalem Post on Tuesday, that the "experts came to the conclusion that the ideology of the Iranian regime is anti-Semitic." According to the report, "The state anti-Semitism is, however, not only relevant on the propaganda level" in the Islamic Republic of Iran. The study notes that Iran's anti-Semitic ideology plays a role in Germany.

When asked what the report means by Iran's regime not limiting its anti-Semitism  to its domestic agenda, Wahdat-Hagh said, Iran supports foreign anti-Semitic entities "militarily, financially and ideologically." He cited the Lebanese group Hezbollah, Hamas and the Palestinian Islamic Jihad (PIJ).

In Germany the strong presence of Iran's regime is located in Hamburg. "In view of the facts that the political head of Iran is also considered a spiritual figure for many extremist thinking Muslims," wrote the commission's authors. The study says that Ayatollah Ali Khamenei, the Supreme Leader in Iran, is the sponsor of the Islamic Center in Hamburg (IZH).

According to one commission member, Dr. Juliane Wetzel, hyperbolic criticism of Israel as an expression of anti-Semitism exists between 40 and 50% of the population. However, Dr. Clemens Heni, a leading German scholar of contemporary German anti-Semitism, said Wetzel plays down the widespread form of anti-Israel anti-Semitism in the Federal Republic.

He told the Post on Tuesday, "according to a 2003 poll by the European Commission 65% of Germans see Israel as the 'biggest threat' on a worldwide scale. In fact the numbers are probably even higher, over 80% at least, who have a more or less have an anti-Israel stand. The reports ignores this, as well as the term 'Islamofascism,' which is an important term to understand the pro-Nazi attitude of many Muslim and Arab anti-Semites."


Dr. Heni, who was not a member of the commission, faulted the study for "ignoring leading scholars in the field like Robert S. Wistrich, Jeffrey Herf, Wolfgang G. Schwanitz, Daniel Pipes, Martin Kramer among many others."

Though the modern anti-Semitism -hate directed toward the Jewish state- has mushroomed in Germany, there were no Israeli experts on the commission.

While the study devoted considerable treatment to extremist right-wing anti-Semitism, Dr. Wahdat-Hagh, a senior research fellow with the Brussels-based European Foundation for Democracy and expert on Islamic-fueled anti-Semitism, said the commission investigated the "anti-Semitic content of the Turkish press in Germany."

According to the inquiry, roughly 90% of documented anti-Semitic crimes come from the extreme right and neo-Nazi-based groups.
Soccer matches are a frequent source of anti-Semitic diatribes. Soccer fans have chanted "Jews belong in the gas chamber" and "Bring back Auschwitz" and "Synagogues must burn."

The study revealed that the word "Jew" is used a pejorative term among German pupils to denigrate fellow students and as form of insult.

The historian Dr. Peter Longerich, a historian of the Nazi period and member of the commission, noted that  "Anti-Semitism in our society is based on widespread prejudices, cliches with deep roots and pure ignorance about everything to do with Jews and Judaism."
Source : http://www.jpost.com/JewishWorld/JewishNews/Article.aspx?id=254979

Voir également : Allemagne : de 2000 à 2006, un groupe de néo-nazis a tué huit Turcs et un Grec