vendredi 27 novembre 2015

Agression raciste dans la Manche : "Ils s'entendaient très bien avec le propriétaire turc"

Manche : un an de prison ferme pour deux jeunes qui ont tiré sur un kebab
Les deux jeunes hommes de 22 ans et 23 ans voulaient «faire quelque chose» après les attentats du 13 novembre.


26 Nov. 2015, 10h57 | MAJ : 26 Nov. 2015, 12h17

Deux jeunes hommes proches de l'extrême droite ont été condamnés mercredi à deux ans de prison dont un ferme pour avoir tiré sur la vitrine d'un vendeur de kebab turc en Normandie. Survenue après les attentats du 13 novembre, cette dégradation est un acte islamophobe, selon le parquet.

«L'enquête l'a démontré. Ils s'entendaient très bien avec le propriétaire turc de ce kebab, mais ils voulaient s'en prendre à l'islam» après les attentats de Paris, a résumé ce jeudi le procureur de la République de Coutances (Manche), Renaud Gaudeul. Les prévenus âgés de 22 et 23 ans, l'un carrossier et l'autre conducteur d'engins, tous deux insérés socialement selon le parquet, ont expliqué durant l'enquête s'en être pris au kebab faute de mosquée à Avranches.

«On avait regardé les attentats de Paris sur BFMTV, on a voulu faire quelque chose»

Les faits se sont produits dans la nuit du 19 au 20 novembre à Avranches, une commune de la Manche d'environ 7 900 habitants proche du Mont Saint-Michel. «On avait regardé les attentats de Paris sur BFMTV, on a voulu faire quelque chose», a déclaré un des prévenus selon le quotidien «La Presse de la Manche».

Le parquet avait requis trois ans de prison, dont deux avec sursis. Sa demande de mandat de dépôt n'a pas été suivie par le tribunal, ce qui signifie que les deux individus n'ont pas été immédiatement incarcérés. «J'ai souligné qu'ils se faisaient les complices des terroristes qui cherchent à fractionner la société» par la multiplication d'actes racistes, a précisé le procureur.

L'un des prévenus avait un casier vierge, l'autre une condamnation pour blessure involontaire après avoir conduit en état d'ébriété. Les deux jeunes hommes, proches de l'extrême droite, ont aussi affirmé qu'ils avaient bu au moment de leur acte, selon le parquet. Mais ce n'est pas vérifiable car ils ont été interpellés plusieurs jours après les faits. Surtout «ils avaient caché les plaques d'immatriculation de leur véhicule. Ce n'était pas un coup de tête», a souligné Renaud Gaudeul.

Par ailleurs, les deux jeunes hommes ont aussi été condamnés à deux ans de privation de leurs droits civiques, civils et familiaux.
Source : http://www.leparisien.fr/faits-divers/manche-un-an-de-prison-ferme-pour-deux-jeunes-qui-ont-tire-sur-un-kebab-26-11-2015-5314751.php

mercredi 25 novembre 2015

Olivier Roy : "on trouve beaucoup moins de Turcs que de Maghrébins dans les mouvements radicaux"

"Le djihadisme : une révolte générationnelle et nihiliste

LE MONDE | 24.11.2015 à 06h44 • Mis à jour le 24.11.2015 à 07h52

Par Olivier Roy, politologue spécialiste de l’islam

La France en guerre ! Peut-être. Mais contre qui ou contre quoi ? Daech n’envoie pas des Syriens commettre des attentats en France pour dissuader le gouvernement français de le bombarder. Daech puise dans un réservoir de jeunes Français radicalisés qui, quoi qu’il arrive au Moyen-Orient, sont déjà entrés en dissidence et cherchent une cause, un label, un grand récit pour y apposer la signature sanglante de leur révolte personnelle. L’écrasement de Daech ne changera rien à cette révolte. (...)

La clé de la révolte, c’est d’abord l’absence de transmission d’une religion insérée culturellement. C’est un problème qui ne concerne ni les « première génération », porteurs de l’islam culturel du pays d’origine, mais qui n’ont pas su le transmettre, ni les « troisième génération », qui parlent français avec leurs parents et ont grâce à eux une familiarité avec les modes d’expression de l’islam dans la société française : même si cela peut être conflictuel, c’est « dicible ». Si on trouve beaucoup moins de Turcs que de Maghrébins dans les mouvements radicaux, c’est sans doute que, pour les Turcs, la transition a pu être assurée, car l’Etat turc a pris en charge la transmission en envoyant instituteurs et imams (ce qui pose d’autres problèmes, mais permet d’esquiver l’adhésion au salafisme et à la violence)."

Source : http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/11/24/le-djihadisme-une-revolte-generationnelle-et-nihiliste_4815992_3232.html

La Diyanet (Direction des affaires religieuses en Turquie) s'efforce de contrôler et d'encadrer l'islam des communautés turques de France et d'Europe de l'Ouest. En septembre dernier, elle a publié un rapport qui condamnait non seulement l'idéologie de l'EI, mais également le salafisme en général (courant éloigné de l'islam hanéfite turc).

Aucun imam dépendant de la Diyanet n'a rallié l'EI, alors que c'est le cas de plusieurs mollah kurdes employés par le ministère des Affaires religieuses d'Erbil (Kurdistan irakien).

Du même auteur : Olivier Roy : "Les Kurdes, qu’ils soient syriens ou irakiens, ne cherchent pas à écraser Daech"

Olivier Roy : "Au lieu de faire la morale à la Turquie, il faut prendre en considération sa vision de l’environnement régional"

Voir également : Peu de Turcs parmi les djihadistes en provenance d'Europe de l'Ouest

Allemagne : la remarquable sous-représentation des Turcs chez les djihadistes

Syrie : davantage de djihadistes en provenance de Russie et de France que de Turquie (pays majoritairement musulman et contigu)

Comment l'Etat allemand a favorisé sur son sol l'islam wahhabite au détriment de l'islam hanéfite turc

"Shariah Police" en Allemagne : le salafiste de souche allemande Sven Lau contre le musulman turc Ali Kizilkaya

Le salafisme à Solingen : une affaire non-turque ?

Allemagne : Kenan Kolat et Serkan Tören contre l'islamisme radical

Le mouvement Milli Görüş

Pays-Bas : le regard critique des immigrés turcs sur les immigrés marocains

Turcs et Marocains en Belgique

dimanche 15 novembre 2015

Des Turcs parmi les victimes des attentats de Paris

Le meilleur ami de la jeune liégeoise tuée à Paris se confie: "Je devais les rejoindre"

M.B. Publié le samedi 14 novembre 2015 à 21h30 - Mis à jour le samedi 14 novembre 2015 à 21h53

Faits divers Sébastien Bovy est le dernier à avoir discuté avec Elif… il était même prévu qu’il les rejoigne ce vendredi.

D’origine turque, Elif Dogan, 26 ans, était une jeune femme particulièrement appréciée à Liège. Il y a peu, les parents de cette jeune Liégeoise d’adoption étaient repartis en Turquie avec la jeune sœur d’Elif, après avoir tenu durant plusieurs années un magasin d’alimentation à Herstal (Dogan), face à l’Ipes… Ce samedi, Sébastien Bovy, le meilleur ami d’Elif a eu la force de nous livrer son témoignage édifiant… lui qui devait rejoindre le couple !

"Elif était quelqu’un de très proche, depuis très longtemps. C’est ma meilleure amie et hier soir, elle tenait absolument à ce que je les rejoigne", nous explique-t-il, bouleversé. "Je revenais par Paris de Madagascar mais j’étais très fatigué, j’ai hésité puis j’ai finalement dit que je préférais passer un autre jour, très vite de toute façon. J’ai eu Elif au téléphone, le dernier contact était vers 19 h 30. Dans le TGV au retour, nous avons reçu les premières nouvelles alors j’ai immédiatement envoyé un SMS pour leur dire de faire attention. Je suis arrivé chez moi vers 1 h 30 du matin, je n’avais toujours pas de réponse. Le lendemain matin non plus, ça devenait vraiment inquiétant. J’ai alors eu un contact avec Didier Reynders. Puis cette terrible nouvelle. J’aurais pu être mort en ce moment".

"Je n’ai qu’une chose à dire aujourd’hui, ils étaient des personnes brillantes, d’une grande générosité".
Source : http://www.dhnet.be/actu/faits/le-meilleur-ami-de-la-jeune-liegeoise-tuee-a-paris-se-confie-je-devais-les-rejoindre-564799f33570ca6ff8e30540

"Un journaliste de Libération a également recueilli le témoignage de Fahmi B., jeune Turc de 23 ans, pour la première fois à Paris. Le jeune homme n’a plus de chaussures, juste des bouts de tissus médical autour des pieds. «J’étais dans la fosse, quand soudain j’ai entendu du bruit, comme des pétards. Sur le moment j’ai pensé que ça faisait partie du show, puis je suis retourné et j’ai vu une personne qui venait de prendre une balle dans l’œil. Elle se tenait la tête et s’est effondrée. Là, tout le monde s’est mis à terre, on entendait des tirs. Les tireurs shootaient au hasard sur les gens allongés, tout le monde faisait le mort mais ça ne faisait aucune différence pour eux. J’étais couché en position fœtale mais mes pieds étaient bloqués par le corps de quelqu’un. J’ai réussi à glisser mes pieds hors de mes chaussures et j’ai couru backstage, parce qu’une porte de sortie était juste à côté, avec trois autres personnes, qui étaient blessées.» "

Source : http://www.liberation.fr/france/2015/11/14/au-bataclan-j-ai-entendu-comme-des-petards-je-pensais-que-ca-faisait-partie-du-show_1413357

Si la majorité des Turcs de Turquie et de l'étranger ont observé une attitude pleine de compassion et de dignité face au massacre monstrueux de Paris, il n'en fut malheureusement pas de même pour le journaliste turc Can Dündar (rédacteur en chef de Cumhuriyet). Connu pour son opposition primaire à l'AKP, celui-ci avait été mis sur un piédestal par les médias français, pour avoir colporté des rumeurs infondées sur un pseudo-soutien du gouvernement turc aux djihadistes de l'EI. Pour information, ces ragots ont été en partie démolis par les services de renseignement allemands.

Or, ce même Can Dündar a blâmé, sans vergogne, le gouvernement français pour les attentats de Paris, l'accusant d'avoir armé les djihadistes en Syrie !

Cf. ses propos tenus sur Twitter :



Source : https://twitter.com/candundaradasi/status/665429980378243072

C'est un constat amer : la haine conspirationniste et irraisonnée qui s'est propagée chez une partie de l'opposition turque (et qui a été complaisamment cautionnée par les médias occidentaux), peut très bien se retourner contre des Etats étrangers, parmi lesquels la France.

Par ailleurs, ce week-end, la police et l'armée turques ont lutté activement contre des éléments de l'EI dans le Sud-Est (Gaziantep) : http://www.dailysabah.com/nation/2015/11/14/explosion-during-police-raid-on-isis-cell-injures-police-officers-in-southeast-turkey

http://www.hurriyetdailynews.com/turkish-soldiers-fire-back-kill-4-isil-militants-on-syrian-border.aspx?pageID=238&nID=91155&NewsCatID=509

Voir également : RAPPEL : la Turquie a déjà bombardé à plusieurs reprises les positions de l’Etat islamique (EIIL)

Juillet-août 2015 : la vague de terrorisme en Turquie (PKK, EI, DHKP-C)

Israël et la Turquie enregistrent un succès dans la coopération anti-djihadiste

"Cafouillage" dans la coopération anti-terroriste : un suspect djihadiste (ressortissant français) est renvoyé en France par la Turquie, il revient et est arrêté une deuxième fois par la Turquie

Antiterrorisme : le gouvernement turc a interdit à environ 7.000 étrangers d'entrer en Turquie

La lutte de l'Etat turc contre l'afflux de djihadistes étrangers : environ 3.600 interdictions d'entrée et 1.000 expulsions

La Turquie a expulsé 1100 ressortissants de l'UE liés à al-Qaïda

Syrie : la lutte turco-belge contre les recruteurs salafistes

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