lundi 5 août 2013

Allemagne : la question des Aussiedler et des Übersiedler

Nora Räthzel, "Nation et nationalité en Allemagne au regard des nouveaux processus migratoires", in Catherine Neveu (dir.), Nations, frontières et immigration en Europe, Paris, CIEMI/L'Harmattan, 1995, p. 162 :

"Au tout début, la stratégie d'intégration des Aussiedler fonctionna. Elle était soutenue par la presse qui décrivait les nouveaux arrivants comme jeunes, qualifiés, sains, capables et prêts à travailler, cotisant au régime allemand de retraite, etc. Mais en l'espace de quelques mois, les perceptions évoluèrent. Là encore, cette évolution fut soutenue par la presse, qui, de la droite à la gauche, découvrit soudain que les Aussiedler, mais surtout les Übersiedler, c'est-à-dire les gens venant de la République démocratique allemande, étaient paresseux, avaient des problèmes sociaux, n'avaient pas l'habitude de travailler, ne montraient aucun sens de responsabilité à l'égard du travail ou des outils, étaient anti-sociaux, et en fait alcooliques.

L'argumentation contre la politique du gouvernement, formulée en partie par Oskar Lafontaine, alors chancelier fantôme des sociaux-démocrates, et qui reproduisait les sondages d'opinion, était que les Aussiedler n'étaient pas de « vrais Allemands ». Sur quelles bases s'appuyait cette affirmation ? Et bien précisément en prenant au sérieux les définitions données de leur appartenance à la nation : ils ne parlaient pas allemand, avaient des manières de vivre différentes, n'étaient pas adaptés à l'économie de marché, croyaient en des valeurs traditionnelles, etc.

La définition racialisée de la nation, qui incluait les Aussiedler à raison de leurs origines (Abstammung) fut alors l'objet d'une remise en cause par la base qui s'appuyait sur les définitions sociales de la nation, comme la langue, la culture et la conduite."

Bakyt Alicheva-Himy, Les Allemands des steppes. Histoire d'une minorité de l'Empire russe à la CEI, Berne, Peter Lang, 2005, p. 321 :

"Le parti social-démocrate exige de maîtriser l'arrivée des étrangers par une nouvelle loi d'immigration [en 1994]. Dans un document rédigé par Otto Schily et Fritz Rudolf Körper, représentants sociaux-démocrates de la politique intérieure, il était dit que cette loi devrait prendre en compte la capacité sociale du pays d'accueillir les Aussiedler et les besoins sur le marché du travail. Selon les déclarations d'Oskar Lafontaine, « personne ne doit être indifférent au fait qu'un Aussiedler trouve chez nous un travail en ôtant à un chômeur la possibilité de travailler. » Le gouvernement dénonce le « populisme » de Lafontaine et l'accuse d'exploiter politiquement les ressentiments envers ces immigrants à quelques semaines d'importantes élections régionales dans trois Länder. Dans les rangs même du parti chrétien-démocrate, certaines voix réalisent pourtant aussi que « le droit du sang », toujours à la base de la nationalité allemande, est d'autant moins défendable que la disponibilité à accueillir les Allemands de souche a nettement diminué : selon un sondage publié par l'hebdomadaire Die Woche, 70 % des Allemands se prononcent aujourd'hui pour limiter le rapatriement de leurs parents de l'Est.

En 1996, Bonn fut obligée de restreindre l'entrée dans le pays au motif que les nouveaux arrivants revenaient trop cher à l'Etat."

Voir également : Allemagne : le problème des Aussiedler ou "Russes allemands"

L'hostilité anti-provinciale à Berlin

Les Allemands de la Volga en provenance d'Anatolie orientale