dimanche 3 novembre 2013

La "White Australia policy" et les immigrés turcs

Xavier Pons, Les mots de l'Australie, Toulouse, Presses Universitaires du Mirail, 2005, p. 62-63 :

"Le désir de conserver à l'Australie son caractère « racialement » britannique a longtemps constitué le fondement de la politique d'immigration qui, jusqu'aux années 1970, rejetait les immigrants de couleur, et particulièrement les Asiatiques. Cette politique raciste a fini par céder aux pressions de la réalité.

A la fin de la Seconde Guerre Mondiale, l'Australie, qui redoutait une résurgence de la menace japonaise, comprit qu'il lui fallait accroître la taille de sa population (qui était alors de 7 millions), tant pour défendre le pays plus efficacement que pour assurer son développement économique. Elle se lança donc dans une politique d'immigration massive ; mais, de façon significative, alors que les autorités, qui souhaitaient obtenir une croissance démographique de 2 % par an, pensaient que le taux de natalité fournirait la moitié de cette croissance, l'autre moitié provenant de l'immigration, ce fut cette dernière qui joua le rôle essentiel. D'autre part, les autorités australiennes espéraient que les neuf-dixièmes des immigrants viendraient de Grande-Bretagne. Mais celle-ci ne pouvait offrir de contingents assez importants, et l'Australie dut se tourner vers d'autres sources : Europe du Nord d'abord (par souci de « compatibilité raciale ») puis Europe du Sud. Comme cela ne suffisait toujours pas, la Turquie, naguère classée pays asiatique (et donc impropre à fournir des immigrants) fut reclassée en pays européen...

Le démantèlement de la Politique de l'Australie Blanche et l'arrivée de « boat-people » en provenance du Vietnam dans les années 1970 ont ouvert la voie à une immigration asiatique qui a aujourd'hui pris une importance considérable : 38,7 % des 89 000 immigrants accueillis en 2001-2002 venaient d'un pays asiatique, et les Asiatiques représentent près de 22 % des résidents ou citoyens australiens nés à l'étranger (6 % de l'ensemble de la population australienne)."

Claudio Bolzman et Kate Golebiowska, "Modes de catégorisation, statuts administratifs, assignations sociales et géographiques", in Chedly Belkhodja et Michèle Vatz Laaroussi (dir.), Immigration hors des grands centres. Enjeux, politique et pratiques dans cinq états fédéraux, Paris, L'Harmattan, 2012, p. 128-129 :

"En Australie jusqu'aux années 1970, le pays avait clairement une « politique britannique et blanche » de recrutement. Ainsi, l'immigration asiatique, en particulier de Chine, mais aussi des îles du Pacifique était exclue sur la base de l'Immigration Restriction Act de 1901. Cette politique fut un peu assouplie suite à la fin de la Deuxième Guerre mondiale qui a amené le pays à accueillir des personnes déplacées en tant que colons (Kunz, 1988). Petit à petit le pays s'est ouvert à la multiethnicité : dans les années 1950s-1970s, l'Australie a signé des accords bilatéraux de recrutement avec l'Italie, la Grèce, les Pays-Bas, Malte, l'Allemagne, la Yougoslavie et la Turquie qui ont permis la préservation du caractère blanc du pays, mais avec une ouverture à des non-britanniques. Malgré tout ces nouveaux venus ont été longtemps perçus comme « autres » (Jupp, 2007a). Ce n'est qu'en 1972 que le gouvernement mit fin à la politique de l'Australie blanche en déclarant que la race, la couleur de peau ou la religion ne constituaient plus un critère central pour être admis en Australie (Jupp, 2007, p. 11)."