dimanche 27 septembre 2015

Le séjour de Mehmet Akif Ersoy en Allemagne pendant la Première Guerre mondiale

Dorothée Guillemarre-Acet, Impérialisme et nationalisme. L'Allemagne, l'Empire ottoman et la Turquie (1908-1933), Würzburg, Ergon Verlag, 2009, p. 180 :

"A l'occasion de la mission organisée pour l'inspection des prisonniers musulmans, Mehmed Akif, qui reste quelques mois en Allemagne, écrit un long poème intitulé « Berlin Hatıraları » [Souvenirs de Berlin]. A la différence du style caractéristique des écrits de propagande, l'écrivain fait usage d'une langue populaire, ironique, vivante. Cependant son poème reste idéologique, centré sur la mise en valeur de l'alliance de l'Empire avec l'Allemagne : la rencontre dans un café d'une femme allemande dont il suppose que le fils est mort à la guerre, lui donne l'occasion d'écrire un certain nombre de vers sur le sacrifice nécessaire pour la patrie et pour une cause qu'il juge juste. Pour autant, il est remarquable que Mehmed Akif consacre le plus long de son poème à la force de l'Allemagne et aux faiblesses de l'Empire, qu'il met sans cesse en évidence. La réussite de l'Allemagne, il l'explique par deux facteurs essentiels, le progrès technique et l'unité, qui, ainsi qu'il le regrette amèrement, manque cruellement à l'Empire :

« C'est cette unité qui est le secret de votre magnificence,
Elle est la voix qui fait trembler le monde.
(...)
Tandis que vous vous élevez par ce lien,
Notre peuple est détruit par ce manque d'unité. »

Mehmed Akif se montre non seulement admirateur du progrès technologique, mais aussi des arts et de la littérature allemande, qu'il estime vivants, à la différence de l'art ottoman. En fait, Mehmed Akif ne connaît certainement que très peu la littérature allemande. Dans ce poème, l'Allemagne est présentée comme le pays idéal, par contraste avec l'Empire ottoman, de manière très dualiste. Ce n'est qu'à la fin de son texte que l'auteur quitte un ton jusque-là plutôt pessimiste pour s'enflammer pour la bataille de Çanakkale, dont il vit les premiers succès au moment de la rédaction."

Voir également : Un immigré turc dans l'Allemagne wilhelmienne : Enver Paşa (Enver Pacha) alias İsmail Enver

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