dimanche 4 mai 2014

L'assassinat de Nazmiye à Colmar (1993) : une victime kurde d'un crime d'honneur, et non turque

Colmar: Nazmiye mise à mort par les siens
Mercredi, 30 Novembre, 1994

LE procès des assassins présumés de la jeune Nazmiye Ilikpinar s'est ouvert hier devant la cour d'assises du Haut-Rhin. Son frère, Abdullah (vingt-deux ans), et son cousin Lufti (vingt ans) sont accusés de cet assassinat par strangulation. Le père et la mère de l'adolescente (quinze ans au moment des faits) sont accusés de complicité. Ils auraient assisté à l'exécution. Nazmiye était une Kurde de Turquie arrivée en France avec sa mère Elife par le biais du regroupement familial en 1981. Elle commence à suivre des études. Rapidement, l'écart entre son père, Mustafa, et sa mère prend des allures de confrontation.

Le dialogue se rompt entre des parents venus de la plus profonde campagne d'Anatolie et leur fille «éprise de liberté», comme la décrivent ses amis de classe. Nazmiye commence à «sécher» les cours. Puis, ce sont les fugues qu'elle explique par le très étroit contrôle de sa famille sur sa vie personnelle.

Selon l'acte d'accusation, elle met en cause son frère. Il la frapperait et vérifierait régulièrement sa virginité. Elle parlait aussi de harcèlement sexuel. C'est ce qu'elle confie, en juin 1993, à un éducateur. D'où un placement en foyer.

En août, dans des circonstances que le procès devra établir, elle retourne dans sa famille. Des sorties dans une fête foraine, une liaison avec un adolescent de seize ans auraient poussé sa famille à «agir».

Le drame se noue dans la nuit du 13 au 14 août 1993. Nazmiye rentre chez elle. Elle est emmenée en voiture par son frère et son cousin en compagnie de ses parents. Fin du voyage à Eguisheim (Haut-Rhin). Dans un fossé. Le frère l'aurait étranglée. Le cousin l'aurait maintenue à terre. Les parents assistaient au meurtre de leur quatrième enfant.

Il appartiendra à la justice d'établir la réalité des faits, d'autant, qu'aujourd'hui, Abdullah, le frère, dit avoir agi seul.

L'acte d'accusation s'emploie a montrer que ce crime ne saurait être assimilé avec la religion musulmane des personnes impliquées. «Il a été établi au cours de l'instruction, indique le parquet de Colmar, que la législation nationale des intéressés ne tirait aucun effet atténuant sur le plan pénal de cette tradition, à la supposer établie, et que la religion des intéressés, également mise en avant, condamnait l'acte commis».

De son côté, l'avocat de la mère de la victime, Me Hélène Courtin-Rosenblieh, déclare qu'il s'agit d'une «vendetta familiale qui a vu un problème d'identité d'une jeune fille qui s'émancipait par rapport à leur culture archaïque».



BRUNO PEUCHAMIEL.
Source : http://www.humanite.fr/node/92292

Voir également : Hatun Sürücü : une victime kurde d'un crime d'honneur, et non turque

Le crime d'honneur : une pratique tribale ni turque, ni vraiment musulmane mais kurde

La lapidation chez les Kurdes yezidis (non-musulmans) du nord de l'Irak