dimanche 15 juin 2014

Sambreville (Belgique) : une communauté turque en butte à de dangereux amalgames

Suite au double homicide de Vitrival: la communauté turque veut lutter contre les préjugés dont elle est la cible

Rédaction en ligne

Après le double homicide dont ont été victimes sa fille et son ex-femme, mercredi soir à Vitrival, Roger Suiveng a révélé avoir été menacé par l’auteur présumé des faits, Ucler Umit. En contant le racket que subissait sa famille, ce père meurtri a tenu des propos qui ont blessé et choqué la communauté turque. Isil Kayis, de Jemeppe-sur-Sambre, tient à réagir à ces propos. « Il faut avancer et cesser de faire de mauvais amalgames », dit-il.

Le meurtre de Sonia Suiveng (38 ans) et de Marie-France D. (58 ans), sa maman, mercredi dernier à Vitrival (Fosses-la-Ville), a ébranlé toute une région, et même au-delà. Mais aujourd’hui, c’est aussi toute une communauté qui se sent meurtrie. Une communauté turque qui se sent choquée et blessée suite aux propos tenus par le papa de Sonia, samedi dernier, dans nos pages. Ce père effondré a en effet expliqué que le terrible acte de son ex-beau-fils pourrait dépasser les raisons d’un dépit amoureux : Ucler Umit, l’auteur présumé, en aurait aussi voulu à l’argent de son ex-concubine.

«  Vous n’oserez pas écrire ce que je vous dis, mais c’est toute la communauté turque de Sambreville qui nous menaçait. Et c’est pour les calmer que nous avions déjà versé 20.000 euros  », avait alors lancé M. Suiveng. Une unique phrase. Mais une phrase de trop pour les nombreux Belges d’origine turque de la région de Sambreville, et de Belgique. Une phrase à laquelle s’ajoutent aussi d’innombrables commentaires racistes sur les réseaux sociaux. Une phrase qui a suscité la réaction de toute une communauté, qui ne peut (et ne veut) pas continuer à être la cible d’une fausse généralité.

À Jemeppe-sur-Sambre, Isil Kayis fait partie de ces Belges aux origines turques qui ne veulent pas se taire face à de telles paroles. «  Que ce soit clair, l’acte en lui-même, il n’y a même pas à en discuter. On parle ici d’un double homicide et, pour ce monsieur, ce père, je ne peux imaginer la douleur qu’il doit ressentir. Dans la mort, il n’y a pas de cultures, de religions ou de nationalités. Je ne peux pas me mettre à sa place mais la première chose que je lui dirais, avant tout, c’est « sincères condoléances ». Maintenant, malgré tout, les paroles qui ont été dites, même prises à chaud, c’est vraiment triste. C’est dommage de faire un tel amalgame.  »

À 28 ans, Isil gère sa propre entreprise dans le secteur automobile, à Spy. Sa famille s’est installée en Belgique depuis trois générations.

«  Cela nous choque qu’il y ait encore des préjugés pareils alors qu’on essaye de s’intégrer depuis des décennies, qu’on se lève comme tout le monde le matin pour aller travailler. On n’est pas là pour prendre la richesse des Belges et réinvestir dans un autre pays. Non, on travaille, on construit notre foyer, on contribue à la société et au développement de tous. Ce qu’on veut, c’est un peu de reconnaissance. En tant que nouvelle génération, on est en train de prouver qu’on n’est pas là pour le système, mais qu’on veut avancer, qu’on est ambitieux, comme tout un chacun. Et quand je vois des commentaires comme ceux qui tournent sur internet, je me dis qu’on se donne vraiment du mal pour rien. Moi, je suis belge mais toujours vu comme un étranger.  »

Retrouvez les détails de cet article dans La Nouvelle Gazette Entre-Sambre et Meuse de ce mercredi 04 juin 2014.
Source : http://www.lanouvellegazette.be/1021943/article/2014-06-03/suite-au-double-homicide-de-vitrival-la-communaute-turque-veut-lutter-contre-les

Voir également : Les immigrés turcs : une criminalité faible

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