dimanche 15 avril 2012

A quoi pensait Recep Tayyip Erdoğan quand il déclara que l'assimilation était un "crime contre l'humanité" ?

Thierry Mudry, Histoire de la Bosnie-Herzégovine : faits et controverses, Paris, Ellipses, 1999, p. 315 :

"La Bulgarie, évoquée dans le texte cité plus haut de Kemal H. Karpat, a, pour sa part, pratiqué, à l'initiative de Todor Jivkov, une politique d'assimilation forcée à l'égard de ses citoyens musulmans, obligeant entre 1971 et 1973 les Pomaques à désislamiser leurs noms et à choisir des patronymes bulgares (à consonance orthodoxe), puis imposant, à partir de décembre 1984, à l'importante minorité turque qui comptait près d'un million de personnes de faire de même. Ces mesures, combinées à d'autres destinées à restreindre la liberté de culte, à interdire l'usage de la langue turque dans les lieux publics ou le port de costumes traditionnels turcs, provoquèrent l'exode de 1989 au cours duquel plus de 300 000 musulmans quittèrent la Bulgarie pour la Turquie, après qu'en mai le gouvernement bulgare leur eut permis d'émigrer. Cet exode prit fin en septembre lorsque la Turquie, débordée par cet afflux de réfugiés, ferma sa frontière avec la Bulgarie. L'éviction du leader communiste Todor Jivkov, en novembre 1989, et la libéralisation du régime qui s'en suivit, avec l'annulation des mesures édictées contre les musulmans, turcs et pomaques, et la possibilité à eux offerte de restaurer leurs noms d'origine, convainquirent une grande partie de ceux qui avaient quitté la Bulgarie d'y revenir : ils étaient déjà 130 000 dans ce cas en janvier 1990."