dimanche 27 janvier 2013

L'hostilité anti-provinciale à Berlin

Berlin : changement d'époque
Le Monde et la Süddeutsche Zeitung | 21.01.2013 à 14h13 • Mis à jour le 22.01.2013 à 17h38
Par Frédéric Lemaître (avec Judith Liere, de la "Süddeutsche Zeitung") - Berlin, correspondant

La carte postale figure depuis quelques semaines en bonne place sur les présentoirs berlinois : "Personne n'a l'intention de construire un aéroport", est-il écrit. Enigmatique pour bien des étrangers, la carte se taille un franc succès chez les Allemands. Elle rappelle la célèbre phrase prononcée le 15 juin 1961 par le dirigeant communiste est-allemand Walter Ulbricht : "Personne n'a l'intention de construire un mur." Moins de deux mois plus tard, les premiers barbelés divisaient la ville.

Au moins, cette carte postale montre que les Berlinois n'ont pas perdu leur sens de l'humour. Pourtant, les retards pris par la construction de l'aéroport international Willy-Brandt ne font plus rire grand monde. Initialement prévue pour novembre 2011, l'ouverture a été une première fois reportée à juin 2012. Les invitations pour l'inauguration étaient déjà parties quand, mi-mai, Klaus Wowereit, le maire de Berlin, qui préside le conseil de surveillance de l'aéroport, a annoncé, tout penaud, qu'"en raison de problèmes liés à la sécurité" l'aéroport n'ouvrirait pas avant mars 2013. Puis il fut question d'octobre. Puis de 2014.

Aujourd'hui, plus personne ne se hasarde à avancer la moindre date ni à établir un devis précis. Rarement le légendaire "made in Germany" aura été autant mis à mal. Et Berlin, ville de tous les possibles, semble ramenée à la triste réalité. Il ne suffit pas d'avoir les boîtes de nuit les plus prisées d'Europe et d'attirer les artistes grâce à des loyers encore imbattables pour jouer dans la même cour que Paris ou Londres.

OSTRACISME

Les Berlinois eux-mêmes s'interrogent. S'ils sont reconnaissants à Klaus Wowereit, maire depuis 2001, d'avoir accompagné la mue de leur ville, redevenue capitale en 1990 et siège du gouvernement fédéral dix ans plus tard, un certain nombre d'entre eux semblent las. Ici et là réapparaissent des réflexes peu dignes d'une capitale qui se dit cool et branchée.

D'ailleurs, si Klaus Wowereit est devenu impopulaire un an après sa réélection, en 2011, c'est seulement en raison des surcoûts engendrés par les retards. Sur le fond, nombre d'électeurs se contenteraient des aéroports existants délicieusement désuets. "Pour le Berlinois normal, le grand aéroport n'est pas ce qu'il y a de plus important dans sa ville", a tranché Bild.

De fait, dans cette ville neuf fois plus étendue que Paris, qui en vingt ans a vu 1,5 million d'habitants (sur 3,4 millions) la quitter mais autant arriver, certains "vrais" Berlinois perdent parfois leur sang-froid face à tous ces mouvements. Si les Turcs, accusés de ne pas vouloir s'intégrer, font de temps à autre les frais de cet ostracisme, une autre population est actuellement la cible des "vrais" Berlinois : les Souabes.

A part peut-être quelques historiens, nul ne sait plus en Allemagne situer le duché souabe disparu il y a presque un bon millier d'années. Mais nul n'ignore qu'une partie des habitants du Bade-Wurtemberg et de la Bavière, dans le sud du pays, parlent encore ce dialecte. Non sans fierté d'ailleurs. En 2011, une hôtesse de l'air de 25 ans est devenue une véritable star sur YouTube pour avoir prononcé en souabe le message indiquant aux passagers d'un vol Hambourg-Stuttgart qu'ils étaient bien arrivés. "Kommetse gut ins nest" ("rentrez bien au nid") leur a conseillé l'accorte hôtesse.

INJURES

Pour les Berlinois de longue date, cette invasion de provinciaux est de moins en moins tolérable. La récente sortie d'un leader politique en témoigne. Vice-président du Bundestag, Wolfgang Thierse, qui a grandi en Allemagne de l'Est, était surtout jusqu'ici connu pour son rôle pendant la réunification.

Fin décembre, ce député social-démocrate de 69 ans a laissé échapper sa colère, dans le Berliner Morgenpost (quotidien surtout lu dans l'ex-Berlin-Est alors que le Tagesspiegel l'est plutôt à l'ouest). "J'aimerais que les Souabes comprennent qu'ils sont maintenant à Berlin et non plus dans leur petite ville avec leur Kehrwoche [obligation aux habitants d'un immeuble de nettoyer à tour de rôle les parties communes]. Ils viennent ici parce que, à Berlin, tout est haut en couleur, tout est possible, tout est animé, mais, au bout d'un moment, ils veulent de nouveau que tout soit comme chez eux. Ça ne peut pas marcher."

Et ce notable qui habite le quartier de Prenzlauer Berg depuis quarante ans de vider son sac : "Ça m'énerve quand je découvre que, chez le boulanger, on ne peut plus demander de Schrippen [petit pain en dialecte berlinois], mais qu'il faut demander des Wecken [petits pains en dialecte souabe]." Que n'avait-il pas dit là ! En deux semaines, l'honorable député a reçu plus de 3 000 messages d'injures ("Raciste", "nazi", "trou du c..."...) . Dans la presse, les appels se multiplient : "Vous êtes souabe ? Vous habitez Prenzlauer Berg ? Témoignez." Et les témoignages d'abonder.

Situé dans l'ancien Berlin-Est, Prenzlauer Berg offre un parfait condensé de la difficulté de Berlin à assumer sa mutation. Ce quartier, à proximité immédiate du Mur, y était autrefois le repère des artistes et des marginaux qui y vivaient d'expédients. Après la réunification, attirés par l'ambiance bohème qui y régnait et le prix des appartements qui défiait toute concurrence, les bobos de Stuttgart, d'Hambourg, de Francfort, mais aussi de Paris, de New York ou de Madrid, y ont élu domicile, quitte à en chasser les habitants.

Au fil des ans, Prenzlauer Berg est ainsi devenu le temple des "Latte Machiatto". Un surnom donné aux jeunes parents qui passent leurs après-midi à siroter un café au lait à la terrasse d'un bistrot, un oeil sur leur progéniture, l'autre sur leur iPad. Tout le monde n'apprécie pas. Certains cafés ont même interdit leur entrée aux poussettes !

UNE HAINE QUI N'EST PAS QU'ANECDOTIQUE

Réputés conservateurs ("réac" disent les Berlinois), économes ("radins" disent les mêmes) et reconnaissables à leur accent (de ploucs bien sûr), les Souabes, qui incarnent l'Allemagne prospère et cossue, sont devenus le symbole de la gentrification de ce quartier, les boucs émissaires de Berlinois qui se sentent les laissés-pour-compte de l'embourgeoisement de leur ville. "Souabes dehors", "Mort aux Souabes", peut-on lire ici et là dans les rues. Cette haine n'est pas qu'anecdotique. Interpellé après avoir mis le feu à des poussettes dans des halls d'immeuble, un incendiaire a notamment expliqué qu'il en voulait aux Souabes.

Dans ce pays où toute fierté nationale est politiquement incorrecte en dehors des manifestations sportives, une partie de la population se replie sur un patriotisme local à mille lieues du Multi-Kulti dont se prévalent les édiles. Ajoutez à cela un soupçon de lutte des classes, et le cocktail peut être détonant. Défendant les Souabes, Klaus Wowereit a d'ailleurs eu une formule révélatrice : ils constituent "un enrichissement mais pas une menace", a-t-il dit. Pour de nombreux Berlinois, cela est tout sauf évident. Car il n'y a pas qu'à Prenzlauer Berg que l'étranger au quartier est regardé avec suspicion.

A Kreuzberg, l'autre quartier branché situé, lui, dans l'ancien Berlin-Ouest, les habitants supportent de moins en moins les touristes. "Nous ne sommes pas un zoo", pestent-ils. Récemment, un conducteur de vélo-taxi pour touristes a été agressé et prié de ne plus remettre les pieds dans le quartier. Dans toute la ville, les Berlinois - très majoritairement locataires - se plaignent du nombre croissant d'appartements désormais loués aux touristes, contribuant ainsi à la hausse des loyers.

UNE JEUNE FLAMBEUSE SURENDETTÉE

Dans cette ville essentiellement peuplée d'anciens ouvriers de l'Est, de fonctionnaires, d'immigrés de Turquie et d'Europe de l'Est et où le taux de chômage - 13 % - est plus du double de la moyenne nationale, la hausse des loyers commence à constituer un vrai problème.

A Pankow, la mairie de quartier interdit même depuis le 1er janvier aux propriétaires d'équiper les logements qu'ils louent d'une deuxième salle de bains, d'une cheminée ou d'un parquet chauffant. Pas question de transformer un appartement classique en un bien luxueux pour en augmenter les loyers. Même si ceux-ci restent en moyenne trois fois moins élevés qu'à Paris et que les artistes français continuent de s'y installer - notamment à Prenzlauer Berg et Kreuzberg -, la ville s'enrichit peu à peu. L'immobilier flambe.

Klaus Wowereit avait jadis qualifié Berlin de "pauvre mais sexy". La formule a fait mouche tant elle a collé à la réalité. Une capitale fière de sa marginalité au point de ne pas avoir vraiment de centre. Une jeune flambeuse surendettée (plus de 60 milliards d'euros de dettes) qui donne un coup de vieux à Londres et Paris et oublie que c'est Francfort et Munich qui assurent ses fins de mois.

Mais Berlin s'embourgeoise. Les vendeurs de Curry Wurst, la saucisse locale, grasse et populaire à souhait, disparaissent au profit des boutiques bio. Pour rester maire, "Wowi le Rouge", qui incarne l'aile gauche du SPD (Parti social-démocrate), n'a pas hésité à s'associer en 2011 à la CDU (chrétiens-démocrates), le parti des beaux quartiers.

L'ouverture en fanfare en janvier 2013 d'un nouveau palace à Berlin-Ouest (12 000 euros la nuit dans la suite présidentielle de 280 mètres carrés au 31e étage du Waldorf Astoria), quelques mois après la fermeture du célèbre squat d'artistes Tacheles, emblématique de la culture underground des années 1990, constitue le meilleur symbole de ce changement d'époque. Aéroport Willy-Brandt ou pas, Berlin décolle. Vers la normalité.

Frédéric Lemaître (avec Judith Liere, de la "Süddeutsche Zeitung") - Berlin, correspondant
Source : http://www.lemonde.fr/international/article/2013/01/21/berlin-changement-d-epoque_1820053_3210.html

Voir également : Allemagne : le problème des Aussiedler ou "Russes allemands"

Les difficultés d'intégration des immigrés allemands en Suisse

mardi 15 janvier 2013

L'entrepreneuriat turc à Berlin

Antoine Pécoud, "Immigration, entreprenariat et ethnicité", Métropoles, 11 | 2012 :

"Avec une population d’environ 2 millions de personnes, la minorité turque est la plus importante en Allemagne et la création d’entreprises y est relativement répandue : en 2003, il y avait environ 61 000 entrepreneurs d’origine turque dans le pays et 6000 à Berlin.

Les premières enquêtes consacrées à l’économie turque à Berlin décrivaient une économie composée de petits commerçants regroupés dans les quartiers de la ville où vivent la majorité des Turcs. La majorité de ces entrepreneurs se concentraient dans un nombre restreint de secteurs et employaient de manière informelle les membres de leur famille. Une importante fraction de ces commerces vivait des besoins spécifiques des Turcs et de leur difficulté à s’adresser à d’autres commerces (Blaschke et Ersöz, 1986). Avec les décennies, ce portrait est devenu sensiblement plus complexe. Les dernières enquêtes menées par le Zentrum für Türkeistudien (2005) soulignent ainsi l’hétérogénéité des entrepreneurs d’origine turque, qu’il s’agisse de leur âge/génération, de la taille de leur entreprise (chiffre d’affaires, nombre d’employés), de la durée/pérennité de leur activité, de leur niveau de formation, ou encore de leurs secteurs d’activité. Si un grand nombre d’entrepreneurs correspondent encore au profil ‘classique’ de l’entrepreneur ‘turc’ en Allemagne (i.e. actifs dans la restauration ou le commerce de détail, sans formation spécifique, avec un très petit nombre d’employés et à l’épreuve d’une précarité considérable), d’autres s’écartent de ce portrait.

Cette hétérogénéité s’est accompagnée d’un désenclavement des activités entrepreneuriales : ainsi, près de 90 % des commerçants turcs ont des clients non-turcs et 70 % d’entre eux collaborent avec des fournisseurs allemands. De plus, presqu’un tiers des employés dans l’économie turque ne sont pas d’origine turque. Ce désenclavement est notamment dû à l’importance décroissante du ‘marché protégé’ : beaucoup de magasins allemands ont adapté leurs produits à leur clientèle d’origine turque, laquelle n’a donc plus besoin d’avoir recours à des commerces spécifiques, tandis que les Turcs de la seconde et troisième génération ont adapté leurs besoins et ont tendance à ne plus utiliser les magasins de produits turcs. En conséquence, les entrepreneurs turcs ne peuvent survivre qu’en quittant la ‘niche’. L’économie ‘turque’ est donc fortement connectée à l’économie générale et établir une frontière entre économies ‘turque’ et ‘allemande’ est impossible.      

Une conséquence de cette tendance est l’apparition d’entrepreneurs d’origine turque qui ne diffèrent plus guère de leurs collègues non-turcs/allemands. Les femmes, qui représentent un cinquième des entrepreneurs d’origine turque, incarnent un cas particulier à cet égard : selon Hillmann (1999), elles n’ont que très peu de liens avec la population d’origine turque ; n’ayant que peu de clients ou d’employés issus de cette population, elles tendent à rejeter la notion d’« entrepreneures turques ». Beaucoup de patrons d’entreprises relativement grandes affirment pareillement n’avoir rien à faire avec l’économie turque. De tels cas indiquent qu’une partie de l’économie ‘turque’ pourrait ‘fusionner’ avec le reste de l’économie et perdre totalement sa spécificité. C’est la notion même d’« entreprenariat turc » (ou d’« économie turque ») qui est ainsi remise en question, à la fois quant à son contenu et ses frontières. Sur le plan interne, celle-ci recouvre un ensemble d’activités qui n’ont plus grand chose à voir les unes avec les autres et, sur le plan externe, elle semble se fondre en tout cas partiellement dans l’économie allemande.

Cette analyse est confirmée par l’observation, de nature ethnographique, de la manière dont les entrepreneurs turcs gèrent leurs activités, laquelle met en évidence leur encastrement dans différents réseaux. D’une part, leurs activités entrepreneuriales reposent fréquemment sur des réseaux presque exclusivement coethniques, au sein desquels les personnes d’origine turque jouent un rôle prépondérant, en fournissant financement, locaux, compétences ou personnel. Cette imbrication dans des réseaux turcs n’est pas toujours souhaitée, car beaucoup d’entrepreneurs y ont eu recours faute de pouvoir s’en sortir par eux-mêmes (ou par des moyens plus classiques, comme les banques). Mais, d’autre part, les entrepreneurs ont également fortement besoin de clients qui, eux, n’ont rien à voir avec ces réseaux. La très grande majorité recherche une clientèle non-turque, ce qui est bien sûr dicté par des impératifs de survie, mais aussi par une question de prestige. Beaucoup de restaurants embauchent ainsi des migrants africains, souvent en situation irrégulière, dont le travail est bon marché, tandis que de jeunes étudiants allemands s’avèrent également peu coûteux et utiles pour le contact avec les clients. Par ailleurs, l’absence de liens socioculturels entre employés et employeurs est appréciée par ces derniers, car elle leur confère davantage de liberté dans le traitement de leur personnel. Des personnes d’origines ethnique et linguistique différentes se côtoient donc dans ces établissements et leurs propriétaires sont confrontés au défi de concilier amis, employés, clients et fournisseurs – tous également nécessaires au développement de leur entreprise. Cette analyse tend donc à montrer que l’entreprenariat dit ‘turc’ à Berlin se développe à cheval sur les frontières entre groupes : il est le produit de deux types de ressources, coethniques et non-ethniques, et ne pourrait se développer sans l’existence à la fois de réseaux immigrés et d’une clientèle non-immigrée. C’est grâce à leur capacité de combiner ces deux types de ressources que les entrepreneurs d’origine turque peuvent prospérer.

Dans un tel contexte, de quelle utilité sont les définitions discutées ci-dessus ? En raison du désenclavement des activités entrepreneuriales des personnes d’origine turque, les définitions 3 à 5, qui insistent sur la coethnicité des personnes actives dans une économie immigrée, ne s’appliquent que partiellement et ne permettent pas de rendre compte du rôle des éléments extérieurs au groupe ethnique (clientèle, fournisseurs et employés, notamment), tout en occultant la dimension interethnique de ce type d’entreprenariat. Les définitions 6 et 7 s’appliquent, mais sous-estiment les divisions internes à la population d’origine turque, à savoir non seulement les différences entre Kurdes et Turcs, mais aussi les orientations religieuses ; certains entrepreneurs font par exemple partie d’associations fondées sur les principes de l’Islam, localisées en Turquie et dans les pays de la diaspora. S’ils sont identifiés comme ‘Turcs’, l’auto-identification des entrepreneurs à cette minorité est plus problématique : en raison de leur dépendance vis-à-vis de ressources non-ethniques, les entrepreneurs évoluent dans un environnement hybride et développent des compétences culturelles et des sentiments d’appartenance multiples. Les jeunes, en particulier, s’identifient à la nature urbaine et cosmopolite de Berlin plus qu’à une hypothétique économie ‘turque’ (Caglar, 2001).

Les relations distantes que de nombreux entrepreneurs entretiennent avec leur groupe contredisent également la définition 8. Dans une perspective de genre, les ressources ethniques bénéficient principalement aux hommes, ce qui incite les femmes à construire leurs stratégies commerciales hors du groupe – et les exclut de la définition 2. De plus, 70 % des entrepreneurs se disent ‘précaires’, ce qui nuance l’avantage commercial censément représenté par l’ethnicité. Parmi les difficultés rencontrées, les problèmes administratifs figurent en bonne place, de nombreux entrepreneurs étant mal à l’aise au sein du complexe ensemble de règles et de régulations qui caractérise l’économie allemande. Par exemple, l’ouverture d’un commerce requiert, dans de nombreux secteurs, une formation et une qualification spécifiques, ce qui handicape tous les jeunes qui sont exclus du système de formation (Wilpert, 2003).

Les réseaux ethniques restent néanmoins utiles, en particulier pour les nombreux jeunes d’origine turque sans emploi qui n’ont souvent d’autre choix que de travailler dans une entreprise tenue par un membre de leur entourage, même si nombre d’entre eux sont frustrés d’être au service de patrons d’origine turque généralement plus âgés qu’eux, et dont ils n’apprécient pas les manières ‘traditionnelles’ de travailler. En revanche, pour une minorité d’entrepreneurs à succès, l’ethnicité est devenue ‘optionnelle’ (Waters, 1990) : la réussite leur a ouvert de nouvelles opportunités, rendant les réseaux ethniques moins importants, mais le récent intérêt politique à l’égard de la création d’entreprises par les immigrés (censée réduire le chômage et favoriser l’intégration) les incite cependant à insister sur leur origine turque afin d’acquérir une visibilité auprès du gouvernement."

Intégration : les différences entre les immigrations turque et afro-maghrébine

"Aujourd’hui beaucoup des jeunes d’origine maghrébine et africaine sub-saharienne intériorisent le fait qu’ils ne pourront jamais devenir des “français à part entière” mais seulement, au mieux, des “français entièrement à part”.

Ayant le sentiment d’être assignés à résidence identitaire, beaucoup d’entre eux ne font alors plus confiance qu’aux seules associations musulmanes qui se substituent progressivement, dans beaucoup d’endroits, aux services sociaux et aux anciennes associations laïques d’éducation populaire. Certains ne se définissent plus alors que par ce qui les distinguent des “ français ” en se construisant, sur un mode sectaire, une “ communauté ” d’appartenance de substitution autour de l’islam.

Cependant, dans le même temps, d’autres jeunes, issus des immigrations extra coloniales portugaises, turques, tamoules, indo-pakistanaises, chinoises, etc., pour qui le “ modèle français d’intégration ”, assimilateur et destructeur des identités d’origine, n’a sans doute jamais vraiment fait sens, semblent s’insérer plus facilement qu’eux au plan économique et social. Plus en paix avec leur identité ils s’intègrent dans notre société suivant des modalités de type communautaires, voire communautaristes, avec l’appui de leurs réseaux familiaux et les ressources de leur diaspora.

Pour les membres de ces communautés, le souci de l’insertion économique est premier et c’est par ce biais qu’ils développent progressivement un sentiment d’appartenance à la société d’accueil dont ils finissent par adopter les normes et les valeurs."

Source : http://www.rue89.com/2013/01/11/aborder-de-front-la-surdelinquance-des-jeunes-issus-de-limmigration-238521

Voir également : Pays-Bas : le regard critique des immigrés turcs sur les immigrés marocains

Aux Pays-Bas comme en Allemagne et ailleurs, les immigrés turcs ont un taux de criminalité significativement inférieur à celui des immigrés marocains

Etrange "déballage" de commentaires favorables aux immigrés turcs sur un article concernant l'immigration en Belgique

Les immigrés turcs : une criminalité faible