vendredi 12 février 2016

Frontière turco-syrienne : "Ce qui coince, c'est le mur en béton érigé entre les deux pays pour empêcher des passages de terroristes"

État islamique : la conversation avec le consulat d'un jihadiste repenti qui veut rejoindre la France dévoilée

Ce Français, marié et père de trois enfants, est en désaccord avec les attentats du 13 novembre et veut quitter Daesh, après un an en son sein. "Les Jours" publie sa discussion téléphonique avec le consulat de France à Istanbul.

par Cécile De Sèze publié le 11/02/2016 à 13:01 mis à jour le 11/02/2016 à 15:29

C'est une conversation téléphonique qui commence par un banal "allô" mais se poursuit de manière totalement inhabituelle. Il s'agit d'une discussion entre le consulat français en Turquie et un jihadiste français qui veut quitter les rangs de Daesh. Un échange insolite, aux résonances parfois surréalistes, retranscrit par l'auteur des Français jihadistes, David Thomson, dans Les Jours (un nouveau média d'actualité payant).

Bilel (le prénom a été changé, précise le site) est un jeune marié, père de trois enfants. À 27 ans, il décide de rentrer en France après avoir passé un an dans les rangs de Daesh en Syrie. Il se dit en désaccord avec les attentats du 13 novembre à Paris. Il a lui-même enregistré ses discussions avec le consulat avant de les transmettre au média, qui affirme que le ton est "courtois" et même parfois "bienveillant". Toute la discussion va tourner principalement autour du problème de la frontière entre la Syrie et la Turquie.

"Les soldats turcs ont la gâchette facile"

Ce qui coince, c'est le mur en béton érigé entre les deux pays pour empêcher des passages de terroristes en Turquie. Bilel explique alors qu'il va devoir longer le mur avec sa femme et ses enfants, dont le plus jeune a 3 semaines. Un terrain miné, selon lui, et donc dangereux. S'il assure qu'il ne craint rien du côté syrien car il a réussi à "se faire oublier" des membres de l'organisation terroriste, son inquiétude semble très profonde concernant le côté turque de la frontière.

    Je ne pense pas qu'ils vont vous tirer dessus mais on ne peut vous donner aucune garantie
    Consulat de France à Istanbul à un jihadiste repenti

"Ils ont la gâchette facile", argumente-t-il au téléphone, tentant d'arracher à son interlocuteur des paroles pour le rassurer, qu'il n'obtient qu'à moitié. Lorsqu'il demande si le consulat pense que les Turcs vont leur tirer dessus, la réponse n'est pas des plus rassurantes : "Non, je pense pas qu’ils vont vous tirer dessus. Je ne pense pas mais on ne peut vous donner aucune garantie, bien évidemment. On n’est pas à leur place. Maintenant, ça semble peu plausible qu’ils vous tirent dessus. Voilà, puisqu’ils sont au courant, ils nous ont répondu, donc c’est bon signe. Voilà, mais on ne peut évidemment vous donner aucune garantie.".

    C'est quand même une faute ce que j'ai fait, ce n'est pas quelque chose de léger
    Bilel, jihadiste repenti

Autre passage assez inquiétant pour le jeune de 27 ans qui se dit repenti du jihad. "Ok, bah bon courage. Par contre si ça se passe bien, même si ça se passe mal d’ailleurs, euh… vous me rappelez ?", lance le consulat à qui Bilel répond : "Et je fais comment si ils me tirent dessus ? Je vous rappelle comment ?" Une parole lucide qui met dans l'embarras l'interlocuteur, qui se reprend, mais ce n'est pas suffisant pour Bilel. "J’aurais voulu écarter cette possibilité définitivement, c’est pour ça que je suis entré en contact avec vous, que je vous ai expliqué ma démarche" ; "Écarter quoi comme possibilité ?" ; "La possibilité qu’ils me tirent dessus" ; "Oui oui, on a bien compris, c’est un peu l’idée. Maintenant le fait qu’ils soient informés, ça limite un tant soit peu les risques, hein". Avant un dernier conseil, le consulat conclut en souhaitant "bon courage" au Français et lui demande de les tenir au courant du déroulement du voyage.

La famille a finalement réussi à passer la frontière, sans se faire prendre pour cible par les autorités turques. Aujourd'hui, Bilel est en détention en Turquie, comme le consulat le lui avait annoncé, il est aussi le premier Français poursuivi pour des faits de terrorisme par le pays, tandis que sa femme et ses enfants ont été accueillis en France. Bilel en est conscient : ce qui l'attend à son retour dans l'Hexagone, c'est encore de la prison. "C'est quand même une faute ce que j'ai fait, ce n'est pas quelque chose de léger". On estime aujourd'hui qu'environ 1.770 Français sont "impliqués" dans la bataille jihadiste en Syrie et en Irak, et 504 sont sur place, selon le ministère de l'Intérieur.
Source : http://www.rtl.fr/actu/international/etat-islamique-la-conversation-avec-le-consulat-d-un-jiahdiste-repenti-qui-veut-rejoindre-la-france-devoilee-7781828040

La Turquie avait commencé à construire un mur à la frontière syrienne en 2013 : Construction d'un mur à la frontière turco-syrienne, pour empêcher les intrusions et la contrebande

Ce qui lui avait valu des protestations de la part des nationalistes kurdes pro-PKK : Des nationalistes kurdes s'opposent à la politique de contrôle des flux migratoires à la frontière turco-syrienne

Voir également : RAPPEL : la Turquie a déjà bombardé à plusieurs reprises les positions de l’Etat islamique (EIIL)

Juillet-août 2015 : la vague de terrorisme en Turquie (PKK, EI, DHKP-C)

Israël et la Turquie enregistrent un succès dans la coopération anti-djihadiste

"Cafouillage" dans la coopération anti-terroriste : un suspect djihadiste (ressortissant français) est renvoyé en France par la Turquie, il revient et est arrêté une deuxième fois par la Turquie

Antiterrorisme : le gouvernement turc a interdit à environ 7.000 étrangers d'entrer en Turquie

La lutte de l'Etat turc contre l'afflux de djihadistes étrangers : environ 3.600 interdictions d'entrée et 1.000 expulsions

La Turquie a expulsé 1100 ressortissants de l'UE liés à al-Qaïda

Syrie : la lutte turco-belge contre les recruteurs salafistes

La collaboration entre les services turcs et occidentaux pour intercepter les djihadistes

49 % des pertes des YPG sont constituées de Kurdes originaires de Turquie

Trafic de pétrole à la frontière turco-syrienne : les circuits clandestins du PKK