jeudi 20 février 2014

Brest : conférence sur l'immigration turque

Brest - L'Europe

Municipales 2014

Conférence. L'immigration turque décortiquée
11 février 2014

Vendredi, l'association « Langues du Bosphore », présidée par Orhan Bas, a invité Gaye Petek, ancienne présidente de l'association parisienne Elele (main dans la main) pour une conférence-débat sur l'immigration turque en France et principalement en Bretagne. Suite à l'accord d'Ankara en 1965, les Turcs ont commencé a venir en France (500.000 actuellement) et en Bretagne, à partir de 1970 (4.900 au dernier recensement). Ils travaillant surtout dans le secteur du BTP et de l'agroalimentaire. Certains chiffres sont inquiétants : le taux d'obtention du bac chez les jeunes Turcs (40 %) ou encore le très faible pourcentage de filles à l'université (0,8 %). D'autres sont plutôt encourageants, comme le faible taux de chômage ou de délinquance. La soirée s'est poursuivie par le témoignage de Roger Le Reun, premier professeur d'alphabétisation au foyer Aftam entre 1974 et 1976. Ce dernier, en raison des insuffisances des conditions d'accueil de l'époque, avait également servi de travailleur social ou d'interprète. Plusieurs anciens ont ensuite apporté leurs témoignages, comme Mehmet, sur la perte de sa valise en Italie ou Orhan Bas, arrivé à l'âge de 9 ans à Brest, qui a mis plusieurs jours à comprendre que l'école se déroulait sur toute la journée, sauf le mercredi !
Source : http://www.letelegramme.fr/finistere/brest/leurope/conference-l-immigration-turque-decortiquee-11-02-2014-10030457.php

Voir également : L'immigration turque en France

Les immigrés turcs : une criminalité faible

Délinquance et immigration turque (rappel)

Immigrés turcs et marocains : deux populations radicalement différentes

Les jeunes Turcs moins impliqués dans la délinquance que les jeunes Maghrébins et Sahéliens

mardi 11 février 2014

Les structures familiales des immigrés turcs en Allemagne

Emmanuel Todd, Le Destin des immigrés. Assimilation et ségrégation dans les démocraties occidentales, Paris, Le Seuil, 1994 :

"Les Turcs, qui constituent de loin le plus important des groupes immigrés en Allemagne, ne sont pas plus que les Bosniaques des musulmans classiques, même si leur tradition familiale est parfois décrite à tort comme une simple variante du type communautaire endogame commun aux Arabes, aux Iraniens et aux Pakistanais. La famille communautaire endogame combine une architecture patrilinéaire associant le père et ses fils mariés à une règle de mariage préférentiel entre les enfants de ces fils. L'examen des données régionales turques amène à contredire cette représentation. Si la famille communautaire et patrilinéaire est effectivement dominante au nord et à l'est de la Turquie, chez les Turcs proprement dits comme chez les Kurdes, des types nucléaires peuvent être identifiés à l'ouest et au sud sur les rivages de la Méditerranée et de l'Egée. Là où dominent ces types nucléaires, les fils ne cohabitent pas avec leurs pères et les filles héritent comme leurs frères. Au contraire de ce qui peut être observé dans les pays arabes, il n'existe pas en Turquie un fort écart d'âge entre conjoints, qui aurait exprimé une relation d'inégalité entre les sexes. Là où le mari est nettement plus âgé que son épouse, il exerce en pratique l'autorité d'un père. Mais en Turquie, l'écart d'âge moyen n'était vers 1970 que de 3,3 ans, contre 7 en Iran, 5,5 au Pakistan ou 4,5 en Algérie. Dans l'échelle des écarts d'âge, la Turquie apparaît très proche d'un pays européen et méditerranéen comme l'Italie, où le mari était à la même date de 3,2 ans plus âgé que sa femme. Une tel équilibre évoque un niveau d'égalité entre hommes et femmes voisin de ce qui peut être observé en Europe du Sud.

L'existence d'une structure familiale nucléaire et bilatérale dans la partie économiquement, culturellement et politiquement dominante de la Turquie explique l'originalité d'une tradition religieuse capable d'accepter le principe de laïcité et l'émancipation de la femme. C'est sur ce terrain anthropologique que naît la laïcité kémaliste, qui n'a son équivalent nulle part dans le monde musulman occidental.
Une caractéristique anthropologique musulmane, cependant, est commune à l'ensemble des régions de Turquie : l'endogamie. Dans les zones nucléaire et communautaire, le mariage entre cousins est possible, sans que sa fréquence apparaisse particulièrement élevée. Il y a là une différence importante avec l'ensemble des systèmes anthropologiques européens d'origine chrétienne, tous exogames. Toutes les régions de Turquie sont recensées parmi les immigrés présents en Allemagne vers 1980. Mais le processus migratoire, amorcé au début des années soixante, avait d'abord touché l'ouest du pays pour s'étendre progressivement à ses parties orientales, que celles-ci soient turques à proprement parler ou kurdes. Le système de parenté bilatéral de l'ouest et du sud de la Turquie est donc au départ bien représenté dans l'immigration et constitue même peut-être sa matrice anthropologique initiale." (p. 168-171)

"La Turquie, pays de 50 millions d'habitants en 1985, comptant 60 % de paysans, a réussi à entrer dans la modernité. Comment les immigrés turcs d'Allemagne, sélectionnés dans la partie alphabétisée de leur société d'origine, plongés dans un univers urbain développé, n'auraient-ils pas réussi à en faire autant, plus rapidement et plus complètement ? Ici encore, le comportement de procréation apparaît comme un excellent indicateur de modernisation ; or l'indice de fécondité des femmes turques d'Allemagne tombe, entre 1975 et 1984, de 4,3 à 2,5 enfants par femme. La fécondité des Allemandes est très basse entre ces deux dates, comprise entre 1,4 et 1,3, et l'on ne peut donc parler d'un alignement au sens strict du comportement démographique de la population immigrée sur celui de la population d'accueil. Reste que la transformation démographique des Turcs en Allemagne est nettement plus rapide que celle des Pakistanais en Grande-Bretagne ou des Algériens, Marocains et Tunisiens en France. En 1985, le nombre d'enfants par femme était encore dans l'Hexagone, malgré une diminution importante, de 4,2 pour les Algériennes, de 4,5 pour les Marocaines, et de 4,7 pour les Tunisiennes ; outre-Manche, l'indice était encore de 5,3 pour les Pakistanaises. Les Turcs d'Allemagne constituent donc un groupe musulman atypique par sa modernité. Par leur vitesse d'adaptation démographique, ils rappellent les Sikhs, dont le niveau de fécondité était en Grande-Bretagne de 2,2 en 1990. Le comportement démographique des immigrés turcs entre 1960 et 1985 indique qu'ils étaient prêts, à leur arrivée en Allemagne, à toutes les adaptations, et dans le long terme à l'assimilation. Mais, dans les années qui suivent, la fécondité des femmes turques d'Allemagne remonte, pour atteindre 3,4 en 1990, c'est-à-dire un niveau supérieur à celui des régions développées de l'ouest de la Turquie. Cette désadaptation démographique n'est qu'un signe parmi d'autres de la solidification d'un état de ségrégation.

D'autres indicateurs montrent que le processus d'assimilation est interrompu, malgré l'arrivée à l'âge adulte de nombreux enfants d'immigrés nés ou élevés en Allemagne et éduqués dans les écoles allemandes. La séparation persistante du groupe turc n'est pas seulement l'effet d'un code de la nationalité qui maintient les enfants dans la catégorie nationale des parents. Elle résulte aussi du taux de naturalisation négligeable des parents et de la faible fréquence du mariage entre Allemands et Turcs, de la première comme de la deuxième génération." (p. 173-174)

Voir également : Le recul de la natalité chez les ressortissantes turques

L'immigration turque en Allemagne

L'intégration des immigrés en Europe : le cas du modèle allemand

dimanche 9 février 2014

Des centaines de Syriens bloqués à la frontière turque

"Syrie / Turquie -
Article publié le : jeudi 06 février 2014 à 06:51 - Dernière modification le : jeudi 06 février 2014 à 07:18

Syrie: des centaines de réfugiés bloqués à la frontière turque

Distribution de colis dans un camp de réfugiés syriens à al-Yamdiyeh, en Turquie, le 10 janvier dernier.
Par RFI (...)

Les derniers affrontements violents opposant, le long de la frontière turque, l’Emirat Islamique d’Irak et du Levant au Front islamique ainsi que la recrudescence des bombardements gouvernementaux sur la ville d’Alep ont à nouveau, ces derniers jours, poussé des milliers de refugiés syriens vers la Turquie.

Malgré sa politique officielle de « frontière ouverte », Ankara fait preuve d’un certain réalisme-, d’autres diront cynisme-, et n’accepte les nouveaux venus sans rechigner que dans les cas d’urgence et de danger extrême et immédiat . Sinon, l’absence de papiers valides des candidats à l’exil justifie leur maintien de l’autre côté des barbelés.

→A (re)lire: Sécurité renforcée à la frontière turco-syrienne après la prise de Tel-Abyad par les jihadistes

Et ils seraient, depuis deux à trois semaines, des milliers, peut-être même des dizaines de milliers de nouveaux fuyards, ou déplacés, en attente, en plusieurs points de la frontière, comme en ce camp informel du côté syrien du poste-frontière de Bab el-Salama. Mais parfois aussi au milieu de nulle part, en plein air, selon les organisations humanitaires.

La Turquie, il est vrai, fait de son mieux, mais avec plus de 700 000 réfugiés, dont 500 000 en dehors des camps et de plus en plus dans les grandes villes, elle demande avec insistance une intervention de l’ONU."

Source : http://www.rfi.fr/moyen-orient/20140206-syrie-centaines-refugies-bloques-frontiere-turque

Voir également : Construction d'un mur à la frontière turco-syrienne, pour empêcher les intrusions et la contrebande

Le rôle indispensable de la Turquie pour endiguer l'immigration irrégulière vers l'Europe