dimanche 24 février 2013

La turcophilie allemande




Martin Luther, théologien de la Réforme :

"Faire la guerre aux Turcs, c'est résister à Dieu, qui visite par eux nos iniquités." (cité par Léon X dans la bulle Exsurge Domine, 15 juin 1520)

"Un Turc intelligent fait un meilleur souverain qu'un chrétien stupide." (cité par Lewis W. Spitz dans The Protestant Reformation, 1517-1559, New York, Harper & Row, 1985, p. 330)

"Il est dit, en effet, que les Turcs sont, entre eux, loyaux et amicaux, et soucieux de dire la vérité. Je le crois, et je pense qu'ils ont probablement des vertus encore plus belles en eux. Aucun homme n'est mauvais au point de ne pas avoir quelque chose de bon en lui. (...)

Laissez le Turc croire et vivre comme il l'entend, comme on laisse vivre la papauté et autres faux chrétiens." (Vom Kriege wider die Türken, 1528)


Frédéric II de Hohenzollern, roi de Prusse (1740-1786) :

"Toutes les religions sont égales du moment que ceux qui les professent sont des gens honnêtes, et si des Turcs et des païens venaient repeupler le pays nous construirions pour eux des mosquées et des temples." (cité par Hans Jessen dans Gott und der König. Friedrichs des Grossen Religion und Religionspolitik, Berlin, Eckart, 1936, p. 59)
 

Otto von Bismarck, chancelier du IIe Reich (1871-1890) :

"Le Turc est le gentilhomme de l'Orient." (cité par Maurice Barrès dans "Une Enquête aux pays du Levant. Le cénotaphe d'Alexandre", Revue des deux Mondes, 1er novembre 1923, p. 32)


Friedrich Engels, théoricien socialiste :

"Nous prenons parti [dans la guerre russo-turque], de manière la plus énergique, pour les Turcs, et cela pour deux raisons : 1° parce que nous avons étudié le paysan turc (dans la masse populaire turque) et comprit qu’il est sans conteste un des représentants les plus vaillants et les plus moraux de la paysannerie d’Europe ; 2° parce que la défaite de la Russie aurait hâté considérablement en Russie le bouleversement social ; elle aurait hâté de même le bouleversement de toute l’Europe. Les choses ont pris une autre tournure. Pourquoi ? A cause de la trahison de l’Angleterre et de l’Autriche." (lettre à Wilhelm Liebknecht, 4 février 1878)

"Les Bulgares se comportent jusqu’à présent d’une manière admirable. Ils le doivent au fait qu’ils sont restés si longtemps sous la domination des Turcs, qu'ils leur ont tranquillement laissé leurs vieux restes de l’institution gentilice (c’est-à-dire communautaire) et n’ont entravé que le développement des éléments bourgeois grâce aux confiscations réalisées par les pachas. Les Serbes, par contre, qui, depuis 80 ans sont libérés des Turcs ont assisté à la ruine de leurs institutions gentilices par la bureaucratie formée à l’autrichienne et par la législation : c’est pourquoi ils seront inévitablement battus par les Bulgares. Un développement bourgeois de 60 ans, qui ne les mènerait à rien, rendrait les Bulgares aussi vulnérables que les Serbes actuels. Pour les Bulgares, comme pour nous, il eût été infiniment préférable qu’ils soient restés Turcs jusqu’à la révolution socialiste européenne : les institutions gentilices eussent donné un fameux point de jonction à un développement ultérieur communiste tout comme le "mir" russe, que nous voyons se disloquer maintenant sous nos yeux." (lettre à Eduard Bernstein, 9 octobre 1886)


Guillaume II de Hohenzollern, empereur d'Allemagne (1888-1918) :

"Puisse le Sultan, puissent les 300 millions de musulmans qui, dispersés sur la terre le vénèrent comme leur Calife, être assurés qu'en tout temps l'Empereur allemand sera leur ami." (discours à Damas, 8 novembre 1898)


Ernst von Mirbach, grand chambellan de la cour des Hohenzollern :

"Le vaste empire que nous avions parcouru de Constantinople à Jérusalem et Damas, qui est appelé depuis plus d'une centaine d'années l'"homme malade", dont les jours parmi des héritiers jaloux semblaient comptés, porte en lui une immense et solide vitalité, à travers son peuple sobre, profondément religieux et humble, inconditionnellement dévoué à sa religion et à son souverain. Toutefois, son administration, difficile, laisse à désirer, parce qu'il n'y a pas assez de forces appropriées de disponibles. A l'extérieur, les trésors de l'âme populaire, richesse autrefois si prisée du pays, ne sont ni améliorés, ni conservés par les chrétiens, mais d'une manière non-chrétienne les Grecs et Arméniens, souvent instrumentalisés, n'ont pas hésité à causer de l'embarras à leur propre souverain et à son gouvernement, en fomentant des émeutes et des révoltes." (Die Reise des Kaisers und der Kaiserin nach Palästina : Drei Vorträge, Berlin, E. S. Mittler, 1899, p. 107)


Friedrich Naumann, géopoliticien et chef de file des libéraux de gauche sous le IIe Reich :

"On ne doit pas oublier que l'Etat turc n'est pas un Etat-nation comme l'Allemagne, ni un Etat dynastique basé sur une constitution et une union personnelle comme l'Autriche, mais un Etat conquérant dans lequel un peuple de maîtres relativement restreint dirige des peuples dépendants. Cet Etat se décompose quand la domination ottomane est brisée. Quiconque veut le détruire, doit soutenir à cette fin les Grecs, Serbes, Bulgares, Macédoniens, Syriens, Arméniens. Toutes les grandes puissances, à l'exception de l'Allemagne, ont adopté cette méthode qui tend à renverser l'ordre existant en Turquie." (Asia. Eine Orientreise über Athen, Konstantinopel, Baalbek, Nazareth, Jerusalem, Kairo, Neapel, Berlin, Georg Reimer, 1913, p. 138)

"Notre politique en Orient est fixée pour longtemps, nous faisons partie du groupe des protecteurs de la Turquie, c'est en cela qu'il nous faut mettre notre confiance." (ibid., p. 140)

"Le 6 septembre 1871 mourut Ali Pacha, l'homme politique turc le plus doué de notre siècle. Il avait compris à merveille le changement que la victoire de l'Allemagne sur la France avait amené dans la situation politique. A une époque où peu d'Allemands encore pressentaient les conséquences que la paix de Francfort pourrait avoir au sujet de la question d'Orient, il dit à l'ambassadeur autrichien, Prokesch-Osten, "que les relations entre la Russie et la Prusse ne gagneraient pas à cette victoire sur la France. Que la Prusse s'efforcerait de conquérir l'alliance de l'Autriche. Mais que de là résulterait pour la Porte l'appui dont elle avait manqué si longtemps." (Geschichte der orientalischen Angelegenheit im Zeitraum des Pariser und des Derliner Friedens, von Félix Bamberg, Berlin 1892.) Ce que ce Turc mourant disait par ces mots, est en effet le germe de notre politique orientale. Il faut que nous protégions l'Empire ottoman, parce que nous avons vaincu à Sedan. Par notre victoire, nous avons brisé, même en Orient, la force politique si importante de la France. Il se forma une brèche par laquelle la Russie et l'Angleterre se seraient introduites sans ménagement, si nous n'avions pas existé. Nous recueillîmes, ici comme ailleurs, l'héritage de Napoléon III, tandis que la France reprit le rôle de la Prusse dans ses rapports avec la Russie. Autrefois, c'est Napoléon III qui était l'ami du Padischah, aujourd'hui, c'est Guillaume II." (ibid., p. 141-142)

"La Turquie peut bien avoir la constitution qu'elle voudra, pourvu qu'elle se maintienne à flot encore quelques temps. C'est dans ce sens que Bismarck nous a appris à séparer la politique extérieure de la politique intérieure.

La même chose s'applique aussi à la mission chrétienne. En tant que chrétiens, nous désirons tous les progrès de la foi qui assure notre salut, mais notre politique n'a pas pour tâche de faire oeuvre de mission chrétienne. Les deux choses se trouvent mieux de ne pas s'engager dans un travail commun. Napoléon III était à la fois ami du sultan et protecteur des chrétiens d'Orient. C'est en cela qu'a résidé la faiblesse fatale de sa politique orientale. Dans la conversation déjà mentionnée d'Ali Pacha avec M. de Prokesch-Osten, il fait un reproche à la France de ce que "toute insurrection dans les pays soumis à la Porte ait trouvé un appui dans la France". Cela fut le résultat du protectorat chrétien. La tentation est grande, en effet, pour un monarque chrétien, auquel sa situation politique particulière comme protecteur des mahométans cause un sentiment pénible, de chercher un contrepoids dans un droit de protection sur les chrétiens, mais, au fond, on ne peut pourtant avoir la prétention que d'être l'un ou l'autre. Ce fut une bonne fortune, croyons-nous, que la volonté de l'Allemagne de servir tous les chrétiens d'Orient se soit heurtée à des obstacles à Rome comme à Paris. A l'heure présente, l'attitude de Guillaume II est plus nette que celle de Napoléon III. Comme empereur allemand, il protège les protestants et les catholiques allemands de l'Empire turc, mais, pour tout le reste, il ne fait pas de politique religieuse en Orient, il ne fait que de la politique allemande." (ibid., p. 148)


Rupert von Schumacher, géopoliticien :

"Contrairement à la Russie, un pays asiatique qui s'est signalé récemment dans le Sud-Est européen a le droit à la reconnaissance en tant que nation européenne : la Turquie. Avec la réactivation de la politique turque après la reconstruction réussie du noyau anatolien et la sortie de l'effondrement de l'Empire ottoman, il y a eu un changement idéologique notable en Asie mineure, qui est susceptible de causer de la surprise en Europe.

A l'occasion du dixième anniversaire de la fondation de la République turque, le 29 octobre 1933, l'"Association Nationale Turque d'Economie et d'Epargne" a publié un communiqué. (...) Les consulats diffusent la nouvelle vision de la Turquie avec l'expression de phrases succinctes :

« La nouvelle Turquie...

1. L'ancienne Turquie était un Etat asiatique. La nouvelle Turquie est une république européenne.
...
2. L'ancienne Turquie était politiquement et économiquement une semi-colonie. L'indépendance politique et économique de la nouvelle Turquie est complète et indiscutable.
...
5. L'ancienne Turquie ne disposait pas de droits des femmes. Dans la nouvelle Turquie, la femme est un citoyen libre avec tout le support légal.
...
8. Dans la nouvelle Turquie, chacun doit écrire en lettres latines selon la norme internationale. Le sol turc est le berceau de la civilisation la plus ancienne de l'histoire. Mais la nouvelle République turque ne prend pas pour base les anciennes ruines de l'histoire, mais la civilisation européenne.
...
L'étendue du pays est de 762 000 km2. La surface de la Turquie fait d'elle le plus grand pays d'Europe (à l'exclusion de la Russie).

La Turquie a les plus belles côtes de la Méditerranée, la zone céréalière la plus étendue du Moyen-Orient et les plaines les plus basses au monde... »

A travers ces quelques mots, un changement dans les valeurs idéalistes de la politique générale est exprimé. Cela peut raisonnablement surprendre d'apprendre que le plus grand Etat européen n'est plus au coeur de la vieille culture mondiale, que le plus grand Etat de l'Occident n'est plus chrétien mais désormais musulman. Que l'Europe s'étend jusqu'à l'Ararat, tandis que l'Asie arrête sa course sur la Baltique, ce qu'on peut probablement justifier par une révolution des valeurs, telle que l'humanité n'en a pas connue depuis des siècles." (Der Raum als Waffe : versuch einer raumpolitischen Strategie, Berlin, E. Rung, 1935, p. 39-41)


Ernst Jäckh, publiciste et fondateur de l'Association germano-turque en 1912 (Deutsch-Türkische Vereinigung) : 

"Mon intérêt pour la Turquie se développa lors de ce premier séjour à Smyrne et à Constantinople. La révolution des Jeunes-Turcs cette année éclairait soudainement les qualités essentiellement humaines de la population et de ses dirigeants dont Kemal. Leur opposition déterminée au despotisme du "sultan sanguinaire" était tellement contrôlée et dominée par la raison que cela en vint à être connu comme la "révolution sans effusion de sang", ou la "révolution des gentlemen". Je n'avais pas de prédisposition particulière en faveur des Turcs. Je n'avais pas non plus de préjugé occidental violent. Mais ma longue expérience avec eux, ma proximité avec de nombreuses familles turques, certaines de haut rang, et certaines appartenant aux petites gens, m'ont révélé que la véritable nature du peuple turc est tout à fait différente de celle suggérée par les slogans populaires. C'est par sens du devoir, par chevalerie envers une nation opprimée, et en hommage à une très longue amitié que je présente ma découverte et ma confiance dans le "Croissant levant".

Par la compréhension de l'âme d'un autre peuple on enrichit sa propre âme. Mais c'est seulement en aimant un peuple que l'on arrive vraiment à le comprendre. Je fus honoré avec un tel amour quand, en tant que jeune démocrate allemand, je suis allé en Turquie en 1908." (The Rising Crescent : Turkey Yesterday, Today and Tomorrow, New York-Toronto, Farrar & Rinehart Inc., 1944, p. 5-6)


Walter Hallstein, membre de la CDU, secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères de Konrad Adenauer (1951-1957) et premier président de la Commission européenne (1958-1967) :

"Nous sommes témoins aujourd'hui d'un événement d'une grande portée politique.

La Turquie fait partie de l'Europe. C'est là le sens le plus profond de cette opération : elle apporte, dans la forme la plus appropriée à notre époque qui soit concevable, la confirmation d'une vérité, qui est plus que l'expression abrégée d'une réalité géographique ou d'une constatation historique qui vaut pour quelques siècles. La Turquie fait partie de l'Europe : c'est plutôt avant tout le souvenir de la puissante personnalité d'Ataturk, dont l'action nous est remémorée à chaque pas dans ce pays et le souvenir de la rénovation radicalement européenne qu'il a imprimée à l'Etat turc dans toutes ses manifestations. L'événement n'a pas son pareil dans l'histoire des irradiations de la culture et de la politique européennes, et même nous sentons ici une parenté de nature avec la réalisation européenne la plus moderne, l'unification européenne. N'est-ce pas un prolongement de notre esprit que nous ressentons ici : cette attitude éclairée, rationnelle, impitoyablement réaliste, l'application méthodique du savoir moderne, la valeur que l'on attache à la scolarisation et à l'éducation, le dynamisme résolu, tourné vers le progrès, le pragmatisme sans préventions dans le choix des moyens ? Qu'est-il donc de plus naturel que de voir l'Europe (l'Europe qui est la libre expression de soi-même) et la Turquie s'identifier dans leurs actions et réactions : militairement, politiquement et économiquement.

La Turquie fait partie de l'Europe : c'est-à-dire, d'après les critères qui ont cours aujourd'hui, qu'elle établit des rapports constitutionnels avec la Communauté européenne. Comme cette Communauté elle-même, ces rapports aussi sont régis par l'idée d'évolution.

Néanmoins la Turquie aussi est placée devant des problèmes délicats : l'industrialisation déjà amorcée doit être poursuivie, l'utilisation maximale des ressources en matières premières assurée, l'agriculture renforcée. Tout cela est nécessaire parce que cela fait partie d'un Etat moderne et aussi pour assurer l'avenir du peuple turc, dont le taux de croissance n'est guère égalé par aucun autre peuple de la terre. La tâche est ardue et assurément elle ne s'accomplira pas du jour au lendemain. Mais votre gouvernement, votre peuple l'ont abordée avec un courage admirable et peuvent dès aujourd'hui être fiers des premiers succès.

D'autres succès vous attendent, favorisés sans doute par votre rapprochement de la Communauté, qui apportera son aide, pour que vos objectifs, surtout ceux du plan quinquennal, soient pleinement atteints. Avec l'entrée en vigueur de la Convention les avantages économiques et financiers qu'elle prévoit et qui représentent une aide considérable permettront aussi à la Turquie d'accroître ses exportations vers la Communauté économique européenne et d'étendre ses capacités de production. La Convention prévoit en outre que la Turquie doit encore intensifier dans un proche avenir ses relations avec la Communauté et qu'elle peut parvenir à une véritable union économique dans laquelle nous voyons comme auparavant le signe d'une véritable intégration. Ainsi l'association n'est pas seulement profitable à la Turquie, elle répond aussi aux intérêts de la Communauté.

Nous voilà donc au début d'une ère d'étroite coopération entre la Turquie et la Communauté. Les deux parties se rencontreront au sein du Conseil d'association et y discuteront leurs soucis en qualité de partenaires égaux et s'efforceront d'aplanir dans ce nouvel esprit les difficultés qui pourraient surgir. S'inspirant des mêmes conceptions, elles réfléchiront en commun à la manière de les réaliser dans le cadre de l'association. Et un jour le dernier pas sera franchi : la Turquie sera membre de plein exercice de la Communauté. Ce désir et le fait que nous soyons unanimes avec nos amis turcs dans ce désir sont l'expression la plus forte de notre cause commune." (allocution à l'occasion de la signature de l'accord d'Ankara, 12 septembre 1963)


Gerhard Schröder, membre du SPD et chancelier (1998-2005) :

"Les Allemands de souche [Aussiedler] que la CDU a laissé massivement entrer en Allemagne posent beaucoup plus de problèmes que les Turcs." (duel télévisé avec Edmund Stoiber, 25 août 2002)

"En ce qui concerne l’Union européenne, je suis favorable à l’entrée de la Turquie dans l’Europe si elle répond aux critères d’adhésion définis en 1993, tout comme Jacques Chirac." (Le Figaro, 5 juin 2004)

"(...) l'importance stratégique d'une adhésion de la Turquie à l'Union européenne est déterminante. L'Union a tout à gagner de la position géopolitique unique de la Turquie au point de jonction entre l'Asie et l'Europe, de son importance pour la sécurité de l'approvisionnement énergétique de l'Europe, et de son poids politique, économique et militaire. En outre, une Turquie fermement implantée dans l'Union européenne peut jouer un rôle clé dans les relations entre l'Europe et le monde islamique." (Ma vie et la politique, Paris, Odile Jacob, 2006, p. 267)

"(...) c'est le mérite personnel de Jacques Chirac que les négociations avec la Turquie aient pu s'ouvrir. Car je ne vois pas d'autre solution que l'adhésion pleine et entière de la Turquie à l'Union européenne." (entretien à Lemonde.fr, 4 novembre 2006)

"Sans la Turquie, l'UE sombrera dans la médiocrité." (Die Welt, 3 mai 2010)


Joschka Fischer, membre des Grünen, vice-chancelier et ministre des Affaires étrangères (1998-2005) :

"A propos du terrorisme islamiste, il faut se pencher sur les causes. Bien sûr, il faut le combattre. Mais pour pouvoir le combattre efficacement, il faut en comprendre les raisons. Nous voyons des sociétés confrontées à trois défis : l'héritage d'un empire disparu, l'empire ottoman ; l'héritage du colonialisme européen et la recherche de voies spécifiques vers la modernité. Le grand problème est qu'il n'y a pas de modèle de modernisation réussie. Au sein de la culture islamique, il n'existe pas une voie particulière vers la modernité. La Turquie est une exception positive." (entretien aux côtés de Bernard Kouchner, Le Monde, 9 février 2008)

"La Turquie a des frontières avec l'Iran, la Russie, le monde islamique. Elle se trouve au carrefour des gazoducs. Et elle a une population très jeune, en pleine expansion démographique. L'Europe réagit à la question turque de façon passionnelle, mais il faudra bien un jour se poser la question en termes d'intérêts stratégiques et géopolitiques. Son adhésion me paraît la seule solution. Je ne crois pas à la viabilité d'une simple "relation privilégiée" que préconisent les chrétiens-démocrates allemands, car il faut bien se rendre compte que la Turquie se détourne actuellement de l'Occident pour privilégier l'Asie." (entretien aux côtés de Bernard Kouchner, Nouvelobs.com, 9 avril 2009)


Günter Verheugen, membre du SPD et commissaire européen chargé de l'Entreprise et de l'Industrie (2004-2010) :

"Nous avons davantage besoin de la Turquie qu'elle n'a besoin de nous."

"Elle est d'une importance stratégique primordiale. (...) Je parle de la sécurité dans toute la région. Il n'y a qu'à imaginer ce qu'il adviendrait si la Turquie empruntait un autre chemin que celui d'un ancrage solide dans la communauté des Etats occidentaux. Ce serait un très très grand risque pour nous, qu'il vaut mieux ne pas prendre." (déclarations sur la radio Deutschlandfunk, 18 octobre 2009)


Christian Wulff, membre de la CDU et président fédéral de l'Allemagne (2010-2012) :

"La Turquie montre que l'islam et la démocratie, l'islam et l'application de la loi, l'islam et le pluralisme ne sont pas forcément contradictoires." (discours devant le Parlement turc, 19 octobre 2010)