jeudi 5 décembre 2013

Immigrés turcs et marocains : deux populations radicalement différentes

Xavier Raufer, entretien à Eléments, n°137, octobre 2010 :

"N'étant ni sociologue ni ethnologue, je vous répondrai en criminologue, partant de ce que je sais et de ce que je vois. En sachant que dans notre pratique quotidienne, nous nous intéressons surtout à ce que font les gens — et moins à ce qu'ils sont. J'ai ainsi publié en 2007 un Atlas de l'islam radical dont il était si limpide qu'il s'intéressait à des activistes, voire à des terroristes, en tant que tels et non de par leur confession, que nulle instance communautaire musulmane, nul imam, nulle mosquée, n'a protesté. Les musulmans ont fort bien compris notre démarche. De même, les grandes catégories d'usage utilisées, comme « populations immigrées » ou « nouvelles générations issues de l'immigration », sont peu utiles pour comprendre et régler les affaires de terrain. Pour de telles populations, la criminalité résulte de manière flagrante d'un manque d'intégration (individuelle ou collective) au pays d'accueil, et l'empêche tout à la fois. C'est un problème circulaire, type « poule-et-oeuf ». Là, mille situations cohabitent en Europe — et encore, ne peut-on pas tout mesurer ! Car certains pays, dont la France, interdisent pour l'essentiel la statistique fondée sur l'origine nationale ou ethnique.

Mais entrons un peu dans le détail... En Belgique par exemple, ou aux Pays-Bas, deux populations émigrées, toutes deux musulmanes, la turque et la marocaine, ont des niveaux très différents d'intégration (les Marocains sont plutôt bien intégrés, les Turcs vivant par tradition entre eux) et (pour aller vite) des taux de délinquance et de criminalité constatées très divergents : élevé pour les Marocains, beaucoup moins pour les Turcs... Et encore, s'agissant des Marocains, la situation est-elle très contrastée entre Arabes et Berbères ! Je crois donc que les grandes tirades sur l'intégration (sans nuances) des immigrés (sans distinctions) sont politiciennes, de purs propos de campagnes électorales. En réalité, il faut, dans chaque aire considérée, effectuer un diagnostic de terrain précis, en tenant minutieusement compte de qui vit où, et fait quoi. Songez que dans la cité de La Villeneuve, évoquée plus haut, quarante nationalités se côtoient, selon la mairie. Dans ce diagnostic, le facteur criminel joue bien sûr un rôle (comment développer un quartier vivant entre émeutes, trafics et racket ?), mais c'est loin d’être le seul."

Voir également : Turcs et Marocains en Belgique

Les immigrés turcs : une criminalité faible

Délinquance et immigration turque (rappel)

Les jeunes Turcs moins impliqués dans la délinquance que les jeunes Maghrébins et Sahéliens

Aux Pays-Bas comme en Allemagne et ailleurs, les immigrés turcs ont un taux de criminalité significativement inférieur à celui des immigrés marocains

Pays-Bas : le regard critique des immigrés turcs sur les immigrés marocains